25/04/2009
OSS 117 répond toujours
OSS 117 répond toujours
Jean Bruce
Presses de la cité
Impossible de trouver le moindre exemplaire d'OSS, ni chez les libraires, ni chez les bouquinistes.
Que sont devenus les centaines de milliers (millions ?) d'exemplaires vendus dans les années 50 et 60 ? Détruits ? Amoureusement conservés dans des collections privées ? Que sont devenus "Moche coup à Moscou", "Cache-cache au Cachemire" et "OSS tue le taon" ?
La sortie du deuxième film ne les a pas fait ressortir de leurs cachettes, et les "Presses de la cité" n'ont pas cru bon de les rééditer.
"OSS au Caire, nid d'espions", (premier film d'une longue série ?) se passait dans les années 50. Tout le monde se souvient de Dujardin offrant la photo du Président René Coty, en récompense de haute valeur. Il y avait adéquation temporelle entre le film et les livres.
Si "Rio ne répond plus", OSS 117 "répond toujours", du moins à l'époque.
Hubert Bonisseur de la Bath, colonel de la CIA, est beau, "athlétique, souple, un physique avantageux, un mélange de Gary Cooper et de Douglas Fairbanks" (si vous ne savez pas qui était Douglas Fairbanks, demandez à votre grand-mère, si elle aimait Zorro), il a un regard "d'acier", et il ne fume pas, alors que le tabagisme n'était pas encore dénoncé.
L'action se passe à Thulé, à mi-chemin entre le Nebraska et l'Oural. Un endroit idéal pour les espions ! L'Arctique était déjà un emplacement géostratégique majeur.
C'est un livre de 1953 (même précoce, je ne savais pas encore lire, d'où me vient donc ce livre ?), au langage assez châtié : on se rend aux "commodités". On écoute de la musique sur le "phonographe". La morale est assez stricte : une femme médecin est radiée de l'ordre pour avoir pratiqué trois avortements. On fornique peu. La prostitution est clandestine. Une femme dans les bras, Hubert ressent "un violent émoi".
Pas grand chose à voir, donc, avec l'OSS 117 de cinéma qui, de Rio, ne répond plus.
08:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature
18/04/2009
Pirates
Pirates
SAS n°177
Gerard De Villers
Le dernier SAS, paru le mois dernier, mais vraisemblablement écrit il y a quelques mois, tombe en plein dans l'actualité.
Avec, comme souvent, une analyse géopolitique qui ne manque pas de pertinence :
1) les USA ne s'intéressent aux pirates somaliens que depuis qu'ils ont passé alliance avec les talibans locaux : c'est parce que la "Task force 150" de l'OTAN, basée à Djibouti et se concentrant sur le Yémen, avait pour seul but la lutte contre le terrorisme que l'Union européenne a mis en place sa première opération navale dans le cadre de la Politique Européenne de Défense et de Sécurité, "ATALANTE" (dont le livre, probablement écrit avant sa mise en place, ne parle pas) ;
2) la solution, avant d'être maritime, est d'abord sur terre, dans la stabilisation et le développement de la Somalie.
Rappel géographique et historique :
La Somalie est grande comme trois fois la France. Le Somaliland, partie de la Somalie qui avait été colonisée par les Britanniques est indépendant de fait, même s'il n'est pas reconnu par la communauté internationale et est calme et stable, avec des élections pluralistes.
La Somalie est dans l'anarchie la plus totale depuis la chute du dictateur Syad Barré, en 1991.
Contrairement à d'autres parties d'Afrique, le déchirement de la Somalie n'est pas ethnique, tribal, linguistique ou religieux : les Somalis sont partagés en clans, tous semblables, tous musulmans.
Les Américains ont sponsorisé une expédition de l'armée éthiopienne pour chasser les "Tribunaux islamiques", fanatiques religieux, mais qui avaient rétabli un semblant d'ordre. Mais, comme toute armée étrangère d'occupation, l'armée éthiopienne a été obligée de repartir.
L'Union européenne finance une force de paix de l'Union africaine, dont le but essentiel est de se terrer pour éviter d'être massacrée, et dont les soldats, majoritairement ougandais, n'hésitent pas à vendre leurs armes à ceux qu'ils sont censés "contenir". Ce qui prouve qu'une force de paix peut, éventuellement, maintenir celle-ci, mais ne peut pas l'imposer.
La "communauté internationale", au premier rang de laquelle figure l'Union européenne, finance un "Gouvernement de Transition", qui ne gouverne rien, et un "parlement", non élu, qui parlemente avec lui même, quand il siège (jamais dans la capitale, trop dangereuse)...
Les Somaliens fuient leur pays par centaines de milliers. C'est l'argent de la diaspora qui fait vivre les membres des familles restés au pays.
"Toutes les combines sont bonnes pour survivre. La plus récente et la plus juteuse est la piraterie.", "déversant sur ce pays misérable des dizaines de millions de dollars".
Grâce aux rançons versées par les premières victimes, "d'artisanale, la piraterie est devenue industrielle". Elle utilise des bateaux-"mères", éventuellement provenant de la piraterie, d'où partent des vedettes rapides permettant de partir à l'abordage des cibles, choisies grâce à l'"Automatic Identification System", qui permet également de repérer les navires de guerre qui pourraient protéger les victimes qui ne sont pas armées.
08:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature
12/04/2009
La Chronologiette
La Chronologiette
de Pierre Prion
1744/1759
Texte présenté et annoté par Jean-Marc Roger
Présentation historique d'Emmanuel Le Roy Ladurie
Pierre Prion est, au XVIIIe siècle, le scribe du Marquis d'Aubais.
Il relate dans sa chronologiette les faits marquants de la vie du chateau, du village, et des alentours.
Les naissances, les mariages (avec éventuels charivaris, en cas de remariage, ou de différence d'âges trop marquée), les décès, parfois par suicides.
Ce sont des années de guerres, d'abord la guerre de succession d'Autriche, puis la guerre de sept ans : on s'engage, on tire au sort les "volontaires".
La guerre des camisards, qui a largement débordée les Cévènnes n'est pas loin dans les esprits , les protestants nombreux, majoritaires dans certains villages des alentours, comme à Junas, qui ne compte que deux familles catholiques. Le Marquis lui même est fraîchