12/08/2010
à propos de l'Iran
Le Shah
Ryszard Kapuscinski
Flammarion
Comme la plupart des gens, j’ai découvert Kapuscinski en lisant « Ebène », superbe livre sur l’Afrique.
Son livre sur le Shah d’Iran, écrit alors qu’il était journaliste dans ce pays, à la fin des années 70, jusqu’en 1980, au moment de la chute du Shah et de l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeiny, livre publié à Varsovie en 1982 et en France en 1986, était épuisé depuis longtemps.
Très bonne idée de le rééditer.
La description des mécanismes de la dictature, les grandes tendances historiques du pays nous aident à comprendre la situation actuelle.
Trois ans après sa mort, certains lui reprochent d’avoir été plus un romancier qu’un journaliste. C’est faire beaucoup d’honneur aux journalistes que de faire semblant de croire qu’ils recoupent toujours leurs informations, qu’ils ne se contentent pas de quelques témoignages partiels et partiaux. C’est faire beaucoup d’honneur aux romanciers que de faire semblant de croire qu’ils sont toujours passionnants à lire.
Ce livre mêle, pour le plus grand intérêt du lecteur, rappels historiques, témoignages, reportages, réflexions et analyses.
La description de la dictature est aussi impitoyable de celle-ci.
Le Shah n’est pas le descendant d’une longue dynastie. Son père, officier ne sachant ni lire ni écrire, a réussi un coup d’Etat avec l’aide de l’Angleterre, et a été obligé, encore par les Anglais, de laisser la couronne à son fils pour avoir été trop proche des nazis allemands, non sans avoir accumuler une immense fortune en pillant le pays.
Ce sont les Anglais, et les Américains, qui, pour conserver l’exploitation du pétrole iranien, ont renversé le premier ministre Mossadegh, symbole de la démocratie et de la souveraineté. « Mossadegh peut être destitué de ses fonctions, mais personne ne peut le destituer de l’Histoire ».
Le Shah en a tiré la leçon, comme celle de la destitution de son père : il était là pour « tenir » le pays et donc le pétrole.
Il « tient » le pays au prix d’une répression féroce : arrestations arbitraires, 100.000 prisonniers politiques, opposants liquidés sans procès.
« Sur le plan social, le pétrole cause peu de soucis, car il n’engendre pas vraiment de prolétariat. Le gouvernement n’est donc pas obligé d’en partager les revenus, dont il peut disposer à sa guise ». « Le seul et unique trésorier de cette gigantesque manne d’argent sera le Shah en personne. » « La pétro-bourgeoisie est une classe qui ne produit rien. Son unique occupation consiste à consommer sans retenue ».
La même réflexion pourrait être faite pour les émirats pétroliers arabes ou africains.
« Son train de vie, sa manière de gouverner finissent par devenir une provocation. Cela se produit lorsqu’un sentiment d’impunité s’installe parmi l’élite. Tout lui est permis. »
Le Shah commande, avec l’argent du pétrole, des milliers d’équipements civils et militaires, surtout militaires, dont les Iraniens n’ont aucun usage, car le pays manque de techniciens et d’ingénieurs pour les utiliser. Les étudiants préfèrent rester dans les pays où ils ont fait leurs études.
« Personne n’est capable de faire voler les hélicoptères ou conduire les tanks. Cette armée n’est rien d’autre qu’un instrument de terreur intérieure ». Le budget de l’armée est quintuplé, mais il faut 40 000 spécialistes américains pour utiliser les, inutiles, équipements modernes.
Complexé, le Shah portait des chaussures à talonnettes. Et comme tous les hyper complexés, il veut accaparer le pouvoir...et être aimé : « le Shah appartient à cette catégorie de gens qui ont un besoin vital d’être loués, adorés, applaudis. Pour eux, c’est un moyen de surmonter leur faiblesse et leur fragilité ».
« Le fait de ne pas connaître son propre pays a contribué à sa perte. Le Shah passait sa vie enfermé dans son palais. Le Shah ne savait pas attendre. Or, en politique, il faut savoir attendre ».
Pourquoi les mollahs règnent aujourd’hui ?
« Toute dictature s’accompagne d’une renaissance progressive de traditions, croyances et symboles anciens. » « Le mollah est la voie de leur enfance ».
« De tous ceux qui ont créé la résistance iranienne, qui ont été ses chefs, qui ont dirigé les fedayin, les moudjahidin et autres groupes de résistance, nul n’a survécu. »
« La révolution a conduit au pouvoir des hommes complètement nouveaux, inconnus du public. Ces nouveaux venus sont plus porteurs d’ambition que de compétences».
« La démocratie devait être soutenue par la majorité, or la majorité voulait ce que Khomeiny voulait, une république islamique. »
« Il n’est pas d’absurdité que l’esprit humain ne puisse inventer »
« Nous nous trouvons dans un monde où le droit consiste non pas à protéger l’être humain mais à détruire l’adversaire ».
08:53 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature
08/08/2010
moisson rouge
Moisson rouge
Dashiell Hammett
Série noire
Gallimard et Folio policier n°38
Réédition d’un grand classique de la littérature « noire », paru aux Etats-Unis en 1929, juste avant la grande crise économique, en pleine prohibition, qui interdisait la vente de l’alcool, ce qui permettait aux gangsters comme Al Capone de faire fortune.
L’auteur du « Faucon maltais » invente le personnage du détective privé qui boit comme un trou, mais tellement intelligent, grâce à son sens logique servi par son sens de l’observation, et qui, en plus, passe à travers tous les mitraillages quand les cadavres s’accumulent sur son passage.
De nombreux auteurs, américains ou non, en particulier français, ont repris cette veine. Jean-Patrick Manchette se réclamait de cette filiation, et les amateurs de San Antonio retrouveront de nombreux traits communs avec leur héros préféré. Sans parler de l’utilisation d’un pic à glace pour un assassinat, idée qui sera reprise…
L’obsession de l’argent, et sa toute puissance, l’absence de morale, la corruption de la police, le cynisme des puissants en font un témoignage passionnant sur la période historique, mais nous interrogent sur celle que nous vivons, tant les similarités dominent les différences.
L’action se passe dans « un endroit sinistre », « entre deux montagnes laides entièrement souillées par l’exploitation de la mine ». L’homme qui domine la ville « pour vaincre les mineurs (en grève pendant huit mois) avait dû lâcher la bride aux gros bras. Il leur avait livré la ville et n’était pas assez fort pour la reprendre. »
Le héros va se charger de « nettoyer » celle-ci en utilisant la bonne vieille méthode qui consiste à diviser pour régner, à dresser les uns contre les autres.
Mais sans illusion : une fois les têtes tombées, d’autres vont probablement apparaître, puisque le système reste inchangé.
Et tout cela à un rythme frénétique.
08:50 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature
07/08/2010
Qui a voulu tuer Obama ?
Renegade (2)
SAS n° 184
Gérard De Villiers
Au-delà des scènes de sexe, aussi peu crédibles, par leur aspect obsessionnel, que l’invincibilité du super héros, la lecture des SAS peut donner une idée assez bonne de la situation des pays traversés.
Avant un retour, une fois de plus, au Liban, l’auteur nous amène en Israël. Description de la situation, y compris celle des Palestiniens de Cisjordanie, portrait de quelques extrémistes religieux, juifs, y compris dans l’entourage du Premier ministre. Le fanatisme religieux ne se trouve pas uniquement chez les musulmans. Rôle des colons, mur de la honte. Argent déversé par l’Union européenne, et les Etats-Unis, pour que la situation n’explose pas.
De nombreux hommages sont rendus au courage et à l’intelligence des Israéliens, rappel de la Shoah, mais les critiques sont sévères concernant la politique menée par le gouvernement actuel, entre deux actions qui font le succès de la série.
Une lecture de vacances qui donnera à penser, de façon critique, à celles et ceux que la région ne laisse pas indifférents.
Malheureusement, un Président américain dictant ses conditions à un Premier ministre israélien, cela reste encore peu crédible.
14:46 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature
04/08/2010
Dieu, en personne
Dieu en personne
Marc-Antoine Mathieu
Editions Delcourt
Grand prix de la critique 2010
Dieu vient sur terre. Pas son fils, pas il y a 2000 ans, non, Dieu en personne, aujourd'hui.
Et puisque c'est aujourd'hui, il a donc affaire à la police de l'immigration, à des psy, des sociologues, des astrophysiciens, des historiens, des philosophes, des spécialistes de la communication ("Un dieu sans message est-il encore un Dieu ?"), pour soigner son "image" ("Les images ont supplanté le verbe") et, continuité de l'Histoire, à des juges.
Le procès, commenté en direct, "tout à fait Thierry", met à mal l'armée d'avocats, aussi bien de l'accusation que de la défense.
"L'accusation aura à cœur de multiplier les arguments prouvant l'existence de Dieu, afin de le responsabiliser le plus possible", ("Personne ne peut adhérer à l'idée d'un Dieu qui n'aurait pas agi". "Le hasard, c'est Dieu qui joue incognito"), alors que les défenseurs "plaidant non coupable, sont contraints de minimiser le plus possible le rôle de Dieu".
"Responsable mais pas coupable ?"
A-t-il existé "juste pour donner la pichenette initiale" ?
"Jusqu'où maîtrise-t-on ce qui découle de nos actes ?"
"Dieu s'est-il incarné uniquement pour connaître enfin la faculté de rire ?"
"La recherche de la vérité vaut mieux que sa possession"
"Dieu est le non être qui a le mieux réussi à faire parler de lui".
Les idées sur Dieu venant de Queneau, Jules Renard, Voltaire, Flaubert, Descartes, Pascal, Sartre, Einstein, Jung, mises en scène, avec humour, dans une bande dessinée sobre et sombre, en noir et blanc.
Et Dieu dans tout ça ?
08:07 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, bd, philosophie
31/07/2010
SAS Renegade : Qui a voulu tuer Obama ?
Renegade (1)
Qui a voulu tuer Barack Obama ?
SAS n°183
Gérard De Villiers
« Renegade » est le nom de code du Président américain, pour le service, de plus de 1000 agents, chargé de sa sécurité rapprochée, et de celle de sa famille.
Le fonctionnement de ce service, et ses attributions, nous sont expliqués au début du livre, qui nous raconte une tentative, plausible, d’assassinat du Président.
Qui voudrait tuer Obama ? Beaucoup de monde, puisque depuis son élection des dizaines de tentatives auraient eu lieu.
L’auteur aurait pu nous raconter ces milieux américains d’extrême droite qui ne supporte pas l’élection d’un président « nègre », et qui rêvent de le tuer.
Mais De Villiers est plutôt un spécialiste du Moyen-Orient et, après le séjour à Washington, il emmène, une nouvelle fois, ses lecteurs au Liban, pays qu’il semble affectionner particulièrement.
Cette tentative terroriste d’assassinat est revendiquée par deux kamikazes « martyrs » du Hezbollah libanais, mouvement qui s’empresse de nier toute implication. Faut-il y voir une commande directe de l’Iran, qui a remplacé l’Irak comme « bête noire » des Américains ? Faut-il croire les Iraniens quand ils nient toute implication ? Une fraction du Hezbollah aurait-elle pu agir sans l’accord de la direction du mouvement ? Faut-il y voir une lutte de tendances au sein du pouvoir iranien ?
Ce premier tome se referme sans donner de réponses définitives, mais en nous mettant sur une autre piste…
08:26 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature


