03/03/2016
Le cardinal des plaisirs
Bernis
Le cardinal des plaisirs
Jean-Marie Rouart
de l'Académie française
éditions Gallimard
"Il lui manquait la rapacité des arrivistes de haut vol" "Qu'est ce qui demeure de la réussite quand on a laissé échapper le bonheur ?"
Habité de "la douce passion des femmes", il considère qu'il est possible d'"être voluptueux sans être irréligieux ".
"Dans les heures lentes et inoccupées de l'âge canonique , quand on commence à emprunter le chemin du renoncement ; on ne va plus au bureau ; la question des femmes a perdu de son actualité ; l'ambition ne vous tourmente plus."
Sans le sou, le petit noble languedocien "part à la conquête des salons.""Des femmes et des amis constituaient son seul capital." "Les salons, lieu de brassage intense. Ce sont les femmes qui les dirigent." "La galanterie est le passe-temps favori de ces dames. Elles y trouvent le piquant qui manque à leur existence oisive et fade." Favori de la favorite, il est nommé ambassadeur à Venise. "Il montre une grande application dans son travail diplomatique qui ne péchera jamais ni par le dilettantisme ni par l'amateurisme." A Venise, il rencontre Casanova. "Ce rendez-vous va asseoir leur légende dans les annales du libertinage ." En France, seule l'aristocratie a tendance à se dévergonder. A Venise aucune catégorie sociale n'est épargnée."
Il est chargé du renversement d'alliances de la France. L'Autriche, notre ennemi depuis trois siècles, devient notre alliée, contre l'Angleterre et la Prusse. Bernis est chargé de la négociation...qui allait aboutir à la désastreuse guerre de Sept ans dont le résultat sera la perte de notre empire colonial.
Il devient ministre des affaires étrangères, puis principal ministre("le titre de premier ministre fait peur au roi"). A 42 ans, il est ministre d'Etat, pourvu d'une abbaye. "Il ne veut que la fin de la politique belliqueuse de Mme de Pompadour, pour sauver les finances de la banqueroute." Il est remplacé par son "ami" Choiseul qui, au moins autant que lui, "aime le beau sexe à la folie". "Prodigieusement intelligent. Infatigable pour faire travailler les autres. Cynique."
En compensation, Bernis reçoit le chapeau de cardinal, archevêque d'Albi. Il a 43 ans. "Sa passion des femmes ne s'est pas éteinte." "Il fut disgracié pour avoir parlé de paix" dira Frederic II.
Cardinal, il doit se rendre à Rome pour l'élection d'un pape. "Il approchait de la soixantaine. Il a trouvé à Rome des voluptés." "Eternel amoureux, il s'enflamme pour une jeune femme de 24 ans, la princesse de Santa-Croce, l'une des plus jolies femmes de Rome."
Puis vient la Révolution. La confiscation des biens de l'Eglise le ruine. Il survit grâce à une pension de la Cour d'Espagne.
Dernier coup de foudre : la duchesse de Polignac, la ravissante amie de Marie-Antoinette. Il a 75 ans, elle en a 40. "Elle le maintient dans la fièvre de l'espoir."
"C'est tout le charme vénéneux de la politique d'être rarement raisonnable."
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22/02/2016
Armées paysannes rouges, blanches et vertes
La guerre civile russe
1917/1922
Jean-Jacques Marie
éditions "Autrement"
La semaine dernière, j'ai parlé de deux romans se déroulant pendant la guerre civile russe. Que dit Jean-Jacques Marie, historien spécialiste de cette région et de cette époque ?
Le pays en est sorti totalement ruiné, exsangue, épuisé, affamé." "Pendant l'hiver 21/22 la famine ressuscite le cannibalisme et sème des centaines de milliers de morts." Les "lourdes pertes civiles sont du même ordre de grandeur que celles de la guerre de Sécession" (que les Américains appellent la guerre "civile"). "La guerre civile est la plus cruelle des guerres". "Il y a bien eu terreur blanche, terreur rouge et terreur verte". "Guerre civile internationale", puis qu'une douzaine de gouvernements étrangers s'en mêlent.
En 1917, les socialistes-révolutionnaires "opposent aux soviets la légitimité de l'assemblée constituante, seule détentrice du pouvoir légal." Les bolcheviks décrètent sa dissolution le lendemain de sa première et unique réunion. Les soldats ne veulent plus de la guerre. "Une immense jacquerie dévale sur la Russie." Le Congrès des Soviets décide "une paix immédiate" ainsi que la confisquation des terres des grands propriétaires et de l'Eglise qui devront être, ensuite, réparties entre les paysans.
"Les paysans ne veulent surtout pas voir revenir les propriétaires que les armées blanches traînent dans leurs fourgons et qui veulent récupérer leurs propriétés." "La débauche de leurs officiers couronne le pillage généralisé de la population, surtout paysanne, par les armées blanches. Là sont les germes de leur défaite finale."
Les paysans, las du pillage des Blancs et mécontents des réquisitions des Rouges, se soulèvent" et forment les armées "vertes". "Chaque conquête, ou presque, d'une ville par une armée verte se termine par un gigantesque pillage, en général distribué gratuitement à la population villageoise."
Pour répondre au sabotage des fonctionnaires de la banque centrale qui refusent de fournir de l'argent au gouvernement bolchévique, celui-ci crée la "commission extraordinaire de lutte contre le sabotage et la contre-révolution ("Tcheka", qui deviendra le KGB). Cette "commission" est mise sous le contrôle de Staline.
Afin de "priver d'espoir l'ennemi", les bolcheviks décident d'abattre toute la famille impériale.
"Les Rouges avaient de magnifiques orateurs qui croyaient à l'instauration du paradis sur la terre, et qui savaient entraîner les paysans par le mirage du paradis." "Les Verts ne proposaient que la révolte locale." "Derrière les Blancs, se profilaient les propriétaires terriens."
"La défaite de Wrangel en novembre 1920 semble marquer la fin de la guerre civile." "Si la victoire militaire est totale, le bilan politique n'est pas brillant." "La fin de la guerre civile rend le communisme de guerre aussi insupportable aux paysans à qui l'on confisque presque toute leur récolte qu'aux ouvriers décharnés." "La plupart des bolcheviks tombent, victimes de la contre-révolution stalinienne."
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26/01/2016
Le Régent -2
Le règne du sphinx
Patrick Pesnot
Pocket 15030
"Que la fête commence !". Pour moi le Régent garde à jamais les traits de Philippe Noiret. Patrick Pesnot le décrit en sphinx. Comme son oncle, il est secret et sait cacher ses intentions. "L'art de gouverner était d'abord celui de dissimuler."
Ce deuxième tome commence à la mort de Louis XIV. Pour être Régent, et casser le testament du feu roi, il a besoin du "Parlement" et de la Haute noblesse. "Pétri d'habileté", il donne des gages aux uns et aux autres, avant de revenir à l'absolutisme, en abaissant les uns et les autres, et en laissant Dubois, son ancien percepteur, abbé se rêvant Richelieu ou Mazarin, se muer en "tyran obsessionnel et à demi-fou" après avoir obtenu les chapeau de cardinal dont il rêvait.
Tout le monde croit le Régent dilettante ? Il laisse croire, alors qu'il est "levé à la pique du jour" et travaille tout le jour. "Philippe se départait rarement de son calme."
Le soir, et la nuit, "au contraire de Louis XIV en perpétuelle représentation, Philippe entendait distinguer son métier de Régent de sa vie ordinaire . Il interdisait à ses invités d'évoquer les affaires de l'Etat."
"Les finances du royaume se trouvaient dans un état catastrophique et la misère était le lot quotidien d'une majorité de paysans et de manouvriers français." Les revenus des deux années à venir étaient déjà consommés. Le "système" de John Law, malgré ses défauts permettra d'alléger la dette, ainsi qu'un"train d'économies sans précédent".
"Epris de tolérance, Philippe a mis fin aux persécutions dont étaient victimes les huguenots." Quand sa fille Louise-Adelaïde entre au couvent, il lui dit : "vous deviendrez l'épouse du Christ. Je n'ai guère espoir d'entretenir de bons rapports avec mon futur gendre." "En ayant assoupli la censure, il avait sa part de responsabilité dans l'éclosion d'une pensée nouvelle qui n'hésitait plus à critiquer l'absolutisme du système monarchique."
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12/01/2016
Raison et raison d'Etat
L'Europe "absolutiste"
1649 - 1775
Robert Mandore
éditions Fayard
Dans l'Europe de cette époque, deux "modèles" se font face, et parfois s'affrontent : la France et l'Angleterre. Pour l'auteur, la France absolutiste de Louis XIV ne soutient pas la comparaison.
En France : centralisation du pouvoir autour de Louis XIV. "Bossuet fait l'apologie de l'absolutisme." "Il n'est guère de pays où la noblesse d'épée ait été dépouillée comme en France de ses fonctions administratives et judiciaires, par le lent travail de la monarchie." Mais ses privilèges fondent toujours l'ordre social. "L'essor des bourgeoisies a grandement servi la consolidation du pouvoir royal, face à des noblesses turbulentes." Mais, "tout essor bourgeois implique une remise en question de l'ordre établi."
Louis XIV fait la guerre, pour sa gloire. Il en résulte "l'épuisement des peuples, la ruine des finances publiques, la famine de 1709 - 1710, les désastres et les destructions de la guerre, les ravages des soldats." La ponction démographique est estimée, minimum, à un quart de la population. Les révoltes se multiplient jusqu'à la fin du règne et "Versailles manque de moyens pour réprimer les troubles et assurer la rentrée des impôts." Les révoltes populaires affirment l'existence d'un "quatrième "état". "Les exigences de la guerre perpétuelle ont ruiné l'ambition absolutiste."
Pendant la Régence, après quelques années de "polysynodie", "tout l'institutionnel rentre dans l'ordre absolutiste."
Sous Louis XV, "jamais encore le pouvoir monarchique n'avait été aussi discuté, contesté, remis en question."
En Angleterre, la "Glorieuse Révolution" qui oblige Jacques II, le dernier Stuart, "victime, comme son frère Charles II, de l'illusion versaillaise," à se réfugier en France, protégé par le roi "soleil", et qui oblige son gendre, monter sur le trône à sa place, à accepter de partager le pouvoir. "L'Angleterre donne l'exemple, inouï jusqu'alors, d'un pays où la classe politique choisit le souverain et lui impose les règles du jeu." "Le vote annuel du budget devient l'acte essentiel de la pratique parlementaire." "La tentation absolutiste est pour longtemps écartée." "Face à l'Europe presque entièrement fascinée par l'absolutisme versaillais, l'Angleterre représente une autre société qui refuse toute domination du monarque." "Le parlementarisme britannique, féru de représentation, de partage des pouvoirs et de libertés ne s'exporte pas."
Un pays prospère en train d'affirmer sa puissance et qui attire les détenteurs de capitaux, "plaque tournante pour les grands trafics européens et transocéaniques", avec "cette subtile symbiose réalisée entre la terre et l'argent." Avec une "multiplication de ces petites écoles pratiques qui assument une fonction essentielle pour asseoir l'essor économique de la bourgeoisie marchande." "Aucun autre pays européen n'a construit autant de navires que l'Angleterre pendant les trente années qui ont suivi la Glorieuse Révolution." "La prospérité économique va en s'accélérant, les dividendes s'investissant à mesure qu'ils sont touchés." En particulier par ces "magnats colonialistes enrichis par les trafics d'esclaves, du sucre et du tabac." "L'Angleterre est le seul pays où la croissance de la bourgeoisie s'est trouvée absorbée et assumée par l'aristocratie traditionnelle." Mais cette société "ne ménage pas ses pauvres.""Les mutations économiques se réalisent toujours au détriment des plus déshérités." "Londres et le grand entrepôt d'importation et de réexportation", et"Hambourg assure la redistribution des produits anglais dans toute la partie septentrionale de l'Empire."
"La guerre de succession d'Espagne et la paix d'Utrecht sanctionnent la victoire de l'Angleterre sur la France." Malheureusement, "l'abandon de la Nouvelle-France n'a provoqué qu'indifférence à Paris."
"Plutôt changer ses propres désirs que le cours du monde" Descartes
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24/11/2015
Une histoire de la naissance des Etats-Unis
Notre espion en Amérique
Arnaud Delalande
éditions Grasset
De ce roman historique j'ai plus aimé le côté historique que le roman, dont le "héros" ne fait pas de l'espionnage, mais accompagne le jeune marquis de La Fayette de 1775 (le Congrès vote à l'unanimité, mais secrètement, l'indépendance), jusqu'à la victoire finale de Yorktown, "la seule défaite majeure de la Royal Navy en ce grand siècle", en 1781, concrétisées par le Traité de Paris deux ans plus tard.
Seul agent secret autoproclamé, mythomane, Caron de Beaumarchais. Il y a surtout des espions anglais. "Cette délégation américaine était un nid d'espions."
En 1776, "les forces américaines représentaient environ le tiers de celles de l'ennemi."" Un bon tiers des Américains est encore loyaliste." "Ce n'est pas seulement une guerre contre les Anglais. C'est une guerre civile." C'est ainsi que les choses sont présentées au musée d'histoire de la Caroline du Nord, qui ne mentionne même pas La Fayette : "une guerre voisins contre voisins".
"Tirer et fuir. Ne jamais rester au même endroit. Le principe immémorial de la guérilla." "La Fayette se démenait dans une guerre d'escarmouches."
La Fayette était déjà à la tête d'une fortune colossale quand il se marie, à 17 ans, avec Adrienne de Noailles. "L'une des plus grandes dynasties de France." Il était pénétré de l'Encyclopédie et des Lumières. "L'orphelin auvergnat qui rêvait d'Amérique avait rencontré un père ; Washington avait trouvé un fils." "C'était comme si ce garçon, jusque là presque sans histoire, se hissait naturellement aux proportions de l'épopée qu'il traversait."
"Les Français couchaient volontiers avec les Indiennes et fondaient parfois des familles, mixité que la plupart des Américains trouvaient répugnante."
"Lorsque l'oligarchie commerçante hollandaise, en 1579, s'était rebellée contre la domination espagnole et catholique, elle avait confié son administration à un responsable baptisé "grand pensionnaire", tandis qu'un capitaine-amiral général, le "stathouder" avait reçu mission de faire la guerre." Charles de Broglie considérait qu'il était "indispensable de faire encadrer la jeune armée américaine par des professionnels." "Broglie se proposait pour devenir le "stathouder" des Etats-Unis."
"De toutes parts on les vit sortir, les gueux, les pouilleux, les sans-chemises, aux vêtements crasseux et déchirés et aux armes de rien, les soldats et miliciens de l'ombre." "Pour la première fois de l'Histoire, une bande de rebelles dépenaillés avaient ridiculisé une armée européenne. Saragota venait de changer le monde."
Washington est le vainqueur final, c'est à lui que Cornwallis remet son épée. Côté français, l'amiral de Grasse et Rochambeau jouent les rôles principaux, mais La Fayette, parce qu'il a été le premier sur place, à se battre, est resté dans l'histoire des USA où l'on ne compte plus les Fayetteville, les Fayette villages, les Fayette street...
Son retour en France fut triomphal. "Adoubé par la loge de Saint-Jean d'Ecosse du Contrat social, comme il l'avait été par Washington, son Père et Frère, à la grande loge de Pennsylvanie."
"La liberté a été pourchassée tout autour du globe. Ô Américains ! recevez la fugitive et préparez un refuge pour l'humanité" Thomas Paine. Les Américains d'aujourd'hui feraient bien de lire et méditer cette phrase...
"Quel courage il fallait, il faudrait toujours pour porter cette idée simple - Liberté !"
"L'Histoire n'est-elle qu'une suite de luttes contre des oppressions successives ?"
02:37 Publié dans histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, histoire


