25/03/2015
Le retour d'Ulysse
Ulysse
Les chants du retour
Jean Harambat
Prix de la BD 2014 Le Point
éditions Actes Sud BD
La guerre de Troie aurait eu lieu au XIe siècles avant notre ère. Tout le monde connaît, plus ou moins, l'histoire, racontée par Homère quatre siècles plus tard : la guerre qui dure dix ans, l'Iliade, le cheval de Troie, Achille et son talon, puis le retour d'Ulysse, l'Odyssée, qui dure également dix ans. Et son épouse Pénélope qui l'attend. Tout le monde connaît la fin heureuse.
Cet album illustre les aventures d'Ulysse entre son retour dans son île jusqu'à l'heureux dénouement.
La bonne idée est de donner aux lecteurs les éclairages des grands hellénistes Jean-Pierre Vernant, Jacqueline de Romilly, Pierre Vidal-Naquet, François Hartog.
"Quelle illusion de vouloir réduire la poésie à la réalité."
Apparition également de Jean-Paul Kauffmann, journaliste, écrivain, otage au Liban pendant trois ans, au début des années 80. Il raconte : "ma libération était comme une seconde naissance." Je me souviens des actions de sa femme pour le faire libérer.
Autant que sa femme, c'est son identité qu'Ulysse veut reconquérir. Et Pénélope "veut l'Ulysse de sa jeunesse", pas le vieil homme qu'il est devenu ! Et à l'époque l'espérance de vie était plus courte, et le vieillissement plus rapide.
"Ulysse déclare que la chose la plus importante pour des gens qui vont se marier, c'est la communauté de pensées et de sentiments."
"Dans l'amour chacun récupérant l'autre se récupère lui même".
"Pour la première fois l'homme analyse ses sentiments et découvre la vie intérieure. La psychologie est née" (Jacqueline De Romilly). La psychanalyse un peu également en raison des relations "freudiennes" entre Ulysse et son fils Télémaque.
Ulysse rencontre Achille dans le monde des ténèbres : "J'aimerais mieux être sur terre domestique d'un paysan que de régner parmi les ombres. Quand la vie a franchi la barrière des dents, elle ne revient jamais." "Aveuglement des vivants, nous dit Achille. Seule au final compte la vie telle que nous l'éprouvons tous les jours, avec ses joies et ses malheurs." "L'Odyssée est une réponse à l'Iliade" ; "Que deviendrait chaque jour si tout ce que chaque jour apportait n'était pas précisément si fragile ?" (JP Vernant)
"On insiste pas assez sur le fait qu'Ulysse se bat contre l'aristocratie (les seigneurs prétendants) avec l'aide du "bas peuple".
Un album qui sort vraiment de l'ordinaire.
19:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bd
16/03/2015
polar en Mongolie
Yeruldelgger
Ian Manook
Prix Quais du polar 2014
Prix SNCF du polar 2014
Grand prix des lectrices d'ELLE, policier
Livre de poche n°33600
Yeruldegger ("cadeau d'abondance") est le prénom d'un commissaire qui ressemble étrangement au commissaire islandais Erlendur, d'Indridason, en beaucoup plus violent. Lui aussi a des problèmes avec sa fille qui ne lui pardonne pas de la délaisser pour faire son métier de flic. Lui également ne se pardonne pas d'avoir perdu un petit être cher.
Mais Ian Manook n'est pas Mongol. Il est Arménien de Paris. Il pourrait être classé comme "écrivain voyageur". Il nous raconte les coutumes de la vaste plaine mongole. "Ce pays qui avait coupé tant d'arbres qu'il en avait inventé le désert". Au fil de l'enquête, nous saurons tout sur la façon de bien préparer et déguster la marmotte, et nous en apprendrons beaucoup sur la situation géopolitique de la Mongolie et ses relations avec la Chine et la Corée. Et même qu'en Chine, la fête des amoureux est le septième jour du septième mois. "Nous sommes sous la coupe économique des Chinois qui se comportent en occupants." "D'où ce nationalisme xénophobe qui grandit à Oulan-Bator".
"La Mongolie découvrait le tourisme comme une seconde source de revenus après l'extraction des minerais."
Je suis généralement admiratif de l'imagination des romanciers. Dans ce livre, la violence, la cruauté de certaines scènes dépassent mon imagination, et je ne supporterais pas de les voir au cinéma.
"Il importe peu que nous ne voyions pas de la même façon le paysage identique que nous regardons. L'essentiel est de le regarder ensemble". (Patrick Manoukian)
"Une bonne intrigue se construit autour de sentiments et d'émotions universels évoqués à travers le récit de destins individuels."
"Les rêves sont un langage. Ils ne sont ni divinatoires ni prémonitoires. Ils ne font qu'essayer de te dire ce que tu n'oses encore t'avouer. Tout ce qui fait ton rêve est déjà en toi."
"Eviter les combats inutiles, qui ne sont que la preuve de l'inefficacité de toute autre chose, mais ne jamais reculé une fois le combat engagé. Toujours avancer, sans colère, toujours à son rythme, esquiver l'attaque en avançant, frapper les appuis".
"Semer le désordre pour appeler à l'ordre, salir les étrangers pour appeler à la préférence nationale, gangrener les pouvoirs pour les discréditer, infiltrer la police pour la manipuler."
"Les Mongols ont régné sur un quart du monde par la seule terreur. Ni par notre culture, ni par notre art, ni par notre pensée."
"La république mongole qui, il y a cinquante ans, brûlait ses dissidents dans les chaudières de ses locomotives."
"Si Gengis Khan vivait de nos jours, il ne serait qu'un Kim Jong-un".
"Ce n'est pas l'espoir d'une autre vie qui doit te faire vivre la tienne ici-bas."
17:30 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, polar
11/03/2015
les mystères d'Henri de Toulouse-Lautrec
Toulouse-Lautrec
Scénario : Olivier Bleys
Dessin : Yomgui Dumont
Couleurs : Drac
Collection "Les Grands Peintres", éditions Glénat
Ce livre n'est pas une biographie d'Henri de Toulouse-Lautrec, mais une enquête policière (disparitions mystérieuses de jeunes femmes à Montmartre) à laquelle le peintre, qui fréquente assidument Le Moulin Rouge est mêlé.
On y voir Henri au milieu de ses amis, en particulier Oscar Wilde et la fameuse Goulue, souvent représentée dans ses toiles.
La, courte, biographie, se trouve en fin de volume. Elle n'est pas en BD.
17:18 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bd, peinture
07/03/2015
Un polar entre la Cisjordanie, Israël et la France
Une terre pas si sainte
Pierre Pouchairet
Jigal polar
Ancien commandant de la police nationale, chef de groupe aux stups, l'auteur nous fait vivre une enquête entre Nice et Naplouse, en passant par Jérusalem.
Les polices israéliennes, françaises et palestiniennes collaborent, plus ou moins, pour démanteler un réseau de drogues de synthèses. Et comme les polices se féminisent, certaines policières jouent un rôle prépondérant.
Terre sainte pour les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans, mais surtout terre de toutes les oppressions, de toutes les violences et de bien des trafics. Le tout raconté sur un rythme nerveux.
"Les fous de Dieu surfent sur la misère et le désespoir de certains de nos jeunes pour les enrôler et leur faire commettre des actes de barbarie qui permettent à l'Etat hébreu de jouer les victimes."
"Une société qui tient autant par l'aide internationale que par la corruption."
"Il est facile d'enrôler une jeunesse désoeuvrer et décourager et de canaliser l'énergie du désespoir".
"Des gens qui n'étaient pas des assassins préféraient laisser croire le contraire, ce qui leur conféraient un statut social de héros."
"Entrer en zone sous contrôle palestinien ne gênait personne, seules les bonnes âmes de la communauté internationale y trouvaient à redire." "Il y a des routes interdites aux Palestiniens en Palestine." "Nous sommes en Cisjordanie et c'est Israël qui tient la frontière."
"Il n'y a plus de permis de travail pour les Palestiniens, remplacés par des Africains qui font l'affaire."
"Les jeunes Palestiniens, sans espoir et acculés sur leur terre , étaient une menace pour Israël qui ne ferait qu'empirer tant qu'une solution durable ne serait pas trouvée. La force, dans le long terme, avait peu de chance de l'emporter et il n'était pas certain qu'une jeunesse israélienne, embourgeoisée, manie le bâton avec autant de virulence que ses parents, même si la violence avec laquelle Gaza avait été réprimée indiquait qu'il y avait de beaux restes chez certains."
"Il avait vécu dans la clandestinité, combattu et tué pendant deux décennies pour la liberté de son peuple et l'établissement d'une société démocratique. Au final, le Fatah était aujourd'hui corrompu jusqu'à la moelle et détenait un pouvoir illusoire sur une parcelle de terre grignotée jour après jour par de nouvelles colonies . La confiance de la population s'était détournée des politiques au profit des imams.
19:40 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, polar
05/03/2015
sic transit gloria mundi
Pompée, l'anti-César
Eric Teyssier
Eric Teyssier est Maître de Conférences à l'université de Nîmes, ville romaine s'il en est. Chaque semaine, dans "La Gazette de Nîmes", et sur les ondes de Radio France Gard, il propose une "minute romaine" qui permet de mieux connaître la Rome antique.
De Pompée on retient sa défaite ultime contre César, alors qu'il disposait de troupes plus importantes. Une défaite après des triomphes remarquables pour celui qui fut, à 23 ans le plus jeune général romain, surnommé "le Grand" à 25.
Pompée est une des derniers grands défenseurs de la République agonisante. "Un système oligarchique injuste, brutal et très fragile." "L'antique république n'est plus adaptée à la puissance impériale que les Romains ont forgée en quatre générations."
Jules César est un politique sans scrupule : issu de l'aristocratie, il devient le leader de la plèbe et, fort de ses victoires en Gaules, d'où il a ramené un million d'esclaves dont al vente remplisse ses caisses, il appuie son pouvoir sur le peuple de Rome.
Issu de la classe intermédiaire des "chevaliers", Pompée est méprisé par l'aristocratie, malgré plusieurs mariages successifs avec des filles de grandes familles (dont Julia, la fille de Jules César). Les sénateurs sont arc-boutés sur leurs privilèges de caste. "Les meilleures places et les premiers rôles sont réservés à une poignée de praticiens." "L'élite du Sénat s'enrichit énormément en dirigeant les provinces conquises." "Cette caste privilégiée confond la défense du système avec ses intérêts propres."
Pompée consul redonne au tribuns de la plèbe leur droit de véto et ils peuvent postuler de nouveau aux magistratures du cursus honorum. Mais Pompée est impuissant face à la démagogie violente des tribuns du peuple. Entre César et lui, représentant d'une aristocratie qui ne le considère pas comme l'un des siens, le peuple choisit César. Les deux rivalisent de dépenses pour offrir "du pain et des jeux", "ces deux substituts de la démocratie."
18:54 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire