03/07/2016
De Sète à la Grande Motte
Bâtisseurs de l'oubli
Nathalie Démoulin
Actes Sud
Plusieurs personnes se croisent : un pied-noir ayant fait fortune, puis faillite, dans la construction du littoral, l'ancienne compagne d'un braqueur tué en action, la guitariste d'un improbable groupe de rock. Mais les véritables personnages sont Sète et son port, et la ville nouvelle de La Grande-Motte.
De la Grande-Motte impossible de ne pas voir le Mont Saint-Clair, "l'île singulière". Et, réciproquement, en haut du Mont Saint-Clair, la vue est belle sur tout le littoral.
Avec des rappels historiques sur l'histoire de cette région, qui remonte à l'Antiquité.
La Grande-Motte :
"Une zone urbaine fabriquée de toutes pièces à la fin des années 1960 pour arrêter les estivants en route vers l'Espagne. Les concepteurs de cette ville futuriste l'imaginant peuplée de piétons à rebours d'une décennie qui sacrifiait ses cités à la circulation automobile. 5 millions de m3 de sable furent extraits de l'étang du Ponant afin de rehausser le site des deux mètres qui le placeraient au-dessus du niveau de la mer. Cette ville n'est pas médiocre. Nos villes ont fait naître un peuple qui n'existait pas, un peuple de retraités, d'arthritiques, d'arthrosés qui viennent se chauffer les os."
08:13 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature
29/06/2016
Islande 1979
Le lagon noir
Arnaldur Indridason
Métaillé Noir
Il fait froid en Islande. Les paysages sont à couper le souffle. Le vent aussi !
On y mange du boeuf à la confiture de groseilles, ce qui est probablement moins savoureux que la raie faisandée à la graisse de mouton...
Pas de grandes épopées sur la lande dans ce roman, mais Indridason n'oublie pas le thème cher à son coeur : l'énigme d'une personne disparue que le jeune policier Erlendur, futur commissaire à la brigade criminelle, résout 25 ans plus tard, en parallèle avec l'enquête sur la mort d'un Islandais travaillant à la base américaine de Keflavik, dont le corps est retrouvé dans un lagon d'eau chaude.
Autre thème déjà présent dans les romans d'Indridason, cette importante base militaire américaine où vivaient cinq à six mille militaires américains et leurs familles, près de la capitale islandaise, mais en se mélangeant très peu. "A une certaine époque, les autorités islandaises avaient interdit que cette base militaire accueille des soldats de couleurs."
La base de Kevkafik servait de relais sur la route de Thulé, à l'extrême nord du Groënland, base avancée de surveillance de l'URSS. Des bombardiers armés de bombes atomiques survolaient la zone quasiment en permanence.
"Comme toutes les petites Nations, nous sommes toujours en mal de reconnaissance."
"Les opposants à la présence américaine, en général politiquement à gauche, voulaient non seulement que l'armée lève le camp, mais exigeaient en outre que l'Islande quitte l'OTAN et déclare sa neutralité ."
09:29 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, polar
13/06/2016
Souvenirs du plan Condor
Condor
Caryl Férey
éditions Gallimard
Le "plan Condor", dans les années 70, consistait à lutter contre toutes les forces de gauche en Amérique Latine. Financé et organisé par la CIA, ses plus belles réussites furent les dictatures au Chili, en Argentine, Brésil, Bolivie, Paraguay et en Uruguay.
Après l'Argentine, avec "Mapuche", qui avait valu à Caryl Férey le prix du meilleur polar de "Lire", en 2012, l'auteur nous emmène au Chili, de Santiago, ses bidonvilles et ses beaux quartiers ("les riches y vivent entre eux, mais pas ensemble"), au désert de l'Atacama ("c'est dans ce désert que la dictature avait installé ses camps de concentration"), en passant par le port de Valparaiso, dans une histoire qui trouve ses racines dans le coup d'Etat de Pinochet et la dictature sanglante qui s'en suivi. Même si beaucoup préfère l'amnésie.
L'héroïne est une jeune Mapuche, ce peuple vivant à cheval sur l'Argentine et le Chili, dans le cône sud. "Les Mapuches ("les gens de la terre") avaient refoulé les Incas".
Caryl Férey avait obtenu six prix en 2009 pour "Zulu", roman policier se déroulant à Capetown, dans l'Afrique du Sud post-apartheid.
Vous pouvez retrouver mes notes sur ses livres précédents sur mon blog.
"L'éducation était considérée comme un bien marchand. Chaque mensualité d'université équivalait au salaire d'un ouvrier." ; "Quand on fait des études, on a plus de chances d'avoir des dettes qu'un travail"
"A soixante-sept ans, un coup d'oeil dans la glace suffit à vous rappeler que ce n'est pas avec des crèmes de jour qu'on refait surface."
"Faute de femmes, le métissage était de mise, ce qui n'avait pas altéré un racisme latent."
"Il n'y a que les aristocrates pour se moquer de l'avenir"
11:17 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, polar
23/05/2016
Algérie et fabricants d'armes
Paix à leurs armes
Olivier Bottini
éditions Black Piranha
Le représentant d'une importante entreprise allemande de fabrication d'armes est enlevé en Algérie.
Le gouvernement accuse les islamistes d' AQMI (Al Qaida au Maghreb Islamique).
Le policier, allemand, en poste à l'ambassade allemande d'Alger veut y voir de plus près, sans l'autorisation des autorités algériennes.
Le personnage principal du roman n'est pas le policier mais l'Algérie et ses plaies mémorielles : l'occupation française, la guerre de libération, l'armée au pouvoir depuis l'indépendance, la décennie sanglante de lutte contre les islamistes ("la décennie noire"), les démocrates marginalisés.
"A 18 ans, les fils sont difficiles. Ils aimeraient être quelque chose, mais ne sont encore rien. De tristes chasseurs qui n'ont pas encore attrapé de proies, figés entre l'adolescence et la virilité."
"La mémoire collective de la domination coloniale française était encore bien ancrée dans la population." Je dois dire que je suis stupéfait d'entendre les responsables du FLN dire à des gens presque tous nés après 1962 que tout est de la faute de la colonisation. "Les 2/3 de la population ont moins de 35 ans, dont 30% sont chômeurs."
"Un Etat policier semi-démocratique ! un baril de poudre au vu du taux de chômage élevé chez les jeunes, de la répartition injuste de la rente pétrolière, de la crise du logement, de la pauvreté !"
"40% de tous les bakchichs versés dans le monde le sont au cours de négociations avec des produits d'armement. Plus de 20 milliards d'euros par an."
"Les politiciens du FLN s'étaient juré d'arabiser également les Berbères."
17:03 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, polar, algérie
12/05/2016
Rome et les mafias
Suburra
Carlo Bonini
Giancarlo De Cataldo
éditions Métaillé / Noir
"Suburra, l'antique quartier des lupanars chanté par Pétrone. Demeure d'une plèbe violente et désespérée qui des siècles auparavant s'était faite bourgeoise."
Les auteurs sont l'un magistrat, déjà auteur du remarquable "Romanzo criminale", et l'autre journaliste au quotidien La Repubblica.
Le roman raconte un grand projet immobilier allant de la capitale jusqu'à la mer. Bien évidemment, celui-ci ne peut se faire sans politiciens corrompus, et sans que les différentes mafias ne s'en mêlent pour en tirer profit. Avec un effort pour ne pas se faire la guerre le temps de l'opération. Sans oublier l'implication de "notre Sainte Mère l'Eglise", dont la banque est indispensable pour laver l'argent sale du trafic de drogue qui sera investi dans le projet. Ni omettre la complicité de magistrats et de policiers.
En face un colonel de gendarmerie, appuyé par un général de son corps, mais entravé par un autre, et un procureur intègre.
Une image très noire de la société italienne.
"Qu'est-ce que vous parlez compliqué, vous, les gens de gauche"
"Toute modération serait balayée par le vent impétueux du conflit"
"Une de ces idéalistes confuses qui déblatéraient sur un nouvel ordre sans tenir un minium compte de la réalité."
"La philosophie est violence, souffrance. Parce qu'il n'est pas possible de penser décemment sans se faire mal."
"La haine sociale bientôt submergera l'Europe des banquiers"
"En politique le passé et l'avenir n'existent pas. En politique, seul le présent existe."
08:55 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, polar


