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18/01/2015

Déclin et chute de la double monarchie austro-hongroise

La marche de Radetzky

Joseph Roth

Points P8

 

Je voulais parler de ce livre l'année dernière, à l'occasion de la commémoration de 1914. Je suis en retard. Mais le livre est toujours là, depuis 1932, considéré, avec quelques raisons, comme un chef d'œuvre de la littérature européenne du XXe siècle.

La "marche de Radetzsky" est une musique de Johan Strauss père, composée afin de fêter l'écrasement de l'insurrection italienne par le maréchal Radetzky. C'était en 1848. Cette année là un jeune homme montait sur le trône du Saint Empire Romain Germanique, un tout jeune homme : François-Joseph.

Joseph Roth a donné à son livre ce titre parce qu'il considérait cette marche comme "la Marseillaise du conservatisme." "Mourir au son de la marche de Radetzky était la plus facile des morts."

Le livre s'ouvre sur la bataille de Solferino, victoire pour les Français, mais défaite pour les Autrichiens, pendant laquelle le grand-père Trotta, d'origine paysanne et slovène,  devenu capitaine, a le réflexe de sauver la vie du jeune empereur. Il est élevé au rang de baron et devient la référence familiale. Il ne veut pas que son fils devienne militaire, celui-ci devient donc préfet, avec un esprit militaire, y compris dans l'éducation de son fils. Le petit-fils, personnage central du roman devient officier sans en avoir le goût.

Comme la majorité des officiers il s'ennuie et, comme beaucoup d'autres, il sombre dans l'alcool et le jeu,  donc les dettes, "dans la candide médiocrité à laquelle les avait préparés l'école militaire et la discipline traditionnelle". "Cette soif de l'alcoolique qui est une soif de l'âme et du corps."

A sa demande, il est nommé à la frontière russe (aujourd'hui l'ouest de l'Ukraine), où certains font le trafic d'immigrés clandestins russes.

Quand la guerre commence l'armée autrichienne bat rapidement la retraite devant les cosaques. Tous les Ukrainiens de l'Empire sont suspects d'être des traites. "La guerre de l'armée autrichienne commençait par des tribunaux militaires, pour faire peur aux vivants. Mais les vivants de toute la région avait pris la fuite."

Le roman montre les forces centrifuges : les peuples veulent devenir Nations. Les Hongrois, que l'archiduc François-Ferdinand, se réjouissent ouvertement de l'assassinat de celui-ci à Sarajevo. Et les Croates ne supportent plus de vivre sous la domination des Hongrois. Les Tchèques sont nationalistes.

"Notre monarchie est fondée sur la piété ; sur la croyance que Dieu a choisi les Habsbourg."

"L'Empereur François-Joseph était présent parmi ses sujets comme Dieu dans le monde, enfermé dans sa sénilité glacée, éternelle et effrayante."

Les forces centrifuges sont également sociales. Les ouvriers se permettent de faire grève, chose inimaginable. "La social-démocratie était évidemment un danger, mais aussi un contrepoids." "Les jeunes officiers s'imaginaient que le "peuple", c'est à dire la couche inférieure de la population civile, revendiquait son égalité de droits avec les fonctionnaires, les nobles et les négociants. On ne pouvait, en aucun cas, la lui accorder si l'on voulait éviter une révolution."

 

"Ce Midi,  qui avait été jusqu'à présent une expression géographique, brillait de toutes les ensorcelantes couleurs d'un paradis inconnu."

"Elle souriait des lèvres, des yeux, des seins."

"L'âge approchait, à pas cruels et silencieux"

"La maladie n'était qu'une tentative de la nature pour habituer l'homme à mourir."

 

 

17:54 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature

10/01/2015

Triste Mexique

Triple crossing

Sébastian Rotella

éditions Liana Levi et Points policiers

 

L'affaire récente des étudiants méxicains disparus, probablement assassinés, a mis un coup de projecteur sur les problèmes du système mexicain, gangréné par l'argent de la drogue. Comme en Europe ce sont les même filières, les mêmes cartels qui organisent le passage vers les Etats-Unis de la drogue et des immigrés clandestins qui se voudraient "travailleurs internationaux". Mais, contrairement à l'Europe, il n'y a pas de mer pour faire obstacle à l'immigration, tout au plus un fleuve, "une eau noire, polluée par les égouts et les rejets toxiques, venue tout droit des montagnes d'ordures des bidonvilles".

Il y a les bons, les méchants, les infiltrés, les vendus, et surtout ces énormes problèmes que sont la drogue et la demande migratoire vers une vie meilleure.

L'action ne se déroule pas à Ciudad Juarez, comme de nombreux films et romans, mais à Tijuana, comme dans "Tijuana Straits" de Kem Nunn (10/18), dont j'ai parlé et qui soulignait, lui aussi, l'écart de développement entre les Californies, de chaque coté de la frontière.

Le titre fait référence à la fameuse région des "trois frontières", zone de non droit et de tous les trafics, , où se rejoignent le Paraguay, le Brésil et l'Argentine. "Les Nations-Unies du crime organisé". En particulier toutes les contrefaçons, y compris de cartes de crédit. Revenus : plus de 20 milliards de $ par an ! De quoi corrompre quelques policiers et juges mal payés..."Même la loi est à vendre".

Sebastian Rotella est journaliste et, manifestement, sait de quoi il parle, sous forme de roman. Ce qui est inquiétant pour la démocratie méxicaine. "Les parrains de la drogue vont et viennent, mais ce sont toujours les mêmes élites qui restent au pouvoir."

"Nous faisons la chasse aux policiers honnêtes, pour les aider. Comme ils sont rares, nous arrêtons autant de malhonnêtes que possible". "Faire respecter la loi est devenu un acte de subversion."

Au total, un livre prenant.

 

08:33 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature

03/01/2015

Prix du quai des Orfèvres 2015

Tromper la mort

Maryse Rivière

éditions Fayard

 

Le prix du Quai des orfèvres récompense un roman policier qui, généralement, met en valeur le travail des différents services de police ou de gendarmerie. A tour de rôle. Cette année, c'est la coopération entre polices européennes qui est en vedette.

La police française travaille avec la police irlandaise pour arrêter un tueur en série, français, sévissant sur le sol irlandais. Avec toutes les limites des procédures de coopération internationale entre polices. Souverainetée partagée et efficacité contre esprit de clocher. Contrairement à ce qu'écrit l'auteure, ce ne sont pas les parlementaires européens mais les gouvernements des Etats membres qui "n'ont pas envisagé que les polices de deux pays puissent travailler ensemble sur le terrain." 

De même, ce n'est pas "Bruxelles" qui était responsable du fait que l'Etat irlandais était en quasi cessation de paiement, mais parce que celui-ci avait renfloué des banques au bord de la faillite à force de spéculer.

Le tueur est atypique, puisqu'il est libraire, intelligent et très cultivé, mais complètement fou. "Ce mal étrange qu'on appelle folie et que les psychiatres s'évertuent à baptiser de noms multiples et savants."  "En tuant, il ne cherchait pas la jouissance érotique, mais un sentiment de domination totale qui le mettrait à égalité avec Dieu." "Il cherche à donner une dimension culturelle à ses actes."

"Mon âme reste muette, en es-tu donc venue à ce point d'engourdissement que tu ne te plaises que dans ton mal ?" (Baudelaire)

L'occasion pour le lecteur de s'approcher de l'histoire de l'Irlande, "sombre comme la Guiness", aussi bien ses racines celtiques que ses guerres civiles plus récentes. "On n'efface pas d'un coup de baguette magique huit siècles d'occupation britannique, Cromwell, les révoltes réprimées dans le sang, la Grande Famine, la guerre civile et trente années de trouble."

"Comment un si petit pays a pu féconder tant de conteurs, et pas moins de quatre Prix Nobel de littérature ?" Sans parler d'un prix Nobel de la paix, mon ami John Hume, catholique et social-démocrate du Nord de l'Irlande.

Une petite histoire d'amour vient compléter le tableau.

 

11:31 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature

27/12/2014

Moïse et Pharaon

La dame d'Abou Simbel

Christian Jacq

éditions Robert Laffont

 

L'Egypte vient d'interdire "Exodus, Gods and Kings" comme non conforme à l'Histoire, et le Maroc a exprimé ses réserves.

Que disent les historiens ? Que Moïse est le premier personnage de la bible dont ils ont la preuve de l'existence, et que le règne de Ramsès II est une date possible (mais non certaine) pour l'exode. Moïse aurait reçu l'éducation des futurs scribes (l'ENA de l'époque). Christian Jacq en fait un congénère et un ami de Ramsès, ce qui n'est pas historiquement avéré. Ce roman raconte la déchirure de cette amitié datant de l'adolescence, Moïse étant manipulé par un agent hittite se faisant passer pour un partisan du dieu unique, Aton devenu Yahvé (nom d'une montagne dans le désert du Sinaï).

Christian Jacq raconte également ce que disent les historiens : il y avait des Hébreux en Egypte, ainsi que beaucoup d'autres travailleurs immigrés, tous intégrés dans la population, tous autorisés à suivre les cultes à leurs dieux. Les Hébreux étaient spécialisés dans la fabrication des briques. Ils n'étaient pas esclaves et pouvaient circuler librement. Ils n'étaient pas retenus prisonniers en Egypte.

La Bible est la seule source parlant de l'exode. Aucune source égyptienne, dont l'administration était efficace et les bibliothèques riches n'en fait mention. Les scribes du pharaon n'avaient aucune raison de mentionner un évènement mineur. Traverser la Mer Rouge ? De l'autre côté, c'était également le royaume de pharaon ! Pour Christian Jacq, Moïse et les siens sont passés par un zone marécageuse, sur une bande de terre stable. La Bible, et le cinéma, auraient un peu exagéré en parlant de mer s'ouvrant et se refermant sur l'armée égyptienne. De même Christian Jacq voit des explications naturelles aux fameuses "plaies d'Egypte" et non "la colère du dieu de Moïse". "Tu ne fais qu'interpréter des phénomènes naturels en les attribuant à ton dieu". Selon Nicolas Grimal, professeur à la Sorbonne, "le refus du roi de laisser les Hébreux partir dans le désert est alors compréhensible, la zone étant particulièrement peu sûre. Christian Jacq reprend cette justification : tribus bédouines alliées aux Hittites.

La terre "promise" à Moïse par son dieu est le pays de Canaan (dont la capitale était alors Gaza), protectorat égyptien, et dont le roi et les habitants n'avaient aucune intention de laisser leur place à ces envahisseurs à qui il faudra rester quarante ans dans le désert...sans laisser aucune trace ! "Les conséquences d'une vérité absolue et définitive, imposée par des hommes à d'autres hommes".

La grande affaire de Ramsès II ce n'est pas l'exode des Hébreux, si tant est que cet exode ait eu lieu pendant son règne et non pendant celui de son fils et successeur Mineptah, mais la signature avec leurs ennemis habituels les Hittites, du premier Traité d'Etat à Etat de l'Histoire, transcrit dans la langue de chacun des deux Empires, fondant une paix durable. Il est vrai que la menace assyrienne, qui allait se concrétiser quelques décennies plus tard, pouvait être une bonne raison à ce rapprochement. Ramsès a également profité de la querelle de succession entre le frère et le fils de l'empereur hittite. Chritian Jacq en parler abondamment.

Le titre du roman "La Dame d'Abu Simbel" fait référence à la Grande épouse royale, Nefertari, pour qui  Ramsès a fait construire un "temple de millions d'années" à Abou Simbel, en Nubie, très au sud de son royaume.

 

20/12/2014

Ramsès II et les Hittites

La bataille de Kadesh

Christian Jacq

éditions Robert Laffont

 

Au nord de l'Egypte un empire puissant qui représente une menace : Hatti, dont la capitale Hattousa se trouve sur le plateau anatolien.

Limite sud de cet empire : Kadesh, sur les rives de l'Oronte, dans la plaine de la Bekaa (Syrie).

Entre les deux, soumis alternativement aux deux grandes puissances : Canaan, capitale Gaza et l'Amourrou, l'actuel Liban.

Pour l'auteur, l'affrontement entre la civilisation et la barbarie.

Kadesh (Qadesh) est la bataille la plus connue de ce temps, probablement parce que Ramsès II a fait graver dans la pierre, à plusieurs endroits, un récit propagandiste à sa gloire. Il aurait vaincu quasiment seul, avec l'aide de son dieu. Christian Jacq reprend cette version, en mentionnant quand même que la forteresse n'a pas été prise.

Si Jacq n'est pas toujours rigoureux sur le plan historique (c'est un roman !), il familiarise le lecteur avec Horus, caché dans les marais du delta avec sa mère Isis, pour échapper à la fureur de Seth, décidé à supprimer le fils et successeur d'Osiris, avec Bastet, la déesse chatte, incarnation de la douceur de vivre, avec Sekhmet, déesse lionne à corps de femme, avec Thot, dieu de la connaissance, babouin assis portant le croissant lunaire sur la tête.

 

08:26 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, histoire