23/07/2011
tueur en série à Shanghai
De soie et de sang
Qiu Xiaolong
"Points policiers" n° P1939
Un tueur en série à Shanghai ! Un point commun a toutes les victimes : elles portent une robe fourreau "quipao", de soie rouge.
Au delà de l'enquête policière, qui utilise largement la psychanalyse, le roman vaut à la fois pour ses références à la littérature, et plus généralement à la culture chinoise, ses proverbes, et par son portrait sans concession de la Chine contemporaine, mal remise de la "Révolution culturelle", et de la révolution capitaliste, maintenue dans un cadre largement encore bureaucratique, avec de nombreuses descriptions de la vie quotidienne en train de se moderniser.
"Shanghai, qui avait été un centre industriel, était en train de devenir un centre financier".
"J'ai décelé dans notre culture la diabolisation des femmes dans l'amour sexuel"
"Dans la Chine ancienne, le terme "maladie de la soif" pouvait être une métaphore pour la passion amoureuse".
"La passion amoureuse n'existait pas avant d'être inventée par les troubadours français".
"Les femmes mandchoues ne bandaient pas leurs pieds"
"Les Chinois ne pouvaient pas avoir de problèmes psychologiques tant qu'ils suivaient l'enseignement du président Mao"
Confucius :
"Une femme se rend belle pour l'homme qui l'apprécie"
Proverbes :
"Tuer le singe, c'est effrayer les poulets"
"Dans un état désespéré, on s'adresse à n'importe quel charlatan"
"La marée tient toujours sa promesse de retour"
"Il n'y a pas de mur qui ne laisse le vent passer"
"On ne brûle pas sans raison de l'encens au temple"
"Quand tout le nid est renversé, pas un seul œuf ne reste intact, même si la fêlure ne se voit pas"
"C'était l'heure étrange de la nuit où les fantasmes s'affolent comme des chauve-souris"
08:48 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature
21/07/2011
50 fiches sur l'Amérique latine
L'Amérique latine
50 cartes & fiches
Cecilia Baeza
Editions Ellipses
Les cartes, en noir et blanc, ne sont pas toujours très claires, mais les fiches le sont, dans une présentation intelligente, en longueur, aérée, comme l'écriture.
Autre avantage du système des fiches : la possibilité d'aller directement à la question du moment. Exemple d'actualité : "Venezuela : géopolitique de l'anti-impérialisme".
Ce livre se donne pour but de "déconstruire l'entité Amérique latine". Il souligne la diversité des pays qui la composent.
Les fiches, qu'elles soient par thèmes ou par pays vont à l'essentiel et ouvrent des problématiques intéressantes.
Les fiches sur les racines historiques éclairent celles sur les "enjeux et défis actuels".
J'ai été tellement convaincu que j'ai acheté, dans la même collection, l'ouvrage consacré à l'Afrique.
07:53 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
20/07/2011
Périple de Byblos à Constantinople
Le périple de Baldassare
Le centième nom
D'après le roman d'Amin Maalouf
Joël Alessandra
Editions Casterman
1665 : certains ont annoncé la fin du monde pour 1666, puisque le 6 est le chiffre du diable, et qu'en ce temps là, on attend la fin du monde.
Baldassare est un libraire érudit et aisé, d'origine génoise, à Gibelet, nom de la ville du temps des croisades. "Byblos" de son nom grec.
Baldassare entame son périple à la recherche d'un livre mythique : "Le centième nom". Le nom absolu pour écarter tous les malheurs, après les 99 autres noms de Dieu ("le miséricordieux, etc.)
Son périple va de Gibelet à Tripoli (aujourd'hui au Liban, pas la ville de Kadhafi), Alep (Syrie) puis Constantinople, la capitale de l'empire ottoman.
Une aventure entre les terres, les langues et les religions.
Baldassare, chrétien, est un modèle de tolérance religieuse. "Lorsque la foi devient haineuse, bénis soient ceux qui doutent !".
Joël Alessandra, Français d'origine sicilienne, en passant par le Nord de l'Afrique, s'inspire des peintres orientalistes. Le résultat est probant : le texte, magnifique, est mis en valeur par des dessins aux couleurs pastel.
"Il y a des bras de femmes qui sont des lieux d'exil, et d'autres qui sont la terre natale" (Amin Maalouf)
08:49 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bd
19/07/2011
grossier et brutal
OFF
Ce que Nicolas Sarkozy n'aurait jamais dû nous dire
Nicolas Domenach et Maurice Szaran
Editions Fayard
Le "OFF" est bien connu des politiques et des journalistes. "OFF" cela veut dire que le magnétophone cesse de tourner. Par association d'idées, le stylo est remis dans la poche. Ce qui est dit à ce moment là sert à comprendre la situation, où à en donner un éclairage particulier, mais ne doit pas être répété comme une citation.
Si Jospin, au détour d'une conversation dit à des journalistes : "Je trouve Chirac vieux et fatigué", cela n'engage que lui. Si ce n'est pas "OFF" cela devient un "scoop" et fait la une des journaux.
Ce livre est décevant car les lecteurs n'y apprennent rien. Aucune phrase "off" soudainement révélée, sauf qu'il a dit de Juppé : "Ce type est fou".
Pas surpris de savoir qu'il disait, en "off", "le vieux con" en parlant de Chirac, Président de la république, dont il était le ministre.
La seule révélation, pour moi, a été de mesurer jusqu'où la connivence entre politiques et journalistes peut aller.
Tout le monde sait que Sarkozy a toujours tutoyé les journalistes, pour briser la distance et créer une complicité. "Cette intimité qu'il a minutieusement tissée entre lui et la plupart des journalistes politiques depuis vingt ans."
"Dans cet univers féodal, le droit de cuissage a été aboli, pas le droit de "bisoutage".
Vous imaginez François Mitterrand, avant même qu'il ne soit Président, se faire tutoyer par des journalistes, mêmes ami(e)s, ou leur faire la bise ?
"Nicolas Sarkozy a gagné l'élection, mais est-il jamais devenu Président ?" (Villepin)
Nous avons la confirmation que Sarkozy, même depuis qu'il est Président, est brutal et grossier. De là à téléphoner pour traiter d'"enculés" les journalistes qui le critiquent...
"Les coupures de presse cicatrisent difficilement".
Nous avons la confirmation que Sarkozy met en scène, pour les journalistes qui lui servent de relais, sa vie privée, avec Cecilia, avec Clara, avec la journaliste qu'il a dragué aux yeux de tous entre les deux, "avec une ostentation qui bouleversait les critères de la bienséance.". "Une zone grise où privé et public ne se distinguent plus guère. Changement radical de vie, de comportement, d'éthique, d'époque".
"L'exhibition exige toujours plus d'exhibition"
"Il a fait de la moindre blessure d'orgueil l'aliment incandescent de sa colère, de son ascension"
"En politique on ne te donne jamais rien. Il ne faut jamais demander. Il faut prendre".
"Dans son esprit la politique se ramène avant tout à un combat."
"Ceux qui ne supportent pas d'être haïs doivent quitter la politique"
"Le pouvoir est au bout du stylo"
"Seuls comptent son plaisir, sa satisfaction, son contentement"
"Si Chirac avait du fric "plein les poches", lui n'en n'avait pas "plein la bouche"
"Le bougisme était un programme politique"
"Besson était un socialiste un peu pète-sec, un tantinet arrogant, mais ils sont si nombreux de la sorte au PS..."
08:41 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sarkozy
16/07/2011
les figuiers d'Algérie
Les figuiers de Barbarie
Rachid Boudjedra
Editions Grasset
Je ne suis pas un inconditionnel de Boudjedra, mais j'ai une faiblesse pour lui, que j'ai connu alors que j'étais lycéen, en classe terminale, dans une petite ville de grande banlieue, et lui jeune maître auxiliaire nous enseignant, plus ou moins, la philosophie.
J'ai encore en mémoire ses premières paroles devant notre classe : "la philosophie, c'est lire Camus sur la plage d'Alger".
J'ai lu Camus, je suis allé à Alger, beaucoup plus tard, et pas sur la plage, et j'ai du mal avec les livres de philosophie.
A la fin de l'année scolaire, à partir mai, nous n'avons plus vu notre professeur de philosophie. Il faut dire que nous étions en 68...
Quelques mois plus tard j'ai compris ce qui le préoccupait le plus pendant toute cette période, et dont il ne nous avait jamais parlé : "La répudiation", son premier livre qui connaîtra un succès immédiat.
Si je compte bien, "Les figuiers de Barbarie" est son 26ème livre.
J'avoue ne pas les avoir tous lus.
Celui qui m'a le plus marqué, à part "La répudiation" est "Topographie idéale pour une agression caractérisée" qui raconte l'errance d'un immigré algérien, qui ne sait pas lire, dans le métro parisien. J'y ai repensé dans le métro de Moscou, incapable de lire l'alphabet cyrillique.
A noter également ses prises de position courageuses contre les islamistes du FIS, à une époque où ils étaient encore très puissants.
Deux amis d'enfance se retrouvent côte à côte dans un avion. Bon prétexte pour remuer les souvenirs de la guerre d'indépendance, avec "des héros lamentables et indécis", mais aussi la colonisation ("Le colonialisme est une maladie chronique. Elle ne cesse jamais et on en guérit jamais"), mais aussi le "ratage de l'Indépendance, de la corruption généralisée, et de la lutte de clans, pouvoir véreux, enrichi, arrogant, et finalement idiot." "Un cycle de violences qui ne s'est pas encore terminé à ce jour".
"Les figuiers de Barbarie symbolisaient les sentinelles qui veillaient depuis toujours sur le pays".
"Figuier était le mot raciste qu'on utilisait à l'époque pour désigner les Algériens. Pour nous, les figuiers étaient devenus le symbole de la résistance".
"On ne voit jamais l'Histoire se faire, c'est comme l'herbe qu'on ne voit pas pousser"
"L'Histoire n'oublie jamais, elle fait juste semblant"
"Bugeaud sévit d'une façon atroce contre le pays envahi, en tuant le quart de la population en l'espace de quinze ans."
"Bugeaud, avant de massacrer en les enfumant des milliers d'Algériens, a été un véritable boucher en France même, lors de l'insurrection de Paris, en avril 1834"
"1846 : Le respect des règles humanitaires fera que la guerre risque de se prolonger"
"Marseille, où on fabriquait pendant l'époque coloniale, qui a duré cent trente ans, du savon avec les ossements d'Algériens qu'on pillait dans les cimetières".
"Pendant la période de Vichy, les pieds-noirs pétainistes avaient organisé de véritables pogromes contre les israélites algériens."
"45.000 morts en une semaine. Cela a commencé le 8 mai 1945".
"La guerre c'était l'enfer arrosé de sang et de vomi".
"Devenus des harkis sanguinaires, ils n'avaient pas compris le sens de cette tornade soudaine qu'était la guerre. Ni le sens de l'Histoire".
"Toutes les révolutions aboutissent au ratage, mais il faut les faire quand même".
"Toutes les saloperies commises par l'Organisation contre les maquis communistes qui avaient été créés à sa demande"
"Comment cette Organisation formidable, qui avait mis à genoux l'armée française, avait-elle pu commettre des crimes terribles ?" "La lutte pour le pouvoir et la passion de l'argent en étaient la cause"
"Ces anciens résistants devenus les pires exploiteurs, arrogants, ignares". "Nouveaux prédateurs qui allaient prendre le pays en otage"
"Epoustouflant, c'est à dire humain"
"Le propre de l'Homme ce n'est pas le rire, c'est la cruauté"
"L'orgueil est un bouclier"
"Dans les bars il y a l'odeur du peuple, l'odeur des pauvres"
"Il porte son idiotie comme un aveugle sa canne blanche"
08:40 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature