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18/06/2008

Créationisme

Les dangers du créationnisme Même sans être un grand lecteur de la Bible, tout le monde a entendu parler de la "Genèse", la création du monde en six jours, avec repos le septième. Mais il est admis aujourd'hui :
  • que le monde a un peu plus de 4 milliards d'années.
  • que la vie est apparue sur terre, il y a un peu plus de 2 milliards d'années.
  • que l'homo sapiens n'existe que depuis 100 à 200.00 ans et n'est donc qu'un des maillons de la chaîne de l'évolution, qu'il n'est pas apparu de façon spontanée, mais à la suite d'une évolution.
Les théologiens les plus intelligents ont très vite expliqué qu'il ne fallait pas prendre la Bible au pied de la lettre, mais de façon allégorique. Rien n'empêche de croire que ce monde a été créé par "un Grand Architecte". Les créationnistes considèrent que le monde a été créé par une "intelligence supérieure" et ils sont gênés par le fait que ce monde puisse évoluer en échappant à son créateur. Ils nient donc l'évolution, surtout la "spéciation" (quand une espèce se sépare en deux) ou les mutations génétiques aléatoires (si elles sont présentées comme aléatoires, c'est qu'elles n'auraient pas été voulues par une intelligence supérieure). Pourquoi l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, qui n'est ni un institut scientifique, ni un institut de théologie, s'est-elle penchée sur la question ? - Parce que le Conseil de l'Europe a des compétences en matière d'enseignement ; - Parce que les créationnistes font de l'enseignement leur cible première. Ce rapport, confié à l'ancien ministre Guy Lengagne, professeur de mathématiques à l'université et qui donc connait la rigueur scientifique,  serait probablement passé aussi inaperçu que tous les autres rapports de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, si un député démocrate-chrétien flamand, Président du groupe PPE dans cette Assemblée, n'avait pas eu l'idée, brillante, mais à très courte vue,  de demander et d'obtenir le renvoi en commission du rapport... qui venait d'y être adopté à l'unanimité moins une voix.

 

Que dit le rapport : Il faut distinguer la science, qui cherche le "comment?" et qui soumet les théories à vérifications  et les philosophies et les croyances qui s'intéressent au "pourquoi ?". C'est pour cette raison que l'enseignement scientifique ne peut pas être mis sur le même plan que l'enseignement de la théologie et de l'Histoire des religions. Il faut éviter la confusion dans les esprits entre ce qui est soumis à la vérification scientifique et les croyances,  religieuses ou autres. D'autant plus que les créationnistes, faute d'apporter des réponses scientifiques à l'apparition et à la disparition d'espèces,  cherchent à mimer la science et à semer le doute sur l'évolutionnisme : 38% des Américains se sont prononcés, par sondage, pour l'abandon de l'enseignement de l'évolution.

Mais ce n'est pas un problème spécifiquement américain.

75% des lycéens turcs ne croient pas à l'évolution. En 2004 la ministre de l'éducation de Berlusconi voulait faire retirer des manuels scolaires tout ce qui parlait de la théorie de l'évolution. Elle n'a été obligée de renoncer que face aux réactions des scientifiques. La même année, la ministre serbe de l'éducation a ordonné aux écoles d'abandonner l'enseignement de la théorie de l'évolution. En 2006, le ministre polonais de l'éducation, appartenant à "la Ligue des familles",  a déclaré "la théorie de l'évolution est un mensonge et il ne faut pas enseigner les mensonges".   L'étude de l'évolution des espèces est une science essentielle pour comprendre l'univers et la vie sur terre, pour comprendre les mutations des maladies infectieuses face aux antibiotiques, les mutations des virus comme le SIDA, ou la grippe dont il faut modifier le vaccin chaque année,  les mutations des insectes face aux pesticides, l'importance de l'ADN. Elle doit figurer de façon centrale dans les programmes généraux et au cœur des programmes scientifiques. Que serait la biologie sans la théorie de l'évolution ?  Le créationnisme, qui nie ces évolutions, est anti-scientifique. Il ne peut donc pas être présenté comme une discipline scientifique et ne peut donc pas prétendre a être enseignée comme une science. Il faut empêcher que la croyance ne s'oppose à la science, comme elle l'a trop souvent fait, au moins depuis le Moyen-âge. Pour conclure, je cite le rapport : " les thèses créationnistes, par la négation de faits pourtant scientifiquement avérés, participent non pas à la transformation des sociétés mais à son archaïsation". Mais nous savons bien que dans le domaine politique également, certains participent non pas à la transformation des sociétés mais à son archaïsation !

07:54 Publié dans billet | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : religions, sciences

16/06/2008

A propos d'un référendum

A propos d'un référendum

J'avais commencé à écrire ce billet avant le résultat du référendum en Irlande, puis j'ai décidé de prendre le temps de la réflexion

Le peuple irlandais a fait son choix. C’est sa liberté. Notre devoir est d’en prendre acte et d’analyser les raisons qui l’ont conduit à cette décision.

1) La première question est celle de la pertinence de la méthode référendaire.

Demander au peuple français : "voulez vous que le septennat devienne un quinquennat ?", c'est simple et clair.

Demander aux peuples, français, irlandais ou autres : "voulez rester dans l'union européenne ou en sortir ?", c'est moins simple mais tout aussi clair. 

Mais demander à des citoyens de se prononcer sur un Traité international,  illisible, sauf pour les spécialistes, et encore...

Surtout qu'un nouveau Traité ne doit pas être jugé en soi, mais par rapport aux Traités existants, pour comparer si c'est mieux ou moins bien.

Qui a osé parler de Traité "simplifié" ne l'avait certainement pas lu !

Qui a comparé le Traité de Nice, toujours en application, et qui le restera jusqu'à nouvel ordre, avec le projet de Traité constitutionnel puis le projet de Traité de Lisbonne ?

De plus, un référendum sur un sujet européen n'aurait de sens que s'il était organisé en même temps dans tous les pays de l'Union, comme les élections européennes de l'année prochaine.

2) L'effet du vote négatif est exactement l'inverse de sa motivation :

- ceux qui votent contre sont ceux qui ne sont pas content(e)s ;

- le résultat de leur vote, est qu'il bloque toute timide tentative d'amélioration : voter NON, c'est voter pour que les choses restent en état !

Le résultat concret du NON français d'il y a trois ans et du NON irlandais de jeudi dernier, c'est qu'on garde le système exactement comme il est, avec tous ses défauts !

Pour prendre l'exemple de la démocratie, puisque le reprôche généralement fait est le manque de démocratie dans l'Union européenne, dire NON, c'est dire NON à plus de pouvoirs pour le Parlement européen et pour les Parlements nationaux, c'est dire NON à un peu plus de transparence. 

Le refus d'un seul pays, comme la France il y a trois ans, prend en otages tous les autres et leur impose son point de vue.

Si les autres passent outre pour l'Irlande alors qu'ils ont renoncé après le NON français, les Irlandais pourront légitimement se sentir moins égaux que d'autres...

3)  Ce que j'ai vu et entendu, y compris de la part de politiciens présumés responsables, m'a douloureusement rappelé les propos ineptes et/ou d'une mauvaise foi criante,  entendus en France, y compris de la part de parlementaires socialistes.

Expliquer au catholiques irlandais que dire OUI au Traité de Lisbonne revient à dire OUI à l'avortement est du même tonneau que de prétendre que le projet de Traité constitutionnel allait mettre fin à la laïcité française (Sarkozy s'en charge tout seul !).

Expliquer aux pacifistes irlandais que le Traité de Lisbonne allait mettre fin à la neutralité de leur pays était aussi mensonger que de lier la ratification du Traité constitutionnel et l'adhésion éventuelle de la Turquie.

Une autre leçon : dire aux Irlandais : "vous êtes ceux qui ont le plus profité de l'Union européenne et des ses fonds" est aussi inutile que chez nous. Michel Delebarre avait fait campagne pour rappeller combien le Nord Pas-de-Calais avait profité des fonds européens : cela n'a pas empêché la région d'être la championne du NON...

4) Il y a, en Irlande comme en France, plusieurs raisons de dire NON (j'ai asez d'estime, de longue date pour Jean-Luc Mélanchon pour ne pas confondre son NON et celui de Le Pen), et plusieurs raisons de dire OUI.

Une campagne référendaire n'a pas pour but de dire quelle Europe veulent les citoyens : pour cela il y a les élections européennes, dans un an.

Dans chaque pays les partis politiques devront alors expliquer quel est leur projet pour l'Union européenne, leurs propositions pour répondre concrètement aux inquiétudes légitimes de la vie quotidienne, telles que la hausse des prix, surtout des denrées alimentaires et de l'énergie.

  

5) Le  plan "B":  J'avais dit, à l'époque, qu'un rejet du projet de Traité constitutionnel ferait disparaître, pour au moins trente ans, toute idée de Constitution européenne, comme le rejet de la Communauté Européenne de Défense avait tué toute idée de Politique Européenne de Défense pendant quarante ans. La seule alternative au refus, c'est le bricolage et le maintien d'un système institutionnel qui aurait dû être modifié avant l'élargissement de l'Union à douze nouveaux pays.

Les ministres des affaires étrangères se réunissent mercredi soir, les Chefs d'Etats et de gouvernements jeudi et vendredi : cela me fera l'occasion d'en reparler...

  

Renforcer l'information et la consultation des travailleurs

AGIR  POUR RENFORCER L'INFORMATION ET LA CONSULTATION DES TRAVAILLEURS

Les syndicats ont clairement fait savoir que les employeurs ne croyaient guère à la nécessité de réviser la directive sur les Comités d'entreprises européens. C'est pourquoi, il faut que la Commission européenne légifère. En 1994, le patronat a saboté l'accord entre les partenaires sociaux et la Commission a présenté une proposition dans la foulée. Par souci d'équilibre, la Commission doit faire exactement la même chose. Nous avons besoin d'urgence de nouvelles mesures qui renforcent le cadre légal concernant la consultation et l'information des travailleurs. Ces dernières années, il y a eu plusieurs cas de sociétés qui ont entrepris de grandes restructurations sans consulter convenablement leurs travailleurs et ce, pratiquement en toute impunité. De nombreux changements doivent être envisagés avec le plein appui des syndicats. Parmi ces changements figurent: - un meilleur accès aux conseils d'experts; - une définition plus claire de l'information et de la consultation; - une redéfinition de la confidentialité; - des représentants pour dénoncer les violations d'accord; - ramener la période légale pour la négociation d'accord de trois ans à un an; - introduction d'un système de sanctions pour les entreprises qui ne respectent la loi; - le droit à la formation pour les membres des Comités d'entreprises européens en langue, en économie, finances et social: - droits de tenir des réunions préparatoires et des réunions de suivi; et - droits pour les membres des Comités d'entreprises européens d'entrer sur les sites des entreprises.

15/06/2008

Bonne fête les pères

Avec un petit pincement au coeur de ne pas avoir à dire "bonne fête des pères", pour la première fois...

08:17 Publié dans billet | Lien permanent | Commentaires (1)

14/06/2008

Les pirates du capitalisme

Les pirates du capitalisme

Comment les fonds d'investissement bousculent les marchés

 Solveig Godeluck et Philippe Escande

 Editions Albin Michel

 Un livre essentiel pour comprendre le capitalisme de ce début du XXIe siècle !

 Il décrit "un monde où l ' argent circule bien plus et bien plus vite que les hommes, où l ' économie toute entière baigne dans la finance." Si les "fonds" ont en commun de transformer le capitalisme financier mondialisé, et d'être géré par des gens qui gagnent beaucoup d'argent en spéculant avec l'argent des autres,  les auteurs nous expliquent qu'il ne faut pas confondre :

 - les "hedge funds", spéculatifs, littéralement "fonds de couverture",  qui gèrent environ 2.000 milliards de $ achètent et revendent le plus rapidement possible des actions en bourse, repartant aussi soudainement qu'ils sont venus (rarement plus d'un an). "S'ils sont les premiers à anticiper, ils empocheront une belle plus-value". Ils servent souvent de "poissons pilotes" mais ne font pas appel à l'épargne public. Si vous êtes tenté(e) le ticket d'entrée est à 5 millions d'euros.

 - les fonds de pensions qui prennent des participations tranquilles et minoritaires dans des entreprises cotées en Bourse, pour payer les retraites par capitalisation. Leur poids actuel est estimé à 20.000 milliards  de $ (Donc 10 fois plus que les "hedge funds"). Ils "ont un travers : ils ne font rien pour éviter qu'une de leurs participations fonce dans le décor. Ils se contentent de déserter lorsqu'ils flairent un danger." Pour faire face aux retraites massives du "papy boom", ils leur arrivent de faire quelques placements dans les fonds spéculatifs.

 - les fonds "souverains", afflux de liquidités en provenance des pays fortement exportateurs comme la Chine et les monarchies pétrolières. Ils sont estimés à plus de 3.000 milliards de $ et devraient atteindre 12.000 $ d ' ici 2015.

- les fonds d'investissements, objets principaux de ce livre. En France,  ils possèdent des entreprises qui, au total, emploient un million et demi de salarié(e)s et qui profitaient du crédit abondant et bon marché, d'autant plus que les intérêts d'emprunt sont déductibles de l'impôt sur les sociétés. Le marché du crédit privé,  aux USA + Union européenne,  frôle les 30.000 milliards de $, soit plus que le total des actions en bourses (et plus que les fonds de pensions). La spécialité de ces immenses tirelires n'est pas le placement en Bourse (pas de comptes à rendre !) mais l'achat d'entreprises, la plus value se réalisant quelques années plus tard, à la revente, souvent en doublant ou en triplant la mise, après leur avoir fait subir un "traitement" plus ou moins profond. Dans  plus de la moitié des cas ils achètent une entreprise cotée en Bourse...et la retire de la cotation. Bien entendu, les salariés, premières victimes des "dégraissages" (en clair des diminutions d'effectifs), et de la remise en cause des "avantages acquis", ne touchent rien de ces plus values (80% pour les investisseurs, 20% pour les gérants). Les cadres sont fortement invités à entrer dans le capital, quitte à s'endetter, ou à hypothéquer leur maison, comme gage de leur motivation. "Cette complicité est la pierre angulaire du montage". Et ces managers / propriétaires sont plus exigeants avec les salariés. En France, troisième pays d'accueil au monde de ces fonds, les sommes investies ont été multipliées par 10 en 10 ans : 5.000  entreprises, ¼ des sociétés de plus de 250 salariés, de Picard à Dim, de Materne à Yoplait, pour un chiffre d'affaires cumulé supérieur au CAC 40.

- les "private equity", sont des fonds d ' investissements, qui n ' ont rien d ' équitable. "Private" signifie "hors la Bourse" : ils veulent maîtriser la majorité du capital pour mener la stratégie qu ' ils entendent être la plus profitable, pour avoir une rentabilité meilleure qu ' un placement en Bourse. Ils "mobilisent" plus de 500 milliards chaque année, y compris des emprunts qu ' il faut rembourser ! La rentabilité du placement est généralement supérieure à 30% par an, contre 10 à 15% pour les placements en Bourse. Et les plus-values en capital ne sont généralement imposées qu ' entre 10 et 20% (alors que les impôts sur les salaires peuvent atteindre 45% : mieux vaut avoir des "stock options" !)

 Extraits :

 "L'éventail des salaires a été multiplié par cent. La création de valeur pour l'actionnaire a fait de l'ombre à la cohésion sociale dans l'entreprise."

 "Les 20 premiers gérants de fonds gagnent plus de 22.000 fois le salaire moyen d'un salarié américain.

 "Mondialisation + fonds + nouveaux outils spéculatifs = explosif !"

 "Le temps moyen de détention d'action d'une entreprise par des investisseurs institutionnels est passé en quelques années de sept ans à sept mois."

 "Ce qui change l ' économie et qui change le monde en ce début de millénaire, ce ne sont pas les fonds, mais l ' insondable océan de la dette" (30.000 milliards de dette privée pour les USA et l ' Europe).

 "La dictature de l ' actionnaire manque aujourd ' hui singulièrement de contre-pouvoirs.

Citations

"Les affaires ? C'est bien simple, c'est l'argent des autres !" Alexandre Dumas fils

 "La société postindustrielle a détruit les systèmes de protection sociale passés et n ' a pas encore trouvé ceux qui seraient adéquats". Daniel Cohen

 J ' ai eu le plaisir de faire la connaissance de Solveig Godeluck, il y a un peu plus de 10 ans. Elle était alors étudiante à l ' école de journalisme de Lille. Dans le cadre d ' un exercice de l ' école, dans le style "dernière page de Libération",   elle avait fait le portrait du Secrétaire Général du Parti Socialiste Européen que j ' étais alors. Elle m ' avait gentiment qualifié de "cacochyme". Comme elle avait du talent et que je voulais prouver que je n ' étais pas rancunier, je lui ai fait écrire les brochures racontant deux Congrès du PSE.

 

Aujourd ' hui, elle est journaliste au quotidien économique "Les Echos". Elle avait déjà écrit, de belle façon,   trois livres des plus intéressants : "Entre gens de bonnes compagnies" (Comment les maîtres de la Bourse trompent les actionnaires) ; "La Géopolitique d ' Internet" et "Le boom de la netéconomie".

08:36 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : capitalisme, économie, fonds