18/11/2019
Decaux, prénom Laurent
Le roi fol
Laurent Decaux
éditions XO
Laurent Decaux a hérité de son père Alain le goût de l'histoire, des histoires bien racontées. Contrairement à son père Laurent a choisi la forme romancée. Cela lui permet de rajouter une histoire d'amour entre personnages fictifs.
Le "roi fol", c'est Charles VI qui supporte si mal la pression pesant sur ses épaules qu'il perd la tête, épisodiquement. Ses oncles en profitent pour regagner du pouvoir et éloigner les sages conseillers du roi, les "Marmousets". Son épouse, Isabeau de Bavière, est une catastrophe. Elle dirige le conseil de régence, s'allie aux Bourguignons eux mêmes alliés aux Anglais. Le roman s'arrête avant qu'elle ne déshérite le dauphin en expliquant qu'il est un bâtard, qu'il n'est donc pas du sang du roi. Et donc qu'elle est adultère, ce dont personne ne doute ! Heureusement "le petit roi de Bourges" sera aidé par Jeanne d'Arc et Jacques Coeur. Mais ceci est une autre histoire...
18:45 Publié dans histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, histoire
08/11/2019
De sang froid
La fabrique des salauds
Chris Kraus
éditions Belfond
Avant guerre, Koja vit avec sa famille à Riga. Ils appartiennent à la minorité allemande des pays baltes. Une famille riche. Koja suit son frère aux "Jeunesses Hitlériennes". La "fabrique des salauds".
Les deux frères se retrouvent dans les SS. Koja fait partie de ces groupes d'assassins chargés de "nettoyer" le Baltikum" de ses habitants juifs. Les terribles "Einsatzgruppen". Quand Koja se trouve contraint d'obéir aux ordres de son frère l'obligeant à tuer une mère et son bébé, il prend conscience de l'horreur. Il est un salaud, l s'en rend compte mais se sent incapable de sortir de ce système. Indissoluble ambivalence des hommes face à un dilemme moral. Il devient chef espion, envoyant ses hommes à une mort certaine, puisqu'il joue double jeu avec le KGB.
Les réticences du BND à toute forme de renouvellement démocratique et antifaciste sont frappantes.
Comment la société de la République fédérale allemande a-t-elle réussi à trouver le chemin de la démocratie en dépit de l'intégration des anciens nazis ?
Après la guerre, les deux Allemagnes, mais aussi l'URSS et les USA récupèrent sans problème les anciens nazis qui peuvent leur être utile. Koja travaille donc pour les nouveaux services secrets d'Allemagne de l'Ouest, pour la CIA, tout en continuant à informer le KGB.
Il sert de pont entre le jeune Etat d'Israël qui a besoin d'armes, et l'Allemagne qui en a à vendre.
Une bonne partie du livre est consacrée aux services secrets du BND (Allemagne de l'Ouest), de la Stasi, de la CIA, du KGB et du Mossad.
Chris Kraus, qui a fait des études de cinéma était scénariste avant d'être romancier. Cela donne un livre plein d'actions très visuelles. Il est rassurant qu'un Allemand soit capable d'écrire un tel livre.
Un livre de presque mille pages...
08:52 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature
22/10/2019
Les chevilles de papier, la suite
La famille Vollenhole
Michel Lefèbvre
édilivre
Le premier tome se passait en Flandre au XVIIe siècle, plus précisément dans la famille Breughel.
Le second tome se déroule en Flandre, à Bruxelles et en France, d'abord entre les deux guerres, avec la montée de l'idéologue nazie parmi les nationalistes flamands, en particulier la famille Vollenhole et son patriarche, restaurateur talentueux de tableaux, et bon connaisseur de la peinture flamande du "siècle d'or".
La collaboration avec les autorités allemandes d'occupation, qi ne se contentent pas des oeuvres d'art volées aux Juifs, provoque le vol d'un tableau de Daniel Seghers, élève de Breughel, et peintre spécialiste de tableaux de compositions florales.
De nos jours un spécialiste pratiquant "la difficile discipline que représente la restauration des tableaux" résout le mystère, découvrant, au passage, que des tableaux mis aux enchères à Paris et à Londres sont des faux.
