12/10/2008
Imperium
Imperium
Robert Harris
Editions Plon
L'"imperium", c'est le pouvoir, en particulier le pouvoir politique.
Ce livre raconte l'ascension, de - 79 à - 64, avant JC, vers le Consulat, de Cicéron, brillant avocat, intelligent et sans beaucoup de scrupules, qui fait un "beau" mariage, avec une femme qu'il n'aime pas, dans le seul but de profiter d'une fortune indispensable à sa carrière politique.
Bien en place, il assiste à la première tentative de Jules César, "trentenaire insomniaque", d'entrer au Sénat. "Pour se présenter aux élections, il avait dû s'endetter lourdement".
Leçons de politique :
"Première règle en politique : ne jamais oublier un visage"
"La capacité d'écouter des casse-pieds exige beaucoup d'endurance, et cette endurance est l'essence même de la politique"
"Si c'est de la gratitude que tu veux, prends un chien"
"Les électeurs ne pardonnent pas la mesquinerie"
"C'est la persévérance et non le génie qui mène un homme au sommet, car elle seule permet d'avancer dans le monde"
"Le moyen le plus sûr de progresser en politique est de se tenir près de celui qui est tout en haut"
"L'ascension vers les sommets politiques vous contraint souvent à voyager avec des compagnons qui ne vous plaisent guère"
"Seule la perfection est ennuyeuse"
"La teneur du discours n'est rien à côté de la façon de le dire"
"L'éloquence qui n'étonne pas ne m'apparaît pas comme de l'éloquence"
"Il faut parfois commencer un combat pour trouver comment le gagner"
"Lorsqu'on se retrouve enlisé en politique, la seule chose à faire est de déclencher une bagarre ; parce que c'est seulement lorsque la bagarre fait rage que l'on peut espérer découvrir une porte de sortie"
"La gloire politique repose sur la capacité de dissimuler les astuces qui sous-tendent l'ensemble"
"Tu ne seras bientôt plus capable de reconnaître tes subterfuges de la vérité. Et alors, tu seras perdu"
"On ne peut pas prétendre s'y connaître en politique tant qu'on a pas passé toute une nuit à écrire un discours pour le lendemain."
"Il y a, en politique, peu de choses plus difficiles à contrer que le sentiment de l'inéluctabilité"
"La politique, c'est l'Histoire en plein vol"
"Le pouvoir revient généralement à choisir entre deux options aussi désagréables l'une que l'autre"
"Les fonctionnaires permanents commencent par être au service des politiques, puis finissent par se prendre pour nos maîtres"
"Il y a plus de monde qui vénère le soleil levant que le soleil couchant"
"A quel tas de cendres la plupart des carrières politiques se résument-elles ?"
08:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, histoire, politique
11/10/2008
entre les murs, c'est d'abord un livre
Entre les murs (le livre)
François Bégaudeau
Prix France Culture - Télérama 2006
Folio n°4523
Comme toujours, il y a plus d'éléments dans le livre, pourtant mince, que dans le film.
Comme toujours, l'écrit permet de s'arrêter et de revenir en arrière, de noter quelques phrases :
"Un adolescent apprend peu à peu à respecter ses professeurs à causes des menaces" (Khoumba)
"C'est passionnant le rugby. Organiser le chaos pour fabriquer de la puissance, c'est passionnant" (en salle des profs).
"Il y a des chose qui se disent et qui ne s'écrivent pas. Déjà, il faut que tu enlèves toutes les expressions orales ou familières"
"Le style, c'est tout ce qui n'et pas strictement utile. Et bien, pour le langage, c'est pareil".
(Cours de français)
"Bien choisir c'qu'on veut par rapport à c'qu'on peut" (orientation de fin d'année).
"Il faut trouver le compromis entre désir et réalité". (Ecole de la vie ?)
08:02 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature
10/10/2008
Entre les murs (le film)
Entre les murs
Palme d'or Cannes 2008
De Laurent Cantet
Avec François Bégaudeau, et les élèves du collège Dolto
Unité de lieu : le collège "Françoise Dolto", dans le XXe arrondissement de Paris. Ce n'est pas la banlieue, c'est "entre les murs" (de Paris), mais ce n'est pas vraiment Paris, quand même. Pas le Paris du centre, ou celui des beaux quartiers. Pas le Paris des "grands" lycées. Ce genre de collèges, un peu caricaturé, où aucun élève n'est un "gaulois", où certains (les Asiatiques) maîtrisent mal le français, mais où tous les profs sont des "babtous" ("toubabs", "blancs" en Afrique occidentale).
Tout est filmé "entre les murs" de ce collège. On ne sait ce qui se passe à l'extérieur, la vie des professeurs et des élèves, que par les échos qui parviennent à l'intérieur du collège.
Unité de temps : une année scolaire, depuis la rentrée jusqu'à l'angoisse de l'orientation de fin d'année ("Mr, je veux pas aller en professionnel") et le match de foot entre profs et élèves pour la clôturer.
Unité d'action : une classe de collège et un professeur de lettres, joué par François Bégaudeau, dans son propre rôle d'enseignant (il est agrégé, et il y a peu d'agrégé dans ce genre de collège, car ils peuvent rapidement prétendre à des postes en lycées, et il n'était pas encore un écrivain connu et reconnu lorsqu'il a vécu cette vie d'enseignant "ordinaire" qui lui a inspiré son livre et le film qui en a été tiré).
Qui est face à qui dans ce "jeu" qui fait penser souvent au "ping-pong" ? Où la réactivité, de part et d'autre, est permanente ! Ce qui fait que l'on ne s'ennuie pas malgré la durée du film (un peu plus de deux heures).
"Entre les murs" de la salle de classe, avec quelques "coupures" en salle des profs, chez le principal ou avec les parents d'élèves.
Au total un beau film sur l'adolescence, sur le métier d'enseignant, un peu plus spécifiquement sur ces jeunes issus de l'immigration pour qui, plus que pour tout autres, le Français du passé simple et de l'imparfait du subjonctif est une langue morte (en salle des profs les enseignants s'expriment plus comme leurs élèves que comme dans les livres de grammaire).
Des projections à organiser, avec débats, pour tous les collégiens et les lycéens, et surtout dans tous les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres, avant que Mr Darcos ne les supprime, par mesure d'économie.
08:00 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma
09/10/2008
un monde sans frontières ?
L'obsession des frontières
Michel Foucher
Editions Perrin
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la "mondialisation", la "globalisation", n'ont pas effacé les frontières.
Au contraire : l'éclatement de l'URSS et de la Yougoslavie ont multiplié les frontières, internationalement reconnues, ou non. L'Abkhazie, l'Ossétie, le Kosovo nous montrent l'actualité de la question. Sans parler de toutes ces Nations sans Etat !
En Europe, le continent le plus morcelé de la planète, la moitié des frontières datent d'après 1945 et le quart sont postérieures à 1990.
"La frontière est d'autant plus instrumentalisée que l'Etat est récent et manque de cohésion interne". "La limite sert de lieu métaphorique à l'identité nationale".
D'autant plus que "l'accès à l'indépendance doit se payer d'une acceptation préalable de limites préexistantes".
"L'instrumentalisation des frontières fait pleinement partie du dispositif de fabrication des Nations, au même titre que la réécriture de l'Histoire."
De plus, comme l'ont bien compris Poutine, et le Président géorgien, "les bruits de bottes sur les confins fabriquent de la cohésion autour du leader".
Pour trois réunifications (Allemagne, Vietnam et Yémen), combien de kilomètres de nouvelles frontières ?
Les conflits "gelés" risquent à tout moment de ne plus l'être, puisqu'il n'y a plus de guerre "froide".
Jamais on a autant délimité, clôturé des "frontières", surtout quand elles n'en sont pas, en profitant des toutes les possibilités de l'électronique (USA, Israël, Chypre, Ulster, Cachemire, Sahara occidental, Koweït, Bengale, Botswana, etc.).
Les frontières cessent souvent d'être les lieux de rencontres et d'échanges qu'elles étaient dans l'Histoire, pour devenir des coupures, des lignes de confrontation, comme autant de "rideaux de fer".
"Les frontières se sont transformées en membranes asymétriques autorisant la sortie, mais protégeant l'entrée". Mais "la clôture est d'abord un message politique à usage interne", "au prix d'un amalgame entre migration illégale, criminalité et risques terroristes".
"L'homme moderne paie sa liberté d'aller et venir d'une surveillance accrue".
Faisant le tour du globe, n'oubliant aucun continent, aucune île, l'auteur, géographe et diplomate, Directeur du "Centre d'analyses et de prévisions" du ministère des affaires étrangères montre les réalités frontalières concrètes, pour étayer ses analyses.
Le livre se termine par différents scenarii possibles pour l'Union européenne de demain, car "nous ne pouvons pas dire où se situent les frontières de l'Europe" :
- L'Union européenne n'ayant "rien de mieux à offrir qu'elle même", tous les conflits débouchent sur des promesses de futures adhésions. "On voit mal comment l'intégration à l'Union règlera, comme par miracle, des questions nationales", mais "la valeur européenne essentielle est la résolution négociée et démocratique des différends".
- "Chaque Etat membre estime bénéfique de faciliter l'intégration de son voisin immédiat". Il faudra alors intensifier "les transferts en direction des périphéries les moins développées, de manière à réduire les écarts".
- "Pour le Caucase du Sud, le nouvel argument en faveur de l'adhésion est d'assurer la sécurité des approvisionnements énergétiques".
Le "Conseil de l'Europe", Russie comprise, compte 46 membres. N'y sont pas les Etats non encore reconnus à l'ONU, comme le Kosovo. Sans parler de l'Ossétie, de l'Abkhazie, de la Transnistrie...
08:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, mondialisation, géopolitique
08/10/2008
citoyens européens ?
Les Français et la citoyenneté européenne
Intéressants résultats d'un sondage TNS Sofres : 81% des Français se voient comme des citoyens européens. 38% souvent ou très souvent.
Ce sentiment est plus fort dans les catégories les plus aisées et surtout chez celles et ceux qui sont engagé(e)s dans la société par l'appartenance à une association, à un syndicat, à un parti.
Ce qui est très curieux (inquiétant ?), c'est que les jeunes sont beaucoup moins nombreux que la moyenne à partager ce sentiment.
L'euro est le signe le plus tangible de l'existence de l'Europe (54%), loin devant le drapeau européen (15%) et le Parlement européen (12%).
Ce qui tendrait à prouver que l'Europe est d'abord considérée comme une entité économique, un "marché commun", comme on disait il y a cinquante ans. La preuve que peu de progrès ont été faits dans les autres domaines. Mais ce qui est curieux, puisque certains Etats sont membres de l'Union européenne sans avoir adopté l'Euro.
Les citoyens européens connaissent mal leurs droits civiques : s'ils habitent dans un autre pays de l'Union européenne, seuls 58% des Français savent qu'ils peuvent y voter aux élections européennes et 48% savent qu'ils peuvent voter aux élections municipales de leur lieu de résidence.
L'élection d'un "Président de l'Europe", au suffrage universel direct, comme nous élisons le Président de la République française, serait susceptible de renforcer le sentiment de citoyenneté européenne pour 54% des Français, plus que l'adoption de programmes scolaires européens (32%) et la mise en place d'une défense européenne commune et indépendante (26%) et bien plus que de payer un impôt européen (14%).
08:00 Publié dans EUROPE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, citoyenneté


