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18/10/2022

quand l'évènement devient écrit

L'évènement

Annie Ernaux, prix Nobel 2022

folio

 

Annie Ernaux raconte son avortement,  vécu en 1963, presque 40 ans plus tard. Il est évident, du moins en France,  que les conditions d'un avortement en 99 n'a rien à voir avec les conditions de 63. Merci Simone Veil ! Et toutes celles qui ont lutté pour cela, y compris en se qualifiant de "salopes".

"C'est justement parce qu'aucune interdiction ne pèse plus sur l'avortement que je peux, écartant le sens collectif, affronter, dans sa réalité, cet évènement inoubliable"

Malheureusement, les conditions dangereuses pour les femmes sont toujours d'actualité dans certains pays, même les USA.

La scène la plus forte : imaginez vous une étudiante, seule dans les toilettes de la cité universitaire de Rouen, voyant sortir un embryon avec son cordon ombilical, et aucune idée de ce qu'elle doit faire...Suivi d'une hémorragie qui l'expédie à l'hôpital où elle doit subir le mépris du jeune médecin. "Séparer comme à coups de trique les dominant des dominés".

La scène dans laquelle aiguille de tricoter en main elle essaie d'avorter seule ne peut laisser indifférent.

 

"J'étais passée de la catégorie des filles dont on ne sait pas si elles acceptent de coucher à celles qui, de façon indubitable, ont déjà couché. Dans une époque où la distinction entre les deux importait extrêmement et conditionnait l'attitude des garçons à l'égard des filles."

"Il était impossible de déterminer si l'avortement était interdit parce que c'était mal, ou si c'était mal parce que c'était interdit. On jugeait par rapport à la loi, on ne jugeait pas la loi."

"Je sais aujourd'hui qu'il me fallait cette épreuve et ce sacrifice pour désirer avoir des enfants." Pour accepter cette violence de la reproduction dans mon corps et devenir à mon tour lieu de passage des générations."

"Le véritable but de ma vie est peut-être seulement celui-ci : que mon corps, mes sensations et mes pensées deviennent de l'écriture."

 

10/10/2022

Algérie 1914

Les vertueux

Yasmina Khadra

éditions Mialet / Barrault

 

Pas citoyens mais bons pour faire la guerre en première ligne. Algériens ou Sénégalais ces hommes se sont illustrés pour défendre la France, sans récompenses sauf quelques médailles.

Le héros du roman, Yacine,  revient au pays sans une égratignure. Les promesses qui lui avaient été faites ne sont pas tenues. Avec quelques éclaircies quand même le sort s'acharne contre lui, d'Oran au Sahara. Un peu beaucoup quand même ! Yacine n'a comme défense que sa vertu. Et, parfois la fraternité de certains de ses compagnons d'armes.

Il y a les autorités françaises, les colons et les chefs locaux qui abusent de leur pouvoir. La remise en cause de la présence française n'en est qu'à ses débuts.

 

"Dois-je comprendre que la misère est plus terrifiante que les champs de bataille ?

- Ce n'est pas la même horreur, mais c'est la même tragédie"

"ne pleurent que les hommes qui ont l'âme près du coeur"

 

15:04 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, algérie

07/10/2022

Leçons d'hier pour le monde d'aujourd'hui

Histoires diplomatiques

Gérard Araud

Grasset

 

"Tel Sisyphe, le diplomate de tous les temps et de tous les pays est condamné à essayer inlassablement d'éviter le pire. N'oublions jamais qu'en dehors de rares circonstances, la vraie morale, c'est la paix."

De Louis XIV à l'invasion de l'Irak sur ordre de W Bush, Gérard Araud, ambassadeur de France à la retraite, ayant été en poste aux USA, en Israël, auprès de l'OTAN etc. rappelle dix évènements historiques et en tire les leçons pour aujourd'hui.

 

"Le choix apparemment délibéré de la guerre par Louis XIV peut s'explique par deux manières qui ne s'excluent pas :

La première, c'est l'hubris, cette perte du sens de la mesure que, selon les Grecs, les Dieux infligent aux hommes lorsqu'ils veulent les perdre.

La seconde explication pourrait être la conviction à Versailles que la guerre est inévitable avec les puissances maritimes et qu'il faut préempter leur entrée en guerre en s'emparant de positions favorables."

"Les relations internationales, même dans leur modalité pacifique, peuvent être décrites comme la gestion permanente d'un tissu de désaccords, de concurrences et de contentieux qu'il faut résoudre par la négociation."

"On peut être un grand homme et souffrir d'être un parvenu" (à propos de Bonaparte)

"On ne négocie que lorsqu'on a perdu tout espoir ou lorsqu'on se sent vainqueur"

"Le vainqueur doit toujours se méfier du désir de vengeance du vaincu. Il ne peut le conjurer qu'en montrant qu'il reste le plus fort, ce qui n'est pas possible ou en tentant une réconciliation qui ne peut être fondée que sur des intérêts partagés."

"La France doit savoir limiter ses ambitions pour ne pas être perçue comme une menace permanente par ses voisins." "L'Europe dont rêve Napoléon est la subordination à la France et pas équilibre des puissances."

"Le Congrès de Vienne se résume à une négociation entre grandes puissances pour définir la place de la Russie en Europe"

"On oublie trop souvent qu'une politique étrangère est fondée sur des faits et pas sur des doctrines"

"Le bilan diplomatique du second Empire est accablant" ; "Napoléon III cette "grande incapacité méconnue".

"On se rabat sur des sanctions, panacée des démocraties qui n'ont ni les moyens militaires de leurs bonnes intentions ni la moindre volonté d'y recourir. Aucun pays n'a jamais cédé à la pression de sanctions mais qu'importe puisque leur objet réel est de donner satisfaction à moindre coût aux opinions publiques et non de changer les choses."

"Les passions sont sans doute le pire ennemi des diplomates. Elles invoquent l'absolu là où tout est relatif."

"Une politique étrangère, c'est souvent la victoire de la force des choses"

"L'examen d'une carte reste le meilleur moyen de deviner les grandes lignes d'une politique étrangère"

"Depuis Ivan le Terrible au XVIe siècle, la Russie est un pays en marche, qui se conçoit sans frontières, en extension perpétuelle"

"Méfions nous des alliances qui oublient les causes qui leur ont donné naissance"

"L'entre-deux-guerres offrira le spectacle surréaliste des Etats-Unis qui exigent apprement le paiement des dettes interalliées tout en se faisant l'avocat de la réduction des réparations allemandes et en imposant des droits de douane qui empêchent la France d'obtenir les devises nécessaires aux remboursements qu'ils attendent" ; "de 1924 à 1929, l'Allemagne paiera un milliard de $ de réparations et recevra deux milliards de $ de crédits américains"

"La république de Weimar fait face à l'hostilité de la grande industrie, de l'aristocratie, de l'armée, de la haute fonction publique et d'une partie de la bourgeoisie, conservatrices et souvent monarchistes"

"L'état-major dispose de l'immense avantage de recueillir l'information sur le terrain et de l'utiliser pour ses propres fins face au pouvoir civil. Les diplomates ne font pas le poids devant les képis"

"comme l'écrit Stefan Zweig "en politique, seuls les vaincus ont tort et l'Histoire, en poursuivant son cours, les foule de son pas d'airain"

"toute politique étrangère doit avoir pour objectif d'éviter le recours aux armes"

 

03/10/2022

Les hommes de Poutine

Le mage du Kremlin

Giuliano da Empoli

nrf / Gallimard

 

Il s'agit d'un roman, mais assez près de la réalité pour être crédible, de la guerre en Tchétchénie à la crise ukrainienne, en passant par les jeux olympiques de Sotchi.

Le "mage du Kremlin" est un des conseiller de Poutine, chargé de la communication. Un "spin doctor" comme disent les anglo-saxons. Comme tous les lieux de pouvoir, le Kremlin est plein de courtisans qui se livrent une guerre perpétuelle, de tous les instants, sous l'oeil moquer du Tsar.

Le livre se termine sur une réflexion sur le pouvoir.et Dieu !

 

"Tous les présidents des républiques de la Fédération de Russie, élus par le peuple, avaient été mis à pied."

"la nomination de Vladimir Poutine fut accueillie par un scepticisme général. Il s'agissait du cinquième chef de gouvernement qu'Eltsine intronisait en un peu plus d'un an."

"quand ils avaient décidé de parier sur Poutine, les oligarques pensaient simplement changer de représentant, pas changer de système."

"le Tsar ne serait pas arrivé là où il était arrivé en restant dans le domaine du concevable"

"les deux choses que les Russes demandent à l'Etat : l'ordre à l'intérieur et la puissance à l'extérieur"

"Si vous déjouez un attentat avant qu'il ne se produise, personne ne s'en rend compte, tandis que réagir avec force, épingler les coupables, cela, oui, produit du capital politique."

"La seule qualité indispensable à un homme de pouvoir c'est la capacité à saisir les circonstances. Ne pas prétendre les diriger, mais les saisir d'une main ferme."

"Les choses qui changent pas sont presque toujours les plus importantes."

"la politique a un seul but : répondre aux terreurs de l'homme"

"les milliardaires sont au-dessus des lois et du peuple ; ils achètent ceux qui gouvernent et écrivent les lois à leur place"

"l'idée de perdre le contrôle de ce qui était, depuis des siècles, une partie intégrante du territoire russe le rendait littéralement fou."

"la première règle du pouvoir est de persévérer dans les erreurs, de ne pas montrer la plus petite fissure dans le mur de l'autorité"

"que veux-tu que la Russie fasse avec deux régions de plus ? Ici notre objectif n'est pas la conquête, c'est le chaos !"

 

18:18 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, poutine, russie

30/09/2022

Bien aimée

Beloved

Toni Morrison

Prix Nobel de littérature 1993

10/18

 

Roman inspiré d'un fait divers survenu en 1856. Ancienne esclave, Sethe a tué Beloves,  l'enfant qu'elle chérissait pour qu'elle échappe à une vie de servitude. Le fantôme de l'enfant vient hanter douloureusement sa mère.

L'action se passe pendant la guerre "de sécession" (1861/1865) et quelques années plus tard car certains blancs n'acceptent pas la fin de l'esclavage.

Le roman est l'occasion pour Toni Morrison de parler des conditions de vie des afro-américains , même après la fin de l'esclavage dans certains Etats, avec le rêve de partir travailler plus au Nord.

 

"Tout appartenait aux hommes qui avaient les fusils. Des hommes convaincus que leur virilité résidait dans leur fusil"

"Ce qu'elle voulait dire : arriver quelque part où l'on pouvait aimer tout ce qu'on voulait - ne pas avoir besoin d'autorisation pour désirer-, et bien, ça c'était la liberté."

"En cet an 1874, les Blancs étaient toujours aussi déchaînés. Villes entières épurées de nègres ; quatre-vingt sept lynchages en une seule année au Kentucky ; quatre écoles de couleur brûlées jusqu'au sol. Hommes fouettés comme des enfants ; enfants fouettés comme des adultes ; femmes noires violées par la troupe ; biens enlevés, cous brisés."

"la vie privée était une faveur réservée aux adultes"

 

17:43 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, racisme, usa