Ce livre ne pouvait être écrit que par un restaurateur de tableaux de haut vol, spécialiste de la peinture du XVIIe, combinant la connaissance de l'histoire de l'art et celle de la chimie des composants de la peinture de l'époque.
Les explications techniques au fil du récit n'alourdissent pas celui-ci et nous plongent dans l'univers de la restauration des tableaux, des galeries d'art et des ventes aux enchères.
"La Lys, cette généreuse rivière, ses eaux aux propriétés magiques qui donnaient aux fibres de lin une matière idéale à la fabrication de toiles à peindre pour artistes."
08:19 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, peinture
30/08/2019
Dans l'Amérique du XVIIe siècle
Un don
Toni Morrison
Prix Nobel de littérature 1993
10/18 n° 4339
Toni Morrison a été la première afro-américaine a être couronnée du prix Nobel de littérature.
Elle nous a quitté cette année, nous donnant un bon prétexte pour la lire, ou la relire.
J'ai jeté mon dévolu sur un petit livre de moins de deux cent pages qui raconte l'histoire de trois domestiques : une enfant noire de huit ans, fille d'une esclave déracinée d'Angola ; une jeune indienne, seule survivante du massacre de sa tribu lors de l'expulsion des indigènes de la Caroline ; une adolescente blanche, rescapée du naufrage du bateau de son père, n'ayant jamais vécu auparavant sur la terre ferme.
Un roman des débuts de l'Amérique colonisée, au XVIIE siècle. Vastes étendues et intransigeance religieuse.
"Elle se baigne tous les jours, ce que les chrétiens ne font jamais."
"En autorisant tout Blanc à tuer tout Noir pour n'importe quelle raison, en offrant des compensation aux propriétaires pour la mort ou la mutilation d'une esclave, ils séparèrent et protégèrent les Blancs de tous les autres, et pour toujours."
"Le tabac et les esclaves étaient mariés."
"Les hommes les plus riches de sa connaissance bâtissaient en bois, pas en briques."
"être femme ici c'est être une blessure ouverte qui ne peut guérir."
16:31 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, amérique, histoire
11/08/2019
Quelle vie ont eu nos grands-parents ?
Histoire de Rose et Jean Duchemin
Alphonse Karr
éditions des falaises
Mon fils m'a ramené d'Etretat, berceau de la famille Vallin, un petit livre racontant la vie de Rose Duchemin, née Vallin.
Une vie de dur labeur, à la limite de la misère ("nous étions pauvres honteux"). Une vie à demander au boulanger de pouvoir payer le pain, principale nourriture avec les pommes de terre, à crédit, au retour de pêche.
Sur la couverture on voit des femmes, et des hommes, tourner autour du cabestan pour remonter le bateau de pêche sur les galets. Une scène racontée par ma grand-mère paternelle. Les femmes attendaient sur la grève. Dès que les bateaux étaient en vue, le rappel était lancé pour que toutes les disponibles viennent tourner afin de remonter les cordes, et donc les bateaux.
Rose, treizième enfant de la maison Vallin, mariée en 1815 afin de son mari soit exempté de partir à la guerre de Napoléon.
Jean Duchemin était marin. Mais si pauvre qu'il n'avait pas de filet pour participer à la pêche. ("il faut six filets pour avoir son lot à la pêche du hareng") Seule solution : prendre un crédit. Une pêche difficile puisque déjà à l'époque les marins se plaignaient que les harengs aient quitté nos côtes. "Nous avons à présent un pays bien triste pour la pêche, nos côtes sont stériles."
Rose élèvera seize enfants. Sept garçons et neuf filles. "Il ne faut pas crier après les enfants pour se faire craindre, on est plutôt servi à les prendre par la douceur. Quand on crie après eux, ils vous haïssent de suite ". La mer lui prendra deux garçons, dont l'ainé.
Aujourd'hui une école d'Etretat porte le nom de Rose Duchemin.
Alphonse Karr, romancier et journaliste (il fut même rédacteur en chef du Figaro de 1836 à 39) prête sa plume pour raconter la vie de Rose, en certifiant qu'il a reproduit fidèlement son récit.
17:49 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature, histoire


