09/11/2008
Yasmina Khadra au Parlement européen
Rencontre avec Yasmina Khadra
Dans son dernier livre "Ce que le jour doit à la nuit", l'auteur revient à son pays natal, l'Algérie, après nous avoir emmenés en Palestine ("L'attentat"), en Irak ("Les sirènes de Bagdad") et en Afghanistan ("Les hirondelles de Kaboul", voir note sur ce blog).
Yasmina Khadra est né, dans une tribu de bédouins, donc de poètes, Mohammed Moulessouhoul. Il était militaire, il écrivait, et ça ne plaisait pas à sa hiérarchie qui, pour ne pas lui laisser le temps d'écrire l'envoyait dans de difficiles missions lointaines. Mohammed n'entendait pas accepter le comité de censure que voulait lui imposer l'armée. Un jour qu'il était en mission, son éditeur parisien réclamait un fax avec sa carte d'identité. Il a demandé à sa femme d'envoyer la sienne, et Mohammed est devenu Yasmina, libre de toute censure.
Cette ambigüité, "dualité assumée", ne lui déplaît pas et, "drag queen de la littérature", il n'en défend que mieux la cause des femmes, dans ses livres et dans la vie : "la femme n'est pas l'avenir de l'homme, elle est sa vie" ; "les hommes ne méritent pas les femmes, ils cherchent le bonheur là où il n'est pas, au lieu de le chercher dans l'Amour ; aimer les femmes, c'est le chemin du bonheur" ; "les hirondelles de Kaboul ne peuvent pas faire le printemps parce qu'elles sont niées par les hommes" ; "les femmes ne peuvent compter que sur elles mêmes pour s'émanciper".
Traduit dans 35 pays, il refuse de céder devant les menaces qui pèsent contre les écrivains algériens qui écrivent en français. Pour cette raison, il refuse d'écrire en arabe. Il a été traduit en 29 langues, y compris l'hébreu, avant de l'être en arabe.
Il assume la contradiction qui l'amène à être nommé directeur du centre culturel algérien de Paris, par le Président algérien, alors qu'il ne ménage pas ses critiques contre le régime ("politiquement, l'Algérie mérite mieux").
Il considère :
1) que la culture est un territoire de partage ;
2) que la victoire d'Obama est plus culturelle que politique ;
3) qu'aucune religion ne peut être au dessus de la vie humaine.
08:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature
08/11/2008
Millénium 1
Les hommes qui n'aimaient pas les femmes
Stieg Larsson
Editions "Actes Sud"
Depuis le temps que ce livre est en tête des ventes, il fallait bien que je le lise, moi aussi. Je l'ai fait, juste avant que ne sorte la version en coréen. Et j'ai compris son succès : une excellente énigme policière ("découvrons le motif, et nous saurons ce qui s'est passé"), qui en profite pour poser deux importantes questions de société : les montages financiers déconnectés de l'économie réelle (prémonitoire !) et les violences faites aux femmes (malheureusement d'une actualité récurrente).
Sans oublier de rappeler que la tranquille Suède a eu ses mouvements fascistes, dont certains responsables vivent encore paisiblement.
Le héros, journaliste d'investigation, "était d'avis que la vraie mission journalistique était d'examiner les chefs d'entreprise avec le même zèle impitoyable que les journalistes politiques surveillent le moindre faux pas chez les ministres et les parlementaires. Un directeur de banque qui égare quelques centaines de millions dans des spéculations écervelées ne devrait pas pouvoir rester à son poste".
"Les analystes économiques sont devenus une équipe de larbins incompétents, imbus de leur propre importance, et totalement incapables de la moindre pensée critique. Tant de journalistes économiques ne contentent de reproduire les affirmations livrées par les directeurs de société et par les spéculateurs".
"Il faut distinguer l'économie et le marché boursier. L'économie est la somme de toutes les marchandises et de tous les services qui sont produits. La Bourse, c'est tout autre chose. Il n'y a que des fantasmes où, d'heure en heure, on décide que telle ou telle entreprise vaut quelques milliards de plus ou de moins."
J'ai d'autant mieux compris le succès du livre que je dois avouer en avoir un peu oublié, avec un petit sentiment de culpabilité, quelques dossiers professionnels, pour avancer dans l'intrigue, ce qui ne m'était pas arrivé depuis longtemps.
J'en ai tiré deux conclusions logiques :
- j'ai planifié la lecture du second tome à une période où je pourrai le lire à mon aise ;
- j'ai offert ce premier tome à deux membres de la famille.
08:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature
01/11/2008
Un pour deux
Un pour deux
Martin Winckler
Editions Calmann-Lévy
Le docteur Winckler est bien connu depuis "La maladie de Sachs", il y a dix ans.
Ecrivain prolixe, ses romans policiers se déroulent dans le milieu médical, dont il dénonce sans relâche les travers (cette fois-ci un complot médico-chirurgical), et plus spécialement dans la ville imaginaire de Tourmens.
Dans ce roman, il dote Tourmens d'un curieux personnage comme maire : "homme politique de petite taille (il porte des chaussures surélevées), animé d'une immense ambition", tout puissant, nouveau riche, marié avec un ancien mannequin vedette, d'origine italienne, il fait "une tête et demi de moins que son épouse". Il a "promis de nettoyer au jet les quartiers les plus malpropres de la ville".
Je me disais bien que les romanciers s'inspiraient de la réalité...
Ses deux nouveaux héros sont les jumeaux René et Renée qui constituent à eux deux la petite agence de "détectives privés" "Twain Peeks".
Cette gémellité est l'occasion d'une réflexion pointue sur les mystères de l'identité sexuelle.
Martin Winckler est passionné de séries télévisées américaines, et cela se sent.
08:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, roman policier
26/10/2008
Le visiteur du Sud
Le visiteur du Sud
OH YEONG JIN
Le journal de Monsieur OH en Corée du Nord
Editions Flblb, avec l'aide de la Région Poitou Charentes
Monsieur Oh est Coréen du Sud. Il travaille dans la construction. Son entreprise a été choisie pour un chantier de canalisations, en Corée du Nord, et son entreprise l'a choisi pour y superviser les ouvriers nord-coréens.
Monsieur Oh est également, pendant ses loisirs, dessinateur de Bandes Dessinées. Ce livre est son journal : le voyage d'un Coréen du Sud, ordinaire, qui découvre la Corée du Nord et ses pratiques spécifiques. Monsieur Oh ne fait pas de politique : il raconte, en dessinant, pour montrer aux lecteurs, ce qu'il voit, ce qui l'étonne, dans un pays voisin, issu de la même matrice, mais si différent.
Ayant fait une visite de quelques jours dans ce pays surréaliste, ce livre a réveillé en moi quelques souvenirs : le transit obligatoire par Pékin pour aller de Séoul à Pyongyang, le vol sur Air Koryo (le nom antique de la Corée), qui se trouve sur la liste internationale des compagnies déconseillées, tellement ses avions sont vétustes, Hamhung, la ville la plus industrielle, aux installations "d'un autre âge", et au port désert, l'obscurité dans les rues, les routes à peine praticables, le culte de la personnalité du "Cher Leader", et plus encore de son père disparu .
Ce pays vit-il dans les années 50, 60 ou 70 ? Monsieur Oh et ses collègues en débattent.
Combien de temps le système va-t-il encore "tenir", grâce à l'aide internationale, avant effondrement complet ?
08:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, bande dessinée, voyages
21/10/2008
Scoop
Scoop
Bruno Mouron et Pascal Rostain
Révélations sur les secrets de l'actualité
Editions Flammarion
Le "Photojournalisme" est un journalisme à part entière. Il est bien connu qu'"une image vaut 1.000 mots". Mais "les images peuvent mentir, aussi bien, voire mieux que les mots". Dans le journalisme, qu'il soit photographique ou non, toutes les méthodes sont elles acceptables ?
Il est remarquable d'obtenir la confiance d'un Chef d'Etat, ou de gouvernement, ou du leader d'un mouvement politique, social, syndical, important, et d'en faire des photos superbes, que nous sommes heureux de voir, surtout si elles s'accompagnent d'anecdotes.
Mais il est des techniques qui relèvent du harcèlement, qui portent atteinte à la vie privée de personnes publiques, des méthodes condamnables et donc justement condamnées en justice.
Avons nous besoin d'avoir une photo de Chirac en pyjama, de Marchais à l'agonie, de Mitterrand sur son lit de mort ?
Si ces photos se vendent aux magazines, c'est qu'il y a des acheteurs, mais de là à justifier ce métier, "de voyou" comme le reconnaissent les auteurs, même s'ils prétendent le faire "comme des gentlemen" !
Il est vrai qu'il y a un "filtre" : "Les politiques n'ont même plus besoin de faire pression sur les photographes. Les patrons des groupes industriels, propriétaires des journaux s'empressent d'accéder aux affectueuses sollicitations de leurs amis...quand ils ne les devancent pas !"
Ainsi, les photos montraient rarement "le cortège habituel qu'affectionne le ministre (Sarkozy), avec ses trois voitures d'escorte, toutes sirènes hurlantes, les motos et les rues barrées. Sarkozy adore les signes extérieurs du pouvoir, et pour nous, c'est bien pratique".
Ainsi le directeur de la rédaction de Paris Match, et le rédacteur en chef de Gala ont payé de leur licenciement la publication de photos "inappropriées".
08:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)