13/04/2012
Des témoins qui ne veulent pas l'être
38 témoins
De Lucas Belvaux
Avec Yvan Attal, Sophie Quinton, Nicole Garcia, Natacha Régnier
Le film s'ouvre par l'entrée, en bateau, dans le port du Havre.
Pour moi, bouffées de souvenirs d'enfance, et d'adolescence, à la vue de ce quartier reconstruit après guerre sur les ruines des bombardements.
A "mon" époque il n'y avait pas de porte-containers de plus de trois cent mètres de long, mais il y avait le "France" qui faisait la "ligne", vers New-York en cinq jours, avant que les avions ne le rendent obsolète.
Les "abeilles" guidaient et remorquaient les vraquiers vers les quais.
Donc, l'action se passe au Havre, rue de Paris, sous ses arcades de béton, moins belles que celles de la rue de Rivoli.
Mais cela pourrait être n'importe où.
Une jeune femme est assassinée, poignardée, en pleine rue, en pleine nuit.
La police enquête, mais ce n'est pas le sujet du film, qui n'est pas un film policier.
Le sujet c'est que tout le monde prétend n'avoir rien entendu, rien vu.
Y compris Yvan Attal, plus introverti que jamais, qui, taraudé par la culpabilité, finit par reconnaître qu'il a été réveillé par les cris de la victime, qu'il l'a vue, et qu'il n'a rien fait.
D'abord à sa compagne, jouée avec délicatesse par Sophie Quinton, bien loin de son rôle de fausse Marilyn de province dans "Poupoupidou". Ce qui prouve qu'elle est une véritable comédienne.
Puis à la police, qui doit réentendre tous les autres témoins, obligés de reconnaître, finalement, qu'eux aussi ont entendu, et qu'ils n'ont rien fait.
Le procureur décide de ne pas poursuivre. "Un témoin qui ne fait rien, c'est un salaud coupable de non assistance à personne en danger, 38, c'est tout le monde..."
Une journaliste, jouée par Nicole Garcia, raconte cette lâcheté collective.
L'autopsie aggrave encore le sentiment de culpabilité en révélant que seule la deuxième série de coups de couteau a été mortelle.
La vie du quartier stigmatisé devient invivable.
Les amitiés se brisent, telle celle de la voisine, jouée par Natacha Régnier, que l'on voit trop peu depuis son prix à Cannes, en 98 ("La vie rêvée des anges").
Le paroxysme est atteint lors de la reconstitution. Celle-ci prouve qu'il était impossible de ne pas entendre.
Un film fort, prenant, qui pose des questions sur la nature humaine, la lâcheté, l'indifférence, l'inaction.
Rien à comprendre ? Pas de jugement à porter ?
Probablement trop facile d'être certain(e) que, placé(e) en pareilles circonstances, nos réactions auraient été les bonnes.
08:22 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma
06/04/2012
après la retraite, une nouvelle vie
The best exotic Marigold Hotel
De John Madden
Avec Judi Dench, Maggie Smith, Tom Wilkinson, Bill Nighy, Dev Patel
Une bande de retraités anglais, qui ne se connaissaient pas, part, seul(e) ou en couples, pour une « maison pour anciens », en l’Inde. La plupart parce que la vie y est moins chère. Comme d’autres partent vivre en Espagne, au Maroc ou en Tunisie.
Bien entendu, la réalité ne correspond pas à la publicité, et presque tous, après s’être laissé attendrir par le sourire du gérant (Dev Patel de « Slumdog Millionaire), finiront pas aimer ce pays coloré, mais plus bruyant que l’Angleterre.
« A la fin, tout finit par s’arranger, et si ce n’est pas arrangé, c’est que ce n’est pas la fin ». Le seul problème est que la fin est prévisible, et que malgré le charme, tout british, des rides de cette sympathique bande, elle met plus de deux heures à arriver, et se fait, par moments, un peu attendre.
08:00 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma
30/03/2012
14 juillet 1789
Les adieux à la reine
De Benoît Jacquot
Avec Lea Seydoux, Diane Kruger, Virginie Le Doyen, Xavier Beauvois
L'action se déroule sur trois jours, autour du 14 juillet 1789.
La reine pense d'abord à ses colifichets. Nous la voyons avec la fameuse modiste, madame Bertin. Mais nous ne la voyons pas en train de dépenser des fortunes au jeu, ou pour ses favorites.
La reine sent le sol bouger sous ses pieds. Comme les frères du roi, elle veut fuir et revenir en force, avec des régiments étrangers, pour balayer l'émeute qui gronde.
Presque deux ans plus tard, en juin, elle parviendra à décider le roi à partir. Comme tout le monde le sait, ils se feront lamentablement arrêter à Varennes, et la royauté n'y survivra pas.
La Cour, à Versailles, avait-elle vraiment conscience, comme le montre le film, que leur monde était en train de basculer ? L'abolition des privilèges aristocratiques devra attendre le 4 août. Et de nombreux aristocrates prendront, à ce moment là, le chemin de l'exil.
Diane Kruger est une reine egocentrique, mais pas vraiment frivole, avec un petit accent, pour nous rappeler que l'"Autrichienne" était une étrangère.
Si la reine est le personnage central du film, tout est vu à travers les yeux de sa lectrice, rôle jouer de façon éclatante par Léa Seydoux, qui vient d'une famille passionnée de cinéma (Gaumont), mais qui est incontestablement loin de se contenter d'être la petite fille de Mr Seydoux.
Les trois actrices sont convaincantes, et Xavier Beauvois tout à fait surprenant en Louis XVI, non pas hésitant, comme le décrivent les historiens, mais conscient des devoirs de sa charge mais très mal entouré, en particulier par ses frères et son épouse qui considèrent qu'il suffirait de réprimer.
Benoît Jacquot a commencé comme assistant sur le tournage d'Angélique. Il maîtrise parfaitement les films en costumes, et nous livre un film intéressant.
08:30 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma
23/03/2012
Jean Reno et Michaël Youn en cuisine
Comme un chef
De Daniel Cohen
Avec Jean Reno et Michaël Youn
Bien sûr, le scénario est gentillet et sans surprise : un cuisinier dans l'âme, surdoué mais incompris, rencontre, enfin, la possibilité de prouver son talent auprès d'un grand chef, triple étoilé, menacé dans sa cuisine par un groupe financier.
Le "happy end" est garanti, et il nous fait plaisir.
La seule surprise vient de Michaël Youn qui décevra les adolescents, de tout âge, qui aimaient son humour potache, mais il séduira les autres.
Au total, cela donne une comédie plaisante à l'optimisme communicatif.
08:00 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma
16/03/2012
Adaptation au cinéma de "Bel ami"
Bel ami
De Declan Donnellan et Nick Ormerod
Avec Robert Pattinson, Uma Thurman, Kristin Scott Thomas, Christine Ricci
D'après le roman de Guy de Maupassant
Guy de Maupassant (en 1885) : "J'ai voulu simplement raconter la vie d'un aventurier pareil à tous ceux que nous coudoyons chaque jour dans Paris, et qu'on rencontre dans toutes les professions existantes" ; "Voulant analyser une crapule, je l'ai développée dans un milieu digne d'elle" (journaliste) ; "Il est simplement affamé d'argent et privé de conscience" ; "Il n'a aucun talent. C'est par les femmes seules qu'il arrive" ; C'est aux femmes qu'il devra son avenir" ; "De quoi se plaint-on ? De ce que le vice triomphe à la fin ? Cela n'arrive-t-il jamais ?" ;
"Mon aventurier marche vers la politique militante, vers la députation, vers une autre vie". Effectivement on peut lire, à la dernière page du livre, cet aspect, occulté dans le film : "Il ne voyait personne. Il ne pensait qu'à lui. Le peuple de Paris le contemplait et l'enviait. Il découvrit là-bas, derrière la place de la Concorde, la Chambre des députés. Et il lui sembla qu'il allait faire un bond du portique de la Madeleine au portique du Palais-Bourbon".
Je ne vais jamais voir les films de vampires, je ne connaissais donc pas Robert Pattinson qui, avec "Bel ami" joue le rôle d'un vampire symbolique, puisqu'il "vampirise" les femmes, pour se sortir de la misère et devenir un "parvenu".
Le trio d'actrices est sublime, chacune dans un rôle très différent.
Cela fait, quand même, un peu bizarre d'entendre parler anglais dans une histoire qui se passe à Paris...
08:00 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma


