27/09/2007
Darfour : Des troupes européennes pour protéger les civils réfugiés
Et la protection des réfugiés du Darfour,
Dans les pays voisins
L'ONU vient de confier à l'Union européenne le mandat de sécuriser la zone dans laquelle se trouvent 300.000 réfugiés et 200.000 déplacés soudanais, tchadiens et centrafricains.
C'est une bonne nouvelle :
- pour les populations concernées ;
- pour celles et ceux qui considèrent que le rôle des armées européennes aujourd'hui doit être d'abord d'assurer la sécurité et le maintien de la paix ;
- pour celles et ceux qui souhaitent la mise en place d'une politique européenne commune de sécurité ;
- pour celles et ceux qui sont fatigués des déclarations multiples du Conseil européen et déçus par la rareté des actions communes ;
- comme diraient les Britanniques "the proof is in the pudding !" La preuve que le gâteau existe, c'est qu'on peut le manger ! La preuve de l'existence de la politique européenne commune se trouvera dans des actions communes comme celles-ci ;
- pour celles et ceux qui sont heureux que nous sortions enfin des liens néocoloniaux ("Françafrique") pour entrer dans une véritable coopération et un véritable partenariat entre l'Europe et l'Afrique ;
- c'est une bonne nouvelle également parce que le Conseil de Sécurité de l'ONU a donné ce mandat selon la Chapitre VII, qui donne la possibilité aux troupes de prévenir les attaques, sans être obligés d'attendre d'être attaqué pour riposter.
Pour que l'action soit véritablement européenne, il faudrait que le maximum de pays participe. Il est heureux que des pays traditionnellement neutres, comme la Suède et l'Irlande semblent désireux de s'impliquer.
Il est regrettable que les Britanniques non seulement aient fait savoir qu'ils ne participeraient pas, mais aient refusé que le Quartier Général européen de Bruxelles soit utilisé, obligeant la France à proposer le Mont Valérien.
Les Britanniques sont en Irak sans mandat de l'ONU : ils feraient bien d'en retirer leurs troupes pour aller secourir les réfugiés du Darfour sur lesquels ils pleurent si facilement à la télévision.
Bien évidemment la présence des troupes européennes, essentielles pour contribuer à la sécurisation de la région, et donc de la distribution de l'aide humanitaire, ne sera pas, à elle seule, suffisante pour assurer une stabilité à long terme, qui suppose le respect des Droits humains, de l'Etat de droit et de la bonne "gouvernance".
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13/09/2007
Les investissements étrangers en Afrique
Dans un système capitaliste de marché, mondialisé, les investissements privés vont là où ils peuvent espérer le plus grand profit.
Le flux de ces IDE s'est accru ces dernières années. En fait, en %, par rapport à l'augmentation très importante des IDE dans le monde, l'Afrique en a reçu un % minime (entre 2et 3%).
Plus de la moitié de ces IDE vers l'Afrique vont vers les pays pétroliers.
Les IDE ne se concentrent que sur les industries extractives.
Dans le domaine pétrolier, qui est donc le secteur où se font la majorité des IDE, en Afrique, où l'exploitation se fait surtout off-shore, tout le monde sait bien qu'il n'y a aucun transfert de technologie, ni de compétences : une compagnie pétrolière étrangère peut en remplacer une autre, mais la technologie n'est pas africaine. Même le personnel, sauf subalterne, n'est pas africain, faute de formation.
Pourquoi les IDE sont ils si rares en Afrique ?
Peut-être pour les mêmes raisons qui font que les capitaux africains, à l'exception de capitaux sud-africains, ne s'investissent pas en Afrique ?
Pourquoi les Africains qui ont des capitaux, à commencer malheureusement par de nombreux Chefs d'Etats africains, placent leur argent en Suisse, à Londres, aux USA et pas en Afrique ?
Où sont les investissements européens, ou africains, pour transformer les matières premières africaines, qu'elles soient minérales ou végétales ?
Où sont les investissements européens, ou africains, pour créer des usines compétitives pour transformer le coton africain du Mali ou du Burkina en produits textile, de qualité ou pas ?
Pourquoi n'y-a-t-il pas plus de "zones franches" attractives, comme à Maurice ou à Madagascar ?
C'est d'investissements publics dont les pays ACP ont besoin, pour créer des infrastructures de transport et d'accueil des entreprises, même si ce ne sont que de petites entreprises.
Nous avons en Europe, pris en charge par les pouvoirs publics, des "pépinières" et autres "incubateurs" d'entreprises pour favoriser la naissance et la croissance des petites entreprises.
Un récent rapport insistait sur le potentiel que représente le tourisme : pour que des investissements privés se fassent dans ce secteur économique en Afrique, comme cela a été le cas dans les Caraïbes et les pays du Pacifique, il est illusoire de tout attendre des investissements privés, il faut des investissements publics pour créer les conditions d'accueil.
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07/06/2007
médicaments testés en Afrique
En 2005 j'avais parlé dans ce blog du film "La constance du jardinier", et évoqué le livre paru en 2001 (John Le Carré), dénonciation des pratiques des firmes pharmaceutiques en Afrique, qui leur sert de terrain d'expérimentation.
J'écrivais : " on ne sait pas si ces pratiques sont réelles ou supposées, mais le pire c'est qu'elles sont crédibles, et c'est terrifiant : oui, il n'est pas impossible que de nouveaux médicaments soit testés sur des populations démunies qui ne sont pas en mesure de refuser".
C'était vrai, et ça ne va pas favoriser la diffusion des médicaments en Afrique...
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29/03/2007
A l'oued rien de nouveau !
L'évènement historique :
Le deuxième tour de l'élection présidentielle constituait l'aboutissement du processus de transition vers la démocratie, initiée par la junte militaire de transition qui a pris le pouvoir en août 2005.
C'est la première fois dans l'Histoire du pays que se déroulait un deuxième tour d'élection présidentielle.
Pour la première fois, se déroulait, à la télévision et à la radio, un débat qui ne fut pas vraiment contradictoire mais une succession de réponses. Plus un "côte à côte" qu'un "face à face".
Dès lors il était intéressant d'observer le comportement des électeurs qui n'avaient pas choisi l'un des deux candidats présents au deuxième tour (65%)
La continuité plus que le changement
Comme l'indiquait le compte-rendu du premier tour, Sidi ould Abdellahi, ancien ministre de l'ancien Président ould Taya, représentait une certaine continuité avec le régime précédent, alors que notre camarade Ahmed ould Daddah, soutenu, entre autres, par la communauté négro-mauritanienne et les islamistes modérés, incarne depuis longtemps l'opposition et la lutte pour la démocratie.
Les résultats du premier tour pouvaient laisser espérer la victoire des partisans du changement. Malheureusement dans ce camp, le leader des "harratines" (descendants d'esclaves), Messaoud ould Boulkeir, qui avait recueilli 10%, a fait défection et a probablement fait basculer le résultat.
Un résultat incontestable qui n'a pas été contesté
Malgré ce revers, les observateurs politiques locaux s'attendaient à un résultat serré.
A 52,85%, ce terme ne peut être utilisé.
Ould Daddah n'a donc pas contesté l'élection du nouveau Président, qu'il a félicité, renforçant ainsi la légitimité du nouvel élu.
Pourtant, la mission à long terme de l'Union européenne avait relevé quelques problèmes de "location" de carte d'identité (le temps d'un vote) et d'obstruction au transport des électeurs.
Notre mission parlementaire s'était partagée entre la capitale et des bureaux de vote très reculés.
Les problèmes déjà soulevés au premier tour n'ont pas été résolus : manque de transparence et de plafonnement des frais de campagne, fonctionnaires "libérés" pour faire campagne, lettre ou tampon "à voté" mal calligraphiée ou mal posé, entraînant la nullité de bulletins.
Mais rien de tout cela, resté marginal, ne peut remettre en en cause le résultat final.
Les acquis
Même si les hommes de l'ancien régime sont très présents dans l'équipe du vainqueur, il est possible d'espérer que certains changements apparus pendant la période de transition restent acquis : libéralisation de la presse, transparence des comptes publics, fin des passe-droits pour les proches du pouvoir.
Pour être élu, et pour récupérer les voix des "harratines", le nouveau Président a du faire des promesses dans le domaine social et concernant le "passif humanitaire" (expression diplomatique pour parler de l'esclavage, officiellement aboli).
Reste, comme l'a déclaré à notre délégation un ambassadeur européen : "tout continue comme avant : les noirs travaillent, les Maures dirigent et font les comptes".
Les intérêts de la "nomenklatura" et de la hiérarchie militaire seront probablement préservés par le nouveau régime.
Et maintenant ?
"Il nous appartient de poursuivre sans relâche, et avec tous les moyens légitimes, notre lutte contre la pauvreté, l'ignorance et l'exclusion, notre combat en faveur des malades, des victimes de la malnutrition et des faibles, notre combat pour barrer la routes à toutes les formes de dictatures, d'exploitation de l'Homme par l'Homme et de gabegie", a déclaré Ahmed ould Daddah le lendemain de l'élection.
Mais il n'est pas impossible que certains responsables de son parti soient fatigués d'être dans l'opposition et soient tentés de rejoindre le camp du vainqueur.
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23/03/2007
Darfour : toujours à l'ordre du jour
Il y a exactement deux ans, j'étais au Darfour
Voici un extrait de mon rapport de mission :
Ouest : bientôt la paix ?: le nettoyage ethnique est en bonne voie
Nous avons été soumis pendant toute la mission à une intense propagande.
Notre programme, entièrement préparé par les autorités soudanaises, devait, comme nous l'a dit le ministre des affaires étrangères, nous permettre de voir "les réalités", ne correspondant pas à ce que disent les médias qui mentent. "Comme pour les armes de destruction massive en Irak", nous a dit un des ministres...
La thèse gouvernementale, qui nous a été rabâchée "ad nauseum" est simple : les conflits tribaux, liés à l'eau et au nomadisme, sont séculaires au Darfour.
S'il est vrai que la polarisation ethnique s'est exacerbée et que la multiplication des armes en circulation a multiplié le nombre des victimes, cette explication passe sous silence les constatations de la commission de vérification du cessez-le-feu, et des ONGs : 80% des tribus chassées de leurs villages, et qui se trouvent aujourd'hui dans les camps de déplacés, sont d'origine non arabe ! Et ce sont, soit les milices armées par le gouvernement, les "people defense forces", soit les milices tribales, de tribus arabes favorables au gouvernement qui les ont agressées et fait partir.
Cela n'a jamais été dit dans les réunions officielles, en présence des autorités soudanaises, mais les bouches ne demandaient qu'à s'ouvrir pour parler aux oreilles attentives...
Ainsi le général français, vice-président de la commission internationale de contrôle, représentant l'Union européenne, et qui ne veut pas être accusé de complicité de nettoyage ethnique, garde précieusement le double de toutes les preuves de ce "nettoyage" et de ses rapports hebdomadaires envoyés à "Bruxelles", et avoue organiser des "fuites" vers la presse.
La partie publique de ces rapports est suffisamment explicite pour qui se donne la peine de les lire.
Les forces de l'Union africaine observent le respect du cessez-le-feu.
Pour elles, ce conflit n'est pas un succession de conflits tribaux mais bien une lutte entre une rébellion armée et des forces gouvernementales, "régulières" ou non.
Un général rwandais nous a montré des photos d'atrocités. A la question : "qui est coupable ?" il a répondu :"tout est dans nos rapports".
Un colonel sénégalais nous a expliqué les techniques pour faire fuir les villageois. Pour lui aussi, il n'y a pas de doute sur les coupables. En tête à tête, il confirme le "nettoyage ethnique".
L'opération, qui coûte 300 millions d'euros par an, est financée à 70% par l'Union européenne.
Les ONGs reconnaissent une amélioration de la situation là où l'Union africaine est présente, mais refusent de faire escorter leurs convois de nourriture par des soldats, fussent-ils neutres, malgré les attaques quotidiennes, d'éléments qui ne sont pas toujours identifiables (rebelles, bandits de grands chemins...ou membres de milices gouvernementales)
Selon les gouvernement, mais aussi le SPLM, il ne faut surtout pas que la justice internationale s'en mêle car les Africains ont des mécanismes traditionnels de réconciliation, une autre approche culturelle de la justice ; par contre la communauté internationale peut contribuer à apporter des compensations à ceux qui ont perdu leurs maisons et leurs troupeaux.
Bien entendu, toute pression sur le gouvernement est un mauvais message, qui encourage les rebelles à continuer leurs actes terroristes...
Les membres du gouvernement que nous avons rencontrés ont insisté sur le libre accès au Darfour pour la communauté internationale et les humanitaires, mais pas pour les ONGs qui "font de la politique".
OXFAM est directement menacé d'expulsion, "save the children" est parti, mais toutes les ONGs, qui peuvent témoigner de ce qui se passe, se sentent tenues au silence, sous la pression gouvernementale.
Beaucoup d'entre elles considèrent que seules les pressions internationales sur le gouvernement ont permis des avancées.
Elles m'ont parlé assez librement, en marge des réunions officielles, loin des oreilles gouvernementales.
Il y a au Darfour 10.000 travailleurs humanitaires locaux, encadrés par environ 700 européens, qui louent effectivement très chers, à des bailleurs qui en profitent, les locaux dont ils ont besoin.
En raison de la taille du pays et du manque d'infrastructures le coût de la logistique y est trois fois supérieur au prix de la nourriture elle même.
La sécurité dans les camps, y compris la sécurité alimentaire et sanitaire est bonne. Probablement la meilleure du Darfour, peut-être du pays.
Il est même étonnant que la criminalité ne soit pas plus importante quand des dizaines de milliers de personnes sont ainsi rassemblées.
Les familles y sont prises en charge : eau, nourriture, soins, écoles primaires, rien qui incite à affronter les incertitudes, la violence et la faim qui guettent à proximité immédiate des camps.
Sur une population de 5 à 6 millions, combien vivent dans les camps ? au moins un million et demi ! combien dans les mois à venir ? plusieurs centaines de milliers de plus, chassés par la famine causée par l'absence de récolte !
Les réserves alimentaires sont épuisées. Le Programme alimentaire mondial ne peut acheminer à destination que la moitié des besoins.
Il sera vain de chercher à déterminer qui est là pour fuir la violence, et qui est là pour fuir la faim : les causes et les effets se cumulent, et il faudra construire de nouveaux camps, trouver de l'eau et du fourrage pour le bétail.
Le retour à la vie normale est affiché comme un but gouvernemental, mais il suppose : sécurité, déminage, compensation pour les pertes subies, semences, outils, nourriture pour attendre la récolte suivante.
Il est évident qu'il est plus facile pour les organisations humanitaires de "servir" des populations regroupées dans des camps que dans des villages dispersés, malgré le risque constant d'épidémie qu'implique une telle concentration de population.
Les intéressés ne s'y trompent pas : ils cuisent des briques pour bâtir leurs nouvelles demeures, et même, ils plantent...ce qui en dit long sur leur volonté de départ !
Si un jour ils quittent les camps, il faudra voir s'ils peuvent retrouver leurs villages...ou si ceux-ci sont occupés par d'autres tribus !
C'est alors que l'on pourra constater le "nettoyage ethnique".
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