03/03/2012
Artemio Cruz est mort
La mort d’Artemio Cruz
Carlos Fuentes
Folio n°856
Artemio Cruz est mort. Ancien combattant de la Révolution, devenu député, fort riche pour avoir su détourner à son profit la révolution agraire, « à l’époque où Juarez mit en vente les biens du clergé et où un commerçant, à condition d’avoir quelques petites économies, pouvait se rendre maître d’immenses terres » (comme dans l’Angleterre de Cromwell et la France révolutionnaire…), ayant oublié son idéal pour assouvir sa soif de puissance. « Tu ne seras pas coupable de la morale que tu n’as pas créée ». Sa mort est l’occasion de revoir sa vie : 1941, 1919, 1913, 1924, 1927, 1947, 1915, 1934, 1939, 1955, 1903, et pour finir 1889, année de sa naissance. Rien de linéaire donc. « En choisissant, tu cesseras d’être tous les hommes que tu aurais pu être. ». « La mémoire est le désir satisfait, aujourd’hui que ta vie et ton destin ne font qu’un ».
Plus facile à comprendre avec une connaissance minimum de l’histoire contemporaine mexicaine.
« Les femmes s’habituent à tout : cela dépend de l’affection qu’on leur donne »
08:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature
02/03/2012
Tinker, Tailor, Soldier, Spy
La Taupe
De Tomas Alfredson
Avec Garry Oldman, Colin Firth
D'après le roman de John Le Carré
"So British", et tellement "John Le Carré".
Une histoire d'espions, dans les années 70, en Angleterre.
A la recherche de la "taupe", l'agent double, au plus haut niveau des services britanniques de renseignements.
Peu d'actions, peu de violences, mais une tension permanente.
Plus de deux heures, c'est peut-être un peu long.
Une affaire d'hommes, éventuellement homosexuels, ou bisexuels. Les femmes sont quasiment absentes.
Un billard à trois bandes où la paranoïa répond à la désinformation.
Tout le monde ment, pour intoxiquer tout le monde.
Le contraire d'un film de James Bond.
Une histoire pas complètement imaginaire, puisqu'un agent double, au service des soviétiques, opérait effectivement au plus haut niveau de "l'Intelligence Service".
Indispensable à voir si vous aimez le thé et les lodens, si vous avez la nostalgie de la "guerre froide"...ou des 70's.
10:05 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma
01/03/2012
Le Clézio et le Mexique
Le rêve mexicain
J.M.G. Le Clézio
Prix Nobel de littérature 2008
Folio "essais" n°178
1517 : Hernan Cortés, représentant de la Renaissance espagnole, rencontre, puis affronte, l'Empereur aztèque Moctezuma.
Le Clézio s'appuie sur les récits du soldat Bernard Diaz del Castillo, puis du franciscain Bernardino de Sahagun.
Avec cette question finale : que serait devenue notre civilisation si elle n'avait pas détruite celle des Aztèques ? "Comment auraient évolué ces civilisations, ces religions ?" "Quelle philosophie aurait pu grandir ?" Que serait notre monde si les valeurs de cette civilisation n'avaient pas été exterminées ? "De quelle richesse les Conquérants européens nous ont-ils privés ?"
"L'homme d'Occident doit réinventer tout ce qui faisait la beauté et l'harmonie des civilisations qu'il a détruites"
"C'est l'extermination d'un rêve ancien par la fureur d'un rêve moderne"
"De la verroterie contre de l'or, excrément du soleil, l'ère coloniale pouvait commencer"
"Les véritables symboles de la Conquête : les chaînes et les lingots"
"Ce qu'on appelle la civilisation : l'esclavage, l'or, l'exploitation des terres et des hommes, tout ce qui annonce l'ère industrielle"
"Sans l'or, sans la matière première, sans le travail des esclaves surtout, quel eût été le sort de l'Europe et de sa "révolution industrielle ?"
"Le rituel cruel et sanglant du peuple aztèque n'est pas un décor ; il est la vie, il est la mort, somptueux et chatoyant avec ses masques, ses costumes, sa "regalia" de plumes d'or et de turquoises"
"Il n'y a sans doute pas eu dans l'histoire du monde peuple plus occupé par le sang"
"Le sang est le symbole de cette ivresse mystique, qui permet la rencontre entre les hommes et les dieux"
"Les chants et les danses ne sont pas seulement des prières ou des actions de grâce. Ils sont aussi des scènes magiques qui matérialisent les forces mystérieuses de l'au-delà."
"C'est le mythe des Amazones qui guide les Conquérants vers le Nouveau Monde"
"Les grands mythes de genèse sont ceux qui se répondent d'une civilisation à l'autre"
"Le mépris du civilisé pour le barbare a pour corollaire l'admiration, l'envie, une sorte d'aspiration refoulée"
"Derniers visionnaires du monde moderne, les Indiens, confrontés à la violence de la Conquête européenne, trouvent dans l'illusion de l'immortalité la force d'un combat sans espoir"
"C'est la foi religieuse qui soutient la lutte des peuples barbares contre l'envahisseur chrétien. Il s'agit bien d'une guerre sainte".
"Le message d'amour et de justice des premiers missionnaires où s'exprimaient les concepts moraux de la Renaissance, ne pouvaient rencontrer que l'incompréhension, puis la méfiance au fur et à mesure que ces paroles étaient contredites par la brutalité des Conquérants militaires, spoliateurs et faiseurs d'esclaves"
"Le rêve barbare, commencé dans l'ivresse d'une guerre sainte contre les envahisseurs, est devenu au long des siècles symboles du désespoir et de la mort"
"La mort est la seule issue pour les derniers nomades, devenus hors-la-loi"
"Pour les Mayas, comme pour les Aztèques, le but n'était pas la maîtrise des lois de l'univers, mais la perception de la destinée"
"La vie sur la terre n'est qu'un bref instant entre le chaos initial et le chaos final"
"L'homme naquit d'une flèche envoyée par le soleil"
"Il y a une inquiétude personnelle, une interrogation sur soi-même et sur le monde qui est le propre de la création littéraire"
08:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature
29/02/2012
Tintin au Mexique ?
Tintin et les Picaros
Hergé
Editions Casterman
En 1949, excellente année, Tintin retrouve le "San Théodoros", les Araumbayas, et leur ethnologue qui ne cherche pas à comparer les civilisations, le dictateur général "Tapioca" et son opposant, le général "Alcazar" et ses guérilleros, les "Picaros". Alcazar est marié à une mégère en bigoudis qui a le mauvais goût de se prénommer Peggy.
Les sombreros et la pyramide "paztèque" pourraient nous faire croire que nous sommes au Mexique.
C'est le temps du carnaval, comme à Rio, ou à Bintje.
Ce ne sont plus les compagnies pétrolières qui alimentent la guerre civile, mais la "banana company", allusion directe au rôle de "l'United Fruits" dans les guerres civiles en Amérique centrale.
Comme toujours, Tintin parviendra à vaincre sans violence, et parvient même à faire abolir la peine de mort...au "San Theodoros".
08:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : bd
28/02/2012
lutte contre la drogue
Deux jours de débats intenses, avec des spécialistes internationaux, de l'ONU, et des organisations latino-américaines, et européennes, policiers, magistrats, etc., avec des parlementaires européens et latino-américains.
Mes conclusions personnelles :
L'usage de drogue est d'abord un problème de santé, auquel il faut donner une réponse sanitaire. Avec au moins autant de moyens que la réponse policière : prévention, cures de désintoxication, réinsertion, produits de substitution, recherches chimiques pour annihiler les effets pervers des drogues créées par la chimie.
Puisque la consommation de drogue est une maladie, son usage ne doit pas être pénalisé. Sauf en cas de conduite, comme l'alcool. Mais elle doit être soignée.
Deux drogues, l'alcool et le tabac, sont légales pour les adultes, illégales pour les mineurs. Dans tous les cas elles représentent un problème sanitaire majeur.
La prohibition, ou la légalisation, ne règlent donc en rien le problème central, qui est de santé publique.
Comme l'a déclaré le Président du Guatemala, le problème de la légalisation doit être posé dans les pays consommateurs, pas dans les pays producteurs ou de transit.
Par contre, dans le domaine de la sécurité, du crime organisé, la prohibition, ou la légalisation, ont une influence majeure.
Tout le monde sait que c'est la prohibition de l'alcool qui a fait la fortune d'Al Capone à Chicago, et d'autres ailleurs.
Le trafic de drogue suit la loi du marché. Un marché faussé, puisqu'illégal, mais un marché quand même.
La lutte contre le trafic de drogues connait un phénomène de vases communicants, géographiquement et de produits : quand la production est détruite en Colombie, elle augmente au Pérou et en Bolivie (les Péruviens me l'avaient déjà expliqué l'année dernière) ; quand les "cartels" colombiens sont démantelés, le trafic s'organise au Mexique ; quand la cocaïne devient trop chère, les drogues de synthèse se multiplient.
Toutes les politiques de lutte contre l'offre ont échoué. Il faut donc agir sur la demande, non pas en pénalisant les consommateurs, mais par de la prévention et des soins.
Dans un monde globalisé, les organisations criminelles utilisent les frontières. La coopération internationale sanitaire, policière, judiciaire doit être renforcée pour lutter contre le crime organisé transnational. A trafic global, riposte globale.
Mais la lutte "sur le terrain" encombre les tribunaux et surcharge les prisons, sans apporter de réponse à long terme si elle n'est pas accompagnée de désintoxication.
Pour paraphraser Victor Hugo, il serait possible de dire "un centre de soins qui s'ouvre, c'est une prison qu'il n'est pas nécessaire de construire..."
08:37 Publié dans Amérique latine | Lien permanent | Commentaires (0)


