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01/08/2015

spéculation sur le prix du pétrole

Or noir

Dominique Manotti

Série noire Gallimard

 

J'aime bien les romans, clairement engagés,  de Dominique Manotti, qui a enseigné l'histoire économique contemporaine. J'ai parlé de plusieurs d'entre eux dans mon blog. J'aime son style sans fioriture, direct, aux phrases courtes et descriptives . Elle a reçu plusieurs prix de littérature policière.

Ce roman noir se déroule en 1973, au temps où le pétrole se négociait à cinq $ le baril, où son prix allait exploser. Les grandes compagnies ("les 7 soeurs") n'allaient plus pouvoir imposer leurs prix aux pays producteurs qui viennent de se regrouper dans l'OPEP. Ceux qui l'ont anticipé ont pu faire des fortunes. Parfois au prix du sang ? La distance n'est pas longue entre la criminalité en col blanc et l'usage d'armes à feu ! C'est ce que montre ce roman policier. Les lecteurs savent rapidement qui est le méchant. Pas tout de suite qui a été l'exécuteur , mais au moins le commanditaire des meurtres sur lesquels enquête le jeune commissaire Daquin, tout juste nommé à Marseille, ville "spéciale" pour la police.

Eléments que j'ignorais :

- Genève occupe la première place mondiale dans le commerce du pétrole ! "Les quatre premières firmes les plus importantes de Suisse, en chiffres d'affaires sont des firmes qui négocient le pétrole" ;

- le chiffre d'affaires mondial des ventes d'art contemporain a progressé de 1078% en dix ans. Pour blanchir de l'argent sale ?

 

"Le trafic de drogue est la machine à fabriquer du fric noir qui est le nerf de la guerre sale"

 

21:40 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, polar

23/07/2015

l'histoire de France sans les clichés

Nos ancêtres les Gaulois, et autres fadaises

François Reynaert

éditions Fayard

 

Vingt siècles en cinq cent pages en débusquant quelques clichés anciens que les historiens d'aujourd'hui ont remis en cause. François Reynaert n'est pas historien mais journaliste, au Nouvel Observateur et amateur d'histoire. Sur chaque période il cite ses historiens de référence.

Bien que cela soit une histoire du territoire qui est devenu la France, l'auteur traque le nationalisme. Et cela fait du bien. "La France n'est une nation que depuis peu, et la plupart des autres pays d'Europe le sont devenus encore plus récemment." Comme l'a écrit Pierre Goubert : "le travail de l'historien ne se ramène pas à l'exaltation des gloires nationales." 

Les Gaulois n'étaient donc pas les "premiers occupants" de ce qui allait devenir la France. "Ils ne sont pour rien dans l'érection des menhirs et des dolmens. Ce sont des Celtes venus du nord de l'Italie, derrière leur chef Brennus." "La Gaule, pure création coloniale" des Romains.

"Les fils de Mérovée étaient germaniques". Leur capitale était Tournai, actuellement en Belgique. La langue que parlait Clovis ressemblait plus certainement au flamand qu'au français.

"Des immigrés. Tous les peuples le furent ou le seront."

"Charles (qui deviendra Martel) a combattu les Arabes exactement comme il a combattu les Francs de Neustrie ou ceux du sud de l'Allemagne. Les Arabes poussaient des pointes en Gaule dans une logique de razzia, non dans une logique de conquête." Après Poitier (732) "ils sont rentrés chez eux, en Septimanie" (l'actuel Languedoc)

"Les Mérovingiens, les Carolingiens, ces rois d'origine germanique qui régnaient sur un empire européen n'étaient pas plus français qu'ils n'étaient allemands, belges ou italiens."

"Les Plantagenêts, famille angevine. Henri II, comme sa mère Aliénor d'Aquitaine, reposent près de Saumur où il a été élevé." "Les Plantagenêts, comme leurs cousins Valois, sont de langue et de culture française."

"A Gand, Charles (qui deviendra "Quint") a été élevé en français. A dix-sept ans, il ne parle pas un mot de castillan".

Les croisades ? "l'horreur de la réalité au nom de l'angélisme des intentions" "Comme fruit possible ramené des croisades par les chrétiens, je ne vois que l'abricot" (Jacques Le Goff)

"Ce n'est qu'à la fin de l'interminable guerre de 100 ans que la conscience que l'on est Français ou Anglais entre dans les esprits."

"Les crispations religieuses aboutissent au renforcement d'un puritanisme étroit que le Moyen Âge ne connaissait pas : tous les bains publics qui existaient depuis des siècles sont supprimés au XVIe"

"Tuer un homme, ce n'est pas défendre une doctrine, c'est tuer un homme" (un lieutenant de Calvin en désaccord avec la condamnation à mort de Michel Servet)

Mazarin était "le plus grand voleur de toute l'histoire de la monarchie". "Le sac du Palatinat (par les troupes de Louis XIV) a beaucoup fait pour développer un sentiment national allemand". "La famine de 1692-1694 a fait pratiquement autant de morts que la guerre de 14, mais en deux ans."

Napoléon ? "absence totale de morale et cynisme poussé" "Il refuse l'éducation publique pour les filles." "Trois millions de victimes dont un million de morts français".

L'auteur tombe parfois, lui aussi, dans le cliché : à propos des Templiers, n'est-il pas imprudent d'écrire :"le roi (Philippe le Bel) a eu ce qu'il voulait" : le trésor" ?

J'ai été surpris qu'il ne fasse pas allusion au Pacte germano-sovétique à propos du déclenchement de la seconde guerre mondiale.

Un livre qui traite "de l'histoire de notre pays, mais aussi de la façon dont elle existe dans nos mémoires."

"Le goût de l'histoire nous enseigne la modestie dans le jugement."

 

16:25 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire

21/07/2015

polar sur le nucléaire iranien

Un agent nommé Parviz

Naïri Nahapétian

éditions de l'aube, collection "l'aube noire"

 

L'accord qui vient d'être signé avec l'Iran rend ce roman d'espionnage très actuel. Il est vrai qu'il n'est sorti que depuis quelques mois.

Naïri Nahapétian, journaliste née en Iran, d'origine arménienne comme son nom le laisse deviner, a déjà écrit deux polars, publiés en Points Policier. J'ai déjà parlé dans ce blog de "Qui a tué l'ayatollah Kanuni".

L'action se passe  entre Paris et Téhéran. La France suit  l'action de près, par l'intermédiaire d'une jolie policière d'origine iranienne,  mais n'a pas d'agent sur place, contrairement à la CIA et à...Israël.

D'après l'auteur, la capacité nucléaire de l'Iran vient du Pakistan, avec le soutien de la Russie et la complicité de la Chine.

Rappel de "l'Iran Gate" : pendant la guerre contre l'Irak, les USA fournissaient secrètement des armes à l'Iran. En Afghanistan, l'Iran et les USA misaient sur le même homme : le fameux commandant Massoud.

 

"Le guide Khamenei a déclaré que l'usage de la bombe atomique serait anti-islamique. Ils ont tous les éléments nécessaires pour un essai, mais ne le feront pas afin de rester à la frontière de la bombe."

 

19/07/2015

Mémoires d'Arméniens

Le fantôme arménien

Reportage de Laure Marchand, Guillaume Perrier, Thomas Azuelos

Dessin et couleur de Thomas Azuélos

éditions Futuropolis

 

Il y a un siècle,  plus de deux millions d'Arméniens vivaient dans les provinces de l'est de l'empire ottoman. La fin du XIXe siècle avait marqué l'intensification des persécutions et le début de massacres de masse. Pendant la première guerre mondiale, le gouvernement nationaliste "Jeune Turc" s'en est pris aux minorités, donc aux Arméniens.

En 1915, il y a donc un siècle, les Arméniens, à commencer par les notables, sont "jetés sur les routes, massacrés ou contraints à marcher jusqu'aux déserts de Mésopotamie, véritables mouroirs à ciel ouvert. Leurs biens sont systématiquement confisqués." "Mort progressive par épuisement, maladie puis liquidation par des escadrons de la mort lors de la longue marche en direction du désert syrien. Très peu y parviendront." "Le massacre est systématique". N'est-ce pas ce que l'on appelle un génocide ?

Le berceau historique des Arméniens est vidé de sa population. "Plus de la moitié est exterminée (entre un million et un million et demi) . La majorité des survivants est contrainte à l'exil." "Sans retour possible était inscrit sur leur passeport ottoman à leur départ. Ceux qui sont restés "se sont convertis pour survivre et ont vécu cachés, occultant leur culture, leur langue." "En Turquie, il fallait s'assimiler ou mourir." Leurs petits-enfants refont surface aujourd'hui.Mais leur agitation politique ne fait pas l'unanimité "dans une communauté pour qui le silence a toujours été la meilleure protection." "Abandonnées, les églises ont été livrées aux pillards. Il n'y a plus que des ruines."

Un photographe français, d'origine arménienne, a organisé, avec l'aide d'autorités locales, une exposition avec les photos d'identité de 99 de ces survivants, prise quand ils ont débarqué à Marseille, où l'accueil fut parfois rude ("Arménien, tête de chien, mange ta soupe et dis plus rien"). "Les photos étaient épinglées au niveau du coeur."

Ses compagnons de voyage ont longtemps hésité avant de se décider à se rendre sur la terre de leurs ancêtres , dans la Turquie de bourreaux.

"En 1915 les Kurdes ont collaboré avec les autorités ottomanes. Certaines tribus ont été le bras armé des génocidaires dans les régions où les peuples arménien et kurde vivaient côte à côte." "Les kurdes prennent peu à peu conscience de ce qu'ils ont fait aux Arméniens. Dans une région où les descendants des bourreaux et des victimes vivent ensemble, dans des villages où les familles sont liées, où tout le monde se connaît, les histoires de sauvetage sont nécessaires." Comme pour les Juifs, il y a eu des "Justes" qui ont sauvé des Arméniens du massacre. Les fonctionnaires dissidents furent tués.

 

Un très bel album, très émouvant , même pour qui n'a pas d'ascendant arménien.

 

16:11 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bd, arménie

12/07/2015

Les carnets de Joann Sfar

Si Dieu existe

Joann Sfar

éditions Delcourt, collection Shampooing

 

"Si Dieu existe, il ne tue pas pour un dessin". 

Joann Sfar ("le chat du rabbin" ; Gainsbourg en film ; actuellement dessinateur au Huffington Post) nous livre ses derniers carnets qui commencent par les carnages du 11 janvier de ses amis dessinateurs à Charlie.

Il y est beaucoup question de sa maman, décédée quand il avait quatre ans, de son papa, décédé peu de temps avant le 11 janvier, et des femmes. Avec des interrogations dignes de sa maîtrise de philosophie. 

"Ils croyaient s'en prendre à des dessinateurs, ils ont aussi tiré sur  l'islam". "Si des voix musulmanes s'élèvent pour apaiser l'islam, elles devront venir du Golfe, et disposer de beaucoup de pétrodollars." "Tant que le Prophète sera plus important que les hommes, on ne pourra rien construire."

"Aucun extrémiste juif n'a tué personne en France." "Ils étaient sur le sol français avant que la France existe, avant même qu'elle soit chrétienne." "Ethniquement, Israël, c'est le Brésil."

"Le Christ, pour aimer son prochain, il serre vachement les poings."

"Personne n'est obligé de croire en Dieu, ou de croire que Dieu est sacré." "Aucun Dieu ne pardonne celui qui abîme une tombe." "Je déteste que là où nous sommes, Jean-Paul Sartre ait raison : aujourd'hui, c'est bien l'antisémite qui fait le Juif."

"Sans les livres, on est plus humain"

"Si le questionnement s'arrête, nous mourrons en tant que civilisation." "Le futur n'est pas écrit. S'il est pourri, ça sera de notre faute." "Comment faire pour y croire encore ?"

"Tu ne dois pas laisser s'éloigner les enchantements du monde."

 

12:07 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bd