07.10.2009
Un VRP de haut niveau
Quel est le rôle du Président de la République française ?
Nicolas Sarkozy au Kazakhstan en "visite d'Etat", le plus haut niveau protocolaire. Accompagné de quelques ministres. Pas de Secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme. Mieux vaut s'occuper du sport, elle n'aurait pas sa place dans un tel pays où les opposants sont muselés, où la liberté de la presse est inexistante, en particulier sur Internet, et celle de manifester très restreinte.
Accompagné, surtout de nombreux chefs d'entreprises, comme toujours maintenant à chacun de ses déplacements. Des dizaines de contrats sont à la signature, en particulier pour construire un oléoduc et pour vendre du matériel de communication militaire.
Tant mieux pour les entreprises françaises.
Mais est-ce le rôle du Président de la République ? Imagine-t-on le général De Gaulle à Québec, à Phnom-Penh, François Mitterrand à Cancun, transformés en représentants de commerce ?
Ne serait-ce pas plutôt le rôle du Premier Ministre ?
Justement François Fillon était au Kazakhstan il y a peu...
Le tempérament de l'hyper Président, ajouté au quinquennat, ont fait évolué le rôle du Président de la République, dans un sens que son prestigieux fondateur n'aurait jamais imaginé...
08:42 Publié dans vie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, kazakstan
06.10.2009
l'épreuve de Julien Dray
L'épreuve
Julien Dray
Editions "Le cherche midi"
Il y a bientôt un an, à 6heures 35, le matin, soixante policiers procèdent à des perquisitions simultanées pour tenter de prouver que le député Julien Dray a bénéficié de "chèques de complaisance" de la part d'associations qu'il a aidé à naître, notamment "SOS racisme" et la Fédération des Lycéens.
Pendant que sa femme et ses enfants voient les policiers envahir leur appartement parisien, il est dans son logement de l'Essonne, où se trouve sa permanence de député.
Alors qu'il ne sait pas encore ce qui lui est reproché, la presse, manifestement avertie, le présente comme un acheteur compulsif, collectionneur de montres très chères ("ma collection de montres de luxe -j'aimerais bien qu'elle existe", vivant au dessus des moyens d'un député.
Combattant politique blessé, manifestement prêt à faire autre chose que de la politique dans la dernière période de sa vie, Julien Dray clame son innocence, et dans ce livre thérapie, s'adresse successivement aux un(e)s et aux autres pour dire sa détresse, ses indignations, dressant au passage un tableau très noir du PS, de la justice, de la presse.
Il dénonce les journalistes, "trop paresseux pour mener leur propre enquête", "qui se prennent non seulement pour des juges et des policiers, mais aussi pour des experts comptables", "juge, jury exécuteur", "les chiens" comme a dit Mitterrand (François), lui qui ne portait jamais de montre, aux obsèques de Pierre Bérégovoy, victime, lui aussi, d'un lynchage médiatique.
François Mitterrand qui a été le seul parlementaire de gauche, avant Julien Dray, à bénéficier de l'"honneur" d'avoir son bureau perquisitionné à l'Assemblée nationale.
Julien Dray décrit "une pratique journalistique consistant à devenir le porte-voix et le diffuseur d'officines qui recourent à l'intox et à la manipulation de l'opinion, jusqu'à prendre les couleurs du harcèlement". Il a gagné son premier procès pour diffamation contre "Le Point", les autres sont en attente. Cela a fait, à peine, un entrefilet dans les journaux.
Il raconte la saisie de son calepin bourré de chiffres qui se révèlent être non pas les relevés de ses mouvements financiers...mais de son taux quotidien de diabète !
Il dénonce la réforme de la justice qui met l'enquête préliminaire sous la responsabilité non pas d'un juge d'instruction, mais directement sous la tutelle du "parquet" et donc du ministre de la justice et il propose une "sécurité sociale de la justice".
Il voit un lien entre ses velléités d'être Premier Secrétaire du PS, et ses ennuis.
Il regrette amèrement l'attitude de "prudence" de Martine Aubry, et de Ségolène Royal qu'il a appuyée de toutes ses forces lors de l'élection présidentielle.
Il regrette "ces petites mesquineries que l'on se permet quand on voit un homme amoindri, et que l'on ne le sent plus en capacité de nuire".
"Quand la tension monte, les uns et les autres succombent à leurs pires travers et se livrent à des escarmouches où tous les coups sont permis, et même certains que l'on ne délivrerait pas à nos adversaires politiques".
"Nous n'avons plus de colonne vertébrale idéologique. Nous n'avons plus de projet qui fasse immédiatement sens dans l'esprit de nos concitoyens ou qui leur donne simplement envie".
"Sans ligne idéologique, nous sommes dans l'opportunisme et l'empirisme le plus total".
Il tente de se consoler avec Lévinas : "Ce qui n'aura pas d'importance dans cinq ans n'a pas d'importance aujourd'hui.", Adriano Sofi : "Etre fidèle à soi-même, tel qu'on a été, est une nécessité urgente et stupide" et la maxime "J'ai perdu mes certitudes mais gardé mes convictions".
"On est qu'un petit caillou, tout petit. Il y a une Histoire qui nous dépasse et qui continue. Il faut tout relativiser au regard de celle-ci."
08:40 Publié dans vie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, littérature
15.09.2009
Le livre qui fait parler, en mal, du PS
Hold-UPS , arnaques et trahisons
Antonin André et Karim Rissouli
Editions du moment
Tout le monde est au courant des fraudes qui ont entachée l'élection de Martine Aubry au poste de leader du PS.
Il n'y a qu'au PS que cela peut arriver, puisque c'est le seul parti où le/la numéro 1 est élu(e) directement au suffrage universel des militant(e)s.
Mince consolation, je l'avoue, car jamais, pour un démocrate, la fin ne peut justifier les moyens.
Je suis bien content de ne pas y avoir participé, ni au vote, et encore moins aux fraudes.
Après plusieurs décennies au PS, je n'ai pas attendu ce livre pour savoir que, la nature humaine étant ce qu'elle est, certain(e)s n'hésitent pas à utiliser des méthodes de voyous pour parvenir à leurs fins, dès que le moindre poste est en jeu, tout en ayant les mots "camarade" et "gauche" à la bouche. J'ai cru comprendre que ce n'était guère mieux dans les organisations non politiques, malheureusement...
Puisque tout le monde est au courant, j'ai donc lu ce livre en "sautant" le premier chapitre, dont tout le monde parle.
Le problème, de fond, avec ce livre, c'est que les auteurs n'ont pas fait le travail de base de doivent faire tous les bons journalistes : vérifier et recouper les informations recueillies. C'est long et ça évite les scandales, c'est déontologique, donc ce n'est pas payant.
Trois exemples, et il y en a probablement beaucoup d'autres :
1) sur un sujet que je connais bien : l'Europe : ils reprennent l'affirmation selon laquelle "pour la première fois les socialistes européens avaient un "Manifeste" commun", alors qu'il n'était pas difficile de vérifier que les socialistes européens ont eu un Manifeste commun pour chaque élection européenne depuis 1979. Le fait que des socialistes aient répété cette sottise, ne me semble pas être une excuse valable, car cela n'en fait pas une vérité !
2) Les auteurs racontent un affrontement entre Martine Aubry et le journaliste de Libération chargé de suivre le PS. Celui-ci a non seulement démenti, mais regretté que ses confrères ne se soient pas donné la peine d'entrer en contact avec lui avant d'écrire.
3) Dans un autre chapitre, les auteurs font entrer en scène le mari de Martine Aubry, à Reims, où il n'était pas...
L'impression qui en ressort, à mes yeux, est que ces deux jeunes journalistes (28 et 35 ans) ont voulu faire un "coup", double, médiatique (ils font le "buzz !", le livre se vend bien, même moi je l'ai acheté !) et politique (belle attaque contre le PS en général et Martine Aubry en particulier qu'ils nomment "la maîtresse d'école", "la tsarine", "cette femme qui n'est pas à sa place", etc.. J'espère que la Droite sera reconnaissante), et pour cela ils répètent tout ce qu'ils ont pu entendre, et qui peut faire vendre, sans chercher à vérifier le moins du monde la véracité des faits rapportés, sans utiliser le conditionnel.
09:40 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : livre, politique
25.08.2009
Primaires, pourquoi faire ?
Primaires
L'idée semble faire son chemin au parti socialiste d'une désignation du candidat (ou de la candidate) du PS au premier tour de la présidentielle par toutes celles et tous ceux qui le souhaiteront.
Cela n'entraînera pas, malheureusement, une garantie de présence au second tour. Comme cela s'est déjà passé, la dispersion des candidats à gauche peut permettre à l'extrême droite (ou à l'extrême centre ?) de devancer un(e) candidat(e), même désigné(e) au delà des membres du PS.
Le PS, contrairement à la plupart des partis socialistes et sociaux-démocrates européens, compte un très faible nombre d'adhérents.
Mais pourquoi être membre du PS et payer une cotisation ?
Pour désigner un(e) candidat(e) aux différentes élections ?
Comment ne pas voir que la plupart des candidats, à commencer par les conseillers municipaux, sont désignés bien plus par cooptation des échelons supérieurs que par "la base" ?
J'ai le souvenir cuisant d'une petite élection cantonale, pour laquelle je n'étais pas candidat, pour laquelle nous n'avons non seulement même pas été autorisés à voter, mais où aucun de ceux ayant pris la décision n'a eu le courage de venir nous l'expliquer et tenter de la justifier.
Dans le cas des parlementaires, les choses sont encore plus claires : ce ne sont pas les adhérents qui décident.
Montebourg n'a affronté aucune "primaires" pour devenir député. Avocat parisien, il a "hérité" de la circonscription de Pierre Joxe, qui l'avait choisi pour lui succéder. Tout comme Manuel Valls est arrivé du Val de Marne pour succéder à Jacques Guyard comme député-maire d'Evry.
Qui peut encore croire que la ligne politique, le programme gouvernemental, et a fortiori présidentiel, sont définis par les adhérents "de base" ?
La politique étant devenu d'abord une compétition médiatique, c'est donc sur ce terrain que les postulant(e)s devront faire leur preuve avant d'affronter le suffrage universel. Au risque d'en sortir "en lambeaux" !
L'organisation de "primaires" extérieures au parti aura peut-être pour mérite d'obliger le PS à repenser sa raison d'être, sa conception même de "parti", et donc son fonctionnement.
Sortir du parti de militants (aujourd'hui les campagnes électorales ne reposent plus sur les colleurs d'affiches bénévoles, à peine sur les distributeurs de tracts) pour devenir un réseau d'influence multiplicateur de réseaux ?
14:08 Publié dans vie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, ps
19.08.2009
Hors du système ?
Sur son blog, "Camba" explique que les électeurs, partout en Europe, ne votent pas socialiste, ou social-démocrate, , malgré la crise, parce que le PS apparaitrait comme trop intégré au "système".
Les socialistes et sociaux-démocrates étaient déjà bien intégrés au système au temps de leurs succès électoraux.
L'Histoire montre qu'en période de crise, c'est toujours la Droite, éventuellement l'extrême droite, qui l'emporte.
Les électeurs ont peur et se replient. "C'était mieux avant !" et c'est la faute des autres, surtout les éétrangers. Les réflexes de solidarté deviennent un luxe. Le succès de Sarko vient de sa récupération des votes de l'extrême droite.
C'est en période reprise que l'ouverture aux autres se fait.
C'est ce que nous apprend l'Histoire.
C'est à ce moment là qu'il faudra être prêts !
15:22 Publié dans vie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, ps
21.07.2009
Autobiographie de Simone Veil
Une vie
Simone Veil
Editions Stock
Simone Veil raconte sa vie, au début tout à fait ordinaire, puis qui le devient beaucoup moins.
Une éducation laïque. Le goût de la lecture, donné par son père.
Le piège qui se referme, malgré les faux papiers. L'enfer du camp d'extermination d'Auschwitz. Les énormes spoliations.
Son entrée dans la magistrature. Sa découverte de l'état des prisons françaises (pas mieux depuis, si j'en crois le rapport du Conseil de l'Europe). Puis son entrée au gouvernement, sa lutte pour le droit des femmes à disposer de leur corps, avec le soutien des médecins généralistes, "effarés de voir les dégâts qu'entraînaient les avortements sauvages dans les couches populaires".
Son élection à la Présidence du Parlement européen.
Son passage au Conseil constitutionnel.
Elle règle, au passage, quelques comptes. En particulier avec François Bayrou : "il se figure les autres à son image : intriguant et opportuniste".
Il est possible d'être en désaccord avec certaines de ses opinions, mais il faut lui reconnaître du courage et des expériences diverses.
"Les Juifs et les aristocrates sont les seuls qui savent lire depuis des siècles, et il n'y a que cela qui compte" (ce que lui répétait son père)
"Une femme qui en a la possibilité se doit de poursuivre ses études et de travailler. Il y va de sa liberté et de son indépendance" ; "Il faut non seulement travailler, mais avoir un vrai métier" (ce que lui disait sa mère)
"Nous ne comprenions pas ; nous ne pouvions pas comprendre. Ce qui était en train de se produire à quelques dizaines de mètres de nous était si inimaginable que notre esprit était incapable de l'admettre"
"Les actes des Justes prouvent que la banalité du mal n'existe pas. Ils ont incarné l'Honneur de la France, ses valeurs de Justice, de Tolérance et d'Humanité"
"Même si l'on gardait ses chaussures sur soi, il arrivait tout de même qu'on vous les vole pendant la nuit"
"Les bombardements, à la fois inefficaces et meurtriers, tuèrent finalement plus de déportés que de nazis"
"Dès que les Anglais sont arrivés, ils ont isolé le camp avec des barbelés infranchissables"
"Les autorités françaises n'étaient pas trop pressées de nous récupérer, et nous sommes restés là un mois."
"La communauté juive américaine ne s'est guère manifestée, sans doute dans la crainte d'un afflux brutal de réfugiés"
"La misère de la pénitentiaire était à l'unisson de celle de l'ensemble du système judiciaire"
"Il est essentiel que le droit prenne en compte les réalités sociales"
"La contraception consacre la liberté des femmes et la maîtrise qu'elles ont de leur corps, dont elle dépossède ainsi les hommes. L'avortement ne soustrait pas les femmes à l'autorité des hommes, mais les meurtrit."
"Se porter candidat à un Parlement dont on conteste jusqu'à l'existence relève d'un paradoxe"
"L'Europe se nourrit plus souvent de symboles que de réalités"
"L'Europe sera avant tout ce que nous en ferons"
08:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : politique
17.06.2009
rénovation du PS et primaires
L'exemple italien
Il y a bien des années, nous aimions les communistes italiens : ils étaient si différents des communistes français, tellement moins inféodés à Moscou, tellement plus proches du socialisme démocratique.
J'étais présent, invité, au congrès du PCI qui a décidé de se transformer en "Parti Démocratique de la Gauche", et j'ai assisté à la scission de ceux qui voulaient rester communistes.
Puis, par souci de rénovation, le mot "parti" a disparu. Probablement trop "stalinien" ? Ils sont devenus, simplement, "les Démocrates de gauche".
Mais être "de gauche" leur a semblé probablement de trop pour attirer à eux l'électorat centriste, anti-Berlusconi, qu'ils convoitaient.
Rêvant probablement d'Amérique, avant même l'élection d'Obama, ils sont devenus "les Démocrates".
Le résultat est effarant : ils ont perdu leur électorat traditionnel, populaire, ainsi que l'électorat intellectuel "de gauche", sans gagner les classes moyennes.
Désorientés, démobilisés, ces électeurs ne se sont pas reportés sur celles et ceux qui refusaient cette course vers le centre, et qui n'auront aucun élu(e).
Sur la vingtaine de parlementaires européens "Démocrates", un sur cinq seulement peut-être qualifié "de gauche".
Est-ce le même cheminement que propose Manuel Valls aux socialistes français ?
La question peut être posée également à propos des "primaires". Là encore l'exemple est américain, et là bas, il est entré dans les mœurs.
Les Démocrates italiens ont vécu l'expérience, plutôt réussie. Non pas pour l'élection présidentielle, qui ne se fait pas au suffrage universel direct, mais pour la "présidence du Conseil des ministres". Cela a été un grand moment médiatique et de mobilisation, sans enjeu interne car il y avait un archi favori. Cela n'a, malheureusement, pas empêché la victoire de Berlusconi.
Le PS français, connu pour sa démocratie interne, y compris avec ses inconvénients, peut-il tenter l'aventure, et faire voter tous ceux qui le souhaiteraient ?
Il me semble peu probable que les autres organisations de gauche renoncent à présenter un(e) candidat(e) au premier tour de la présidentielle.
08:00 Publié dans vie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, ps
16.06.2009
mémoires des deux rives
Mémoires des deux rives
Entre médias et pouvoirs
Georges Fillioud
Editions du moment
Il y a quelques mois, bavardant avec des socialistes de Romans (Isère), "là où commence le midi", ils furent surpris que j'évoque Georges Fillioud, parachuté, avec succès, dans leur ville par la volonté de François Mitterrand. Ils semblaient surpris que quelqu'un se souvienne de cet épisode qui ne remonte pourtant qu'à une trentaine d'années.
Georges Fillioud était un personnage important de la Mitterrandie. Journaliste connu d'"Europe n°1", il fut un des premier "martyr" de la liberté de l'information, puisque licencié en 1965 pour avoir soutenu publiquement la candidature de François Mitterrand à l'élection présidentielle.
Au carrefour des pouvoirs médiatiques et politiques, surtout comme ministre "de la communication" de 1981 à 1986, il évoque donc ses mémoires issues de ces deux rives, ou de leur confluence.
Il rappelle le formidable chamboulement de 1981 dans le domaine de l'audiovisuel :la fin du monopole de l'Etat, les radios "libres", d'abord associatives et tombant petit à petit dans le secteur commercial, la création de la "Haute Autorité de l'audiovisuel", indépendante du pouvoir politique, la naissance de Canal +, première chaîne cryptée en Europe, le plus gros producteur français de films, d'Arte, de TV5 international, de la "5" "paillettes", et de M6. Un bilan que peu de personne peut afficher.
En 1990, il devint Président de l'"Institut National de l'Audiovisuel", "la plus importante banque numérique du monde", grâce à la mutation des archives analogiques.
Un parcours intéressant qui permet de mieux comprendre les relations entre médias et politique.
Nota : sur la photo de couverture, la femme qui parle à l'oreille de François Mitterrand, pendant que Georges Fillioud, reconnaissable à son noeud papillon, écrit, est, si je ne me trompe pas, Marie-Thérèse Eyquem.
"Entre les mots, il faut choisir les moindres" (Paul Valéry)
"Il faut être économe de son mépris, il y a tant de nécessiteux"
08:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, médias
10.06.2009
Une militante socialiste exemplaire
Hommage à Danielle Darras
Danielle Darras est décédée dimanche, cruelle ironie, le jour des élections européennes.
J'ai connu Danielle dans les années 80. Elle était vice-présidente du Conseil général du Pas-de-Calais, adjoint au maire de Liévin, chargée des affaires sociales dans une ville où elles ne sont pas minces, suppléante, dans tous les sens du terme, du député-maire.
Puis Danielle a été élue députée au Parlement européen. Elle s'y est consacrée, tout naturellement, aux affaires sociales et régionales, veillant à l'utilisation, dans le Pas-de-Calais des fonds européens.
C'était une élue exemplaire, multipliant les allers et retours entre le parlement européen, sa ville et le conseil général, consacrant ses soirées aux réunions militantes et ses samedis à ses permanences sociales.
Sa "légion d'honneur" était bien méritée.
Proche de Laurent Fabius, et à ce titre membre du Conseil national du PS, elle n'avait pas hésité à prendre position en faveur du OUI au référendum sur le Traité constitutionnel.
Comme ses collaboratrices je peux témoigner de sa simplicité, sa gentillesse, de son humanité, mais aussi de sa solidité.
J'ai toujours pu compter sur son soutien actif, aussi bien sur le plan personnel que politique.
A 60 ans elle a abandonné tous ses mandats électifs et avait l'intention de voyager dans son superbe camping car. C'est alors qu'elle a appris qu'elle avait un cancer.
La dernière fois que je l'avais vu elle subissait, avec sérénité et le sourire, une séance de chimiothérapie dans un hôpital d'Arras.
J'ai éprouvé rudement les effets de son retrait de la vie politique.
Ses obsèques auront lieu vendredi, et je sais que je ne serais pas seul à ne pouvoir retenir mes larmes et à être certain de ne jamais oublier cette grande dame exemplaire du militantisme socialiste.
09:25 Publié dans billet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique
07.04.2009
Bérégovoy, le dernier secret
Bérégovoy
Le dernier secret
Jacques Follorou
Editions Fayard
J'ai rencontré Pierre Bérégovoy dans les années 70. Il était alors un des dirigeants importants du PS. Il m'a semblé très "raide", imbu de lui même, d'un accès distant envers le jeune Secrétaire général des cheminots socialistes, que j'étais, ce qui n'avait entraîné (au contraire ?) aucune sympathie de la part de l'ancien cheminot qu'il était. Comme beaucoup de personnes de petite taille, il se tenait très droit, ne voulant pas en perdre un pouce. Comme l'écrit l'auteur dans une litote : "il n'a pas la fibre démonstrative" ; "la nature réservée de Pierre Bérégovoy ne se prêtait guère aux effusions factices".
J'ai rencontré un peu plus tard son frère Michel, lui aussi ancien cheminot, devenu député de la banlieue de Rouen. Le moins que l'on puisse dire est qu'il était différent : Michel était resté un homme du peuple et qui en jouait avec roublardise, avec un contact "populaire" qui assurait ses réélections, alors que Pierre allait d'un parachutage à l'autre, de défaite en défaite, de Brive à Maubeuge, jusqu'à son atterrissage dans la Nièvre, par volonté présidentielle. "Bérégovoy a toujours manqué de charisme et de racines".
L'auteur retrace l'itinéraire de Pierre Bérégovoy : petit fils d'immigré, d'une famille ouvrière, devenu Premier Ministre, par son talent et par son travail acharné, voyant son rêve de Présidence de la République brisé par la lourde sanction électorale qui marque la fin de sa résistible ascension. La SNCF, EDF, le syndicalisme, la SFIO, le PSU, Mendès-France, Alain Savary, et enfin Mitterrand, avec la frustration de ne jamais faire partie d'aucun des cercles rapprochés. Il se voulait "le gestionnaire, dans le sillage de François Mitterrand, le visionnaire".
Le livre commence et se termine par son suicide, qu'aucun militant socialiste de notre génération ne pourra oublier. "L'annonce de la mort de Pierre Bérégovoy est un traumatisme collectif, car elle sonne comme un échec de la gauche". Nous nous souvenons tous de l'acharnement du juge Thierry Jean-Pierre, qui entrera ensuite en politique, au Parlement européen, à la droite de la droite, et des campagnes de presse, en particulier du "Canard enchaîné" à propos du prêt immobilier d'un million de francs, sans intérêt, accordé par un riche ami du Président.
Le "dernier secret", qui justifie le titre du livre, c'est que "Béré", comme nous l'appelions familièrement, hors de sa présence, voulait protéger les siens, qui avaient profité de largesses douteuses de ces hommes d'argent, ces "aventuriers des affaires" que l'homme de pouvoir Bérégovoy s'était mis à fréquenter un peu plus que ne l'exigeait le sauvetage d'entreprises nivernaises en difficulté. "Ces gens qui n'auraient jamais parlé aux socialistes s'ils n'avaient pas été au pouvoir".
L'auteur fournit une explication à laquelle tous les militants, en particulier les élu(e)s pourront souscrire : "Que suggérer à un homme politique qui a imposé à l'ensemble de sa famille près de 40 ans de vie militante et de week-ends passés sur les routes, en meetings, en salles enfumées ? La culpabilité des hommes politiques vis-à-vis de leur entourage familial est une donnée méconnue". Il avait un "sentiment de dettes" et voulait "payer le prix de son absence" ; "l'ambition personnelle cohabitait avec les scrupules du père de famille et de l'époux".
Extraits :
"Son absence d'humour et d'autodérision transformaient toute critique en blessure mortelle"
"Avait-il réellement été séduit par la comédie du pouvoir et son cortège de courtisans aux faux airs d'amis qui, comme autant de papillons attirés par les ors de la République, vous quittent dès que la lumière s'éteint ? Il s'était habitué à cette déférence et à ces sollicitations que l'on prend pour soi alors qu'elles ne visent que votre image".
"En se tuant, l'homme d'Etat a effacé l'homme de faiblesses".
08:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique


