29/05/2010
Direction l'Afrique du Sud
13 heures
Deon Meyer
Seuil policiers
Bientôt la Coupe du Monde en Afrique du Sud : bon prétexte pour lire des auteurs de ce pays attachant.
J’ai déjà écrit tout le bien que je pense de « Lemmer l’invisible » de Deon Meyer (« Points » n°2290).
Son dernier livre « 13 heures », est encore plus fort : tout commence à 5 heures 36 sur les hauteurs de la ville du Cap : une femme est poursuivie par des tueurs. Elle demande à une passante de prévenir la police, ce qui écourtera la nuit de l’inspecteur Benny Griessel.
Pendant 13 heures, d’où le titre du livre, un véritable suspens se construit, qui nous prend et qui nous tient : le policier parviendra-t-il à sauver la jeune femme, et, accessoirement, qui veut la tuer et pourquoi ?
Comme la police n’a pas que ça à faire, d’autres évènements, d’autres enquêtes, viendront perturber les recherches et l’action du policier, comme parfois les nécessités de la vie nous obligent à poser ce livre que nous ne voudrions pas lâcher.
Comme toujours avec Deon Meyer l’enquête policière est l’occasion de nous montrer l’Afrique du Sud postapartheid « où personne ne veut oublier le passé ». S’il y a des problèmes dans la société entre blancs, anglophones ou afrikaners, métis, noirs, zoulous, xhosas ou d’autres ethnies, comment cela ne se reflèterait-il pas au sein de la police, où doit s’appliquer la « discrimination positive », en attendant l’égalité…
Est évoqué également le problème des immigrés illégaux, qui ne sont pas Nigérians, pour une fois dans un roman sud-africain.
La description du fonctionnement de l’industrie du disque est également intéressante.
« La différence (avec l’enregistrement d’un disque), c’est que dans la vie, il n’y a qu’une prise »
« Elle est tellement énorme que quand elle se pèse, la balance doit afficher « à suivre …»
« Elle était forcément en sécurité avec quelqu’un qui aimait les livres »
« Il y a un autre pouvoir qui est totalement irrésistible…Le pouvoir de donner du pouvoir »
12:16 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature
23/05/2010
Un monde sans fin
Un monde sans fin
Ken Follet
Après « Les piliers de la terre »
Editions Robert Laffont et « Livre de poche »
Angleterre, de 1327 à 1361. 1285 pages : de quoi me faire hésiter !
Comme dans « Les piliers de la terre », l’intérêt est dans la vie quotidienne, deux siècles plus tard, des paysans, pauvres et un peu moins pauvres, de leurs relations avec les petits seigneurs et leurs représentants. La vie des moines et des religieuses et la montée en puissance des villes, de leurs artisans et leurs marchands, taxés pour payer la guerre du roi.
La description de la propagation de la terrible peste noire et de ses conséquences démographiques, donc économiques et sociales, est un des moments les plus intéressants du livre. Les conséquences religieuses (prédicateurs démagogues et extrémistes) auraient pu être mieux mises en lumière.
Moi qui n’aime pas trop les scènes de guerre, j’ai apprécié la description des débuts de « La guerre de 100 ans » : la Normandie ravagée par les troupes d’Edouard III, puis le premier grand affrontement, la bataille de Crécy (1347) perdue par des chevaliers français trop impétueux face à des archers anglais bien encadrés.
Un des paradoxes d’Edouard III est que, tout en réclamant la couronne de son aïeul « Saint »Louis, il a anglicisé l’Angleterre au point que pendant son règne il n’était plus vrai de dire, comme Follet : « Comme la plupart des fils de chevaliers, il parlait le français normand de chez lui ». Guillaume était arrivé de Normandie trois siècles auparavant.
Comme dans « Les piliers », les méchants le sont vraiment et les héros ont toutes les qualités.
Dans « Les piliers », la vraie vedette était la cathédrale et ses nouvelles techniques de construction qui allaient faire naitre le style que l’on n’appelait pas encore « gothique ». La construction d’un nouveau pont ne tient pas longtemps ce rôle. La construction, à cette époque, du château de Windsor n’est pas mentionnée
Je ne comprends pas bien pourquoi l’auteur tente d’instaurer le doute sur la responsabilité de la reine Isabelle (fille de Philippe « Le Bel ») dans l’assassinat, en prison, de son mari Edouard II. Le mot « homophobie » n’existait pas encore, mais c’est bien pour le punir de sa bisexualité que ses bourreaux lui ont enfoncé un tisonnier brûlant dans les entrailles. Avant le meurtre, elle a ouvertement fait la guerre à son mari, au sens propre du terme. Et elle a gagné celle-ci, d’où l’emprisonnement.
Edouard III ne s’y est pas trompé puisqu’il a vengé son père en faisant exécuter Roger Mortimer, l’amant de sa mère, non qu’il doute de la responsabilité de celle-ci, mais il lui était plus facile de s’en prendre à l’amant qu’à la Reine mère, dont il réclamait l’héritage politique (le royaume de France).
Curieusement, non seulement le roman ne fait pas la moindre allusion à ces péripéties, mais tente d’initier un mystère qui n’a pas lieu d’être à propos d’Isabelle de France.
La mauvaise surprise de ce livre, à part de ne pas être à la hauteur des « Piliers », est de constater que les « rebondissements » se voient venir longtemps à l’avance, et que les intrigues sont cousues de « fil blanc », ce qui est décevant de la part d’un spécialiste de « thrillers »…
« Vous apprendrez que les puissants ne montrent jamais de gratitude et acceptent comme un dû celle que nous leur manifestons »
« Il faut avoir marché derrière la charrue des labours pour danser la gigue des moissons »
« L’intégrité est comme une épée : il ne faut la brandir que si l’on est déterminé à s’en servir »
08:22 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature
19/05/2010
90 livres
90 livres cultes
à l'usage des personnes pressées
Henrik Lange
Editions "ça et là"
Le principe, et le défi, sont simples : résumer en quatre cases de BD, y compris une pour le titre, des livres tels que La Bible, "La recherche du temps perdu", "L'Odyssée, etc.
Et c'est une réussite d'humour et d'impertinence.
Comme l'auteur est suédois, la sélection est véritablement internationale, avec une préférence assez marquée pour les livres ayant servi de base à des films (L'Odyssée de l'espace, Catch 22, La plage, Rambo, etc.).
Il y a même un grand classique suédois dont je n'avais jamais entendu parler ("Smilla et l'amour de la neige" de Peter Hoeg).
Du côté français : Proust, Camus, Sartre, Dumas, Victor Hugo, Zola, Jules Verne, mais pas Balzac !
Un livre vite lu, mais à conserver dans sa bibliothèque, à côté des dictionnaires de littérature.
10:04 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, bd
15/05/2010
le goût de Séville
Dans la même collection du "Mercure de France" que "Le goût de Strasbourg", dont j'ai déjà parlé, et suivant le même principe : une trentaine de textes littéraires courts, essentiellement du XIXe siècle ou début du XXe, d'auteurs que l'on appelait pas encore des "écrivains voyageurs", avec une présentation et une "mise en perspective" qui ne sont pas moins interressantes.
Evidemment le décalage est un peu visible en arrivant à Séville aujourd'hui : il n'y a plus de roulottes de gitans dans le quartier de "Triana". Mais rien n'interdit de rêver aux galions chargés de l'or et de l'argent des Amériques devant "la tour de l'or", au bord du Guadalquivir. Et comment ne pas penser à Carmen devant l'ancienne manufacture de tabac, transformée en université ?
La "Giralda", et l'énorme girouette qui a donné son nom à cette ancienne mosquée transformée en cathédrale, est toujours là, symbole de la ville, tout comme les jardins de l'Alcazar.
Contrairement au musicien Emmanuel Chabrier, je ne suis pas allé contempler "cet admirable derrière sévillan qui se tourne en tous sens alors que le reste du corps reste immobile". "On dit des Sévillanes que leur danse est une chanson d'amour".
J'ai conscience de ne pas avoir vraiment vu Séville, puisque je n'y étais pas pendant la semaine sainte, ni pendant le carnaval, et que je ne suis pas allée aux arènes. Je me suis donc contenté de cet excellent substitut littéraire...
08:41 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, voyages
13/05/2010
médias et politique
Journalistes à la niche ?
Bruno Masure
Chronique des liaisons dangereuses entre médias et politiques
De Pompidou à Sarkozy
Le sous-titre est un peu exagéré. Il s’agit, comme le dit l’auteur dans sa postface, d’un « kaléidoscope de souvenirs », de 1973 à 2008.
A travers ce kaléidoscope, on constate, en effet, que les « grands » politiques et les « grands » journalistes sont « dans la même bulle, sortent des mêmes écoles, fréquentent les mêmes restaurants, partagent quelquefois les mêmes lits », bref, forment « la même caste ». Le tutoiement, « caricature de la connivence » est généralisé. Mais Bruno Masure ne donne, au jeu du « kibaiseki », que ce qui est depuis longtemps sur la place publique, ou même sacralisé par les liens du mariage.
Les journalistes français sont « entre révérence et connivence ». Pas question d’égratigner le pouvoir quand le média, écrit ou audiovisuel, appartient à des entreprises qui dépendent de la commande publique, surtout si elles ont à leur tête des amis du Chef de l’Etat.
Comme le disait un humoriste : « Sarkozy est plus fort que Berlusconi : il n’a pas besoin d’être le propriétaire des télés et des journaux… »
Oui, tous les politiques de tous bords cherchent à « intégrer les journalistes dans leurs plans de communication » ! Mais c’est plus facile pour certains que pour d’autres…
Bruno Masure était présent pour la visite de Giscard à Aire-sur-la-Lys, qu’il ose qualifier de « petite bourgade du Nord », ce qui prouve que sa rigueur journalistique peut être prise en défaut !
« J’ai parfois – trop souvent ?- apprécié les caresses et les su-sucres »
« J’ai entendu trop de mensonges, vu trop de coups bas, discerné tant de calculs médiocres… La petite politique partisane, parfois, c’est à vomir »
« Une règle d’or dans cet univers sans pitié : ne rien laisser passer à l’adversaire. Rien, jamais ! »
« La cruauté du monde de la politique est parfois difficile à imaginer » ; « Les couloirs de nos rédactions sont presque un Eden comparés aux antichambres des Princes qui nous gouvernent »
« La première qualité des politiques serait-elles l’aveuglement narcissique ? »
« Le combat politique est une drogue (dure) et sans doute un aphrodisiaque puissant »
« Je pense qu’il faut choisir son camp lorsqu’on prétend faire de la politique. Serais-je un intolérant primaire ou un incurable naïf ? »
« Ceux qui recherchent le pouvoir le plus avidement sont souvent les moins aptes à l’exercer sereinement »
« Quand je suis fatigué je fais comme tout le monde : j’engueule ma secrétaire » (François Mitterrand)
« Plaider, c’est bander. Convaincre, c’est jouir ! » (Robert Badinter)
« La gauche a des convictions, la droite n’a que des intérêts » (Raymond Barre)
08:23 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique