07/04/2012
qui est-on sans mémoire ?
Palestine
Hubert Haddad
"Prix Renaudot Poche 2009"
"Prix des cinq continents de la francophone 2008"
Livre de poche n°31461
A proximité d'Hébron, point "chaud" de contact entre colons israéliens et Palestiniens, un jeune soldat israélien est blessé et choqué, rendu amnésique.
"Qui est-on, sans mémoire ?"
En vêtements civils, il est recueilli par deux Palestiniennes. Sans identité, il devient Palestinien, et vit la vie et les souffrances, l'humiliation et la répression, d'un peuple occupé.
Eternelle question du hasard qui nous fait naître d'un côté ou de l'autre d'une frontière. Un film récent, "Le fils de l'autre" l'évoque également.
"La violence consommée a une étrange douceur. Tout se passe dans une boucle du temps qu'aucune raison ne contrôle"
"Il faut toujours parler. Aux moribonds, aux fous, aux ânes, même aux ennemis !"
"Tu détisses chaque nuit le temps passé pour garder l'âge de ton amour"
"Cette Cisjordanie morcelée que les colons débarqués de New-York ou de Paris appellent Judée-Samarie en héritiers définitifs".
"A part le Cantique des Cantiques, il n'est jamais question d'amour dans la Bible, pareil pour le Coran..."
"Nous sommes bannis de chez nous, délogés, dépossédés, tous captifs. Partout des murs dressés, des barrages, des routes de détournement. Est-ce qu'on peut vivre comme ça, parqués dans les enclos et les cages d'une ménagerie ? Veut-on nous pousser au suicide, à la dévastation ?"
"La paix ? C'est le droit du plus fort !"
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31/03/2012
grand prix de littérature policière
Adieu Jérusalem
Alexandra Schwartzbrod
Grand prix de littérature policière 2010
Livre de poche n°32432
Une explosion dans une usine secrète qui prépare la guerre bactériologique.
Un pèlerinage à La Mecque, moment et endroit propices à toutes les épidémies.
Le retour de la peste noire.
Les Arabes qui accusent les Juifs d'avoir empoisonné les puits de la grande mosquée, malgré les huit cent caméras de surveillance. Contre toute évidence, puisque cette bactérie ne se transmet pas par l'eau.
Le gouvernement israélien qui profite de l'agitation des arabes israéliens pour décider de leur expulsion, afin de faire d'Israël, enfin, de son point de vue, un Etat juif. "Israël est une démocratie ethnique". "Israël est d'abord l'Etat des Juifs du monde entier".
Sans parler de ceux qui veulent "la création d'un Etat juif en Judée et en Samarie. Un Etat qui bannirait les laïcs et les Arabes"
"Il y a forcément un moment où l'humiliation rend fou"
Le gouvernement américain va-t-il poursuivre son soutien inconditionnel à Israël ?
Comment vont réagir les riches Etats pétroliers arabes, détenteur de milliards de la dette souveraine américaine, et des centaines de milliards dans les entreprises stratégiques des USA et d'Europe ?
Alexandra Schwartzbrod est journaliste. Son style est vivant et accrocheur, comme celui des journalistes de talent.
Elle a été longtemps la correspondante de Libération à Jérusalem, et nous fait partager sa connaissance du dossier.
"La violence des nouveaux immigrants juifs. Pour la plupart démunis et paumés, ces hommes faisaient passer l'humiliation de leurs échecs en cognant leurs femmes, voire leurs enfants, syndrome classique."
"Depuis que les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza étaient enfermés à double tour de l'autre côté de leur mur, les autorités israéliennes s'étaient forgé un nouvel ennemi : l'Arabe de l'"intérieur".
"La communauté ultra-orthodoxe, qui constituait désormais la population la plus importante de Jérusalem, avait été mise à genoux par la politique ultralibérale menée par le derniers gouvernements. En réduisant au minimum les allocations familiales, les autorités leur avaient supprimé leur unique source de revenus."
"Les jeunes l'ennuyaient, les vieux le déprimaient. Plus personne ne le surprenait. C'était peut-être ça, la vieillesse"
"La planète a été créée par une bactérie et elle mourra par une bactérie"
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17/03/2012
L'itinéraire d'Octavio Paz
Itinéraire
Octavio Paz
Prix Nobel de littérature 1990
Editions Gallimard, collection "Arcades"
Autobiographie politique, et intellectuelle qui commence avec la révolution mexicaine et se termine avec l'effondrement du communisme, en passant par la guerre d'Espagne.
Un condensé de l'histoire du XXe siècle par un de ses témoins écrivains, à cheval sur plusieurs continents.
"En ce temps là, contrairement à notre époque, les institutions scolaires de l'Etat jouissait d'un grand prestige"
"On nous apprenait à nous servir du langage comme d'un outil, une arme, une prolongation de la main"
"Peut-être la véritable imagination - à l'opposé de la fantaisie - consiste-t-elle à voir la réalité de tous les jours avec le regard du premier jour"
"Tâche d'être modeste, mais pas humble. L'humilité appartient aux Saints ; la modestie aux gens bien nés"
"Depuis la Contre-réforme, le combat engagé par l'Eglise contre le corps n'a pas été moins impitoyable que sa lutte contre les hétérodoxies"
"Que cherche le voyageur ? Peut-être cherche-t-il son destin ? Peut-être son destin est-il de chercher ?"
"La femme est la porte de la réconciliation avec le monde"
"L'orthodoxie idéologique et l'orthodoxie sexuelle sont toujours les alliées de la xénophobie"
"Toutes les visions de l'histoire sont un point de vue, mais il est clair que tous les points de vue ne sont pas nécessairement fondés" ; "l'histoire est une intersection entre un temps et un lieu"
"L'opposition entre ce que nous pensons et ce que nous ressentons n'est pas rare"
"La culture est une hybridation"
"Le remède au nationalisme n'est pas l'Empire, mais une confédération de nations"
"La tolérance implique que nos convictions religieuses et morales ne s'imposent qu'à ceux qui les partagent avec nous"
"Moi j'allais de par le monde. Mes paroles furent ma maison"
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10/03/2012
le chef d'oeuvre d'Octavio Paz
Le labyrinthe de la solitude
Suivi de Critique de la pyramide
Octavio Paz
Prix Nobel de littérature 1990
Editions NRF Gallimard
1949 (excellente année), Octavio Paz est à Paris. Il occupe un poste subalterne à l'ambassade du Mexique. Il a du temps libre, en particulier pendant les vacances. Il se plonge dans la rédaction d'un essai sur "l'essence du Mexique" et des Mexicains.
Son texte dépasse de loin ce cadre. Non seulement le "Labyrinthe" se veut "une dénonciation passionnée de la société moderne dans ses deux versions, capitaliste et totalitaire", mais il souligne que "nous devons penser pour notre compte, afin d'affronter un futur identique pour tous". "Chacun dépend des autres, il réclame leur présence", dans "le labyrinthe de la solitude". "Les masses modernes sont des conglomérats de solitaires", selon "le rythme double de la solitude et de la communion".
"Nous allions à la recherche de nous mêmes et nous avons rencontré les autres".
"Chaque homme recèle la possibilité d'être, ou plus exactement d'être à nouveau, un autre homme"
"La femme ne cherche pas, elle attire. Dans la vie quotidienne, sa fonction est de faire régner la loi et l'ordre, la piété et la douceur"
"Dis moi comment tu meurs, je te dirai qui tu étais"
"Les Espagnols, en arrivant au Mexique, rencontrèrent des civilisations complètes et raffinées" ; "ensemble de peuples, nations et cultures autonomes, avec leurs traditions propres, exactement comme le monde méditerranéen"
"La conquête du Mexique serait inexplicable sans la trahison des dieux, qui renièrent leur peuple"
"Les dieux ne sont pas de simples représentations de la nature. Ils incarnent aussi les désirs et la volonté d'une société qui se divinise en eux" ; "l'homme invente des dieux à sa ressemblance"
"L'Espagnol est simple : il insulte Dieu parce qu'il croit en lui"
"Les idées et le travail comptent peu. La seule valeur est la virilité qui s'impose par elle même"
"Tous pensent, avec un optimisme hérité de l'Encyclopédie, qu'il suffit de décréter de nouvelles lois pour que la réalité soit transformée"
"Le positivisme offre une nouvelle justification aux hiérarchies sociales. Mais ce n'est plus le sang, ou l'héritage, ou Dieu qui expliquent les inégalités : c'est la Science".
"Toute révolution tend à établir un âge mythique"
"L'amour est scandale et désordre, transgression : celle de deux astres qui rompent la fatalité de leurs orbites et se rencontrent" ; "Dans notre monde, l'amour est une expérience à peu près irréalisable. Tout s'oppose à lui : la morale, les classes, les lois, les races et jusqu'aux amoureux eux-mêmes"
"Vivre, c'est se séparer de celui que nous avons été pour nous interner dans celui que nous allons être, dans un avenir toujours étranger"
"Nous vivons en orphelins du passé, et avec un avenir à inventer. L'histoire universelle est une tâche commune. Et notre labyrinthe, celui de tous les hommes"
La "Critique de la pyramide" a été écrite vingt ans plus tard. "La critique de l'autre commence par la critique de soi-même" ; "La critique nous dit que nous devons apprendre à renverser les idoles, apprendre à les annuler en nous-mêmes"
"La définition de l'homme comme être qui travaille doit être échangée comme celle de l'homme être qui désire"
"Ou bien le Mexique développé absorbe et intègre l'autre, ou bien le Mexique sous-développé, par le simple poids mort de la croissance démographique, finira par asphyxier le Mexique développé"
"La valeur suprême n'est pas l'avenir : c'est le présent. L'avenir est un temps fallacieux qui ne cesse de nous dire : "l'heure n'est pas venue", ce qui revient à nous nier. Le futur n'est pas le temps de l'amour : ce que l'homme aime vraiment, il l'aime maintenant"
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03/03/2012
Artemio Cruz est mort
La mort d’Artemio Cruz
Carlos Fuentes
Folio n°856
Artemio Cruz est mort. Ancien combattant de la Révolution, devenu député, fort riche pour avoir su détourner à son profit la révolution agraire, « à l’époque où Juarez mit en vente les biens du clergé et où un commerçant, à condition d’avoir quelques petites économies, pouvait se rendre maître d’immenses terres » (comme dans l’Angleterre de Cromwell et la France révolutionnaire…), ayant oublié son idéal pour assouvir sa soif de puissance. « Tu ne seras pas coupable de la morale que tu n’as pas créée ». Sa mort est l’occasion de revoir sa vie : 1941, 1919, 1913, 1924, 1927, 1947, 1915, 1934, 1939, 1955, 1903, et pour finir 1889, année de sa naissance. Rien de linéaire donc. « En choisissant, tu cesseras d’être tous les hommes que tu aurais pu être. ». « La mémoire est le désir satisfait, aujourd’hui que ta vie et ton destin ne font qu’un ».
Plus facile à comprendre avec une connaissance minimum de l’histoire contemporaine mexicaine.
« Les femmes s’habituent à tout : cela dépend de l’affection qu’on leur donne »
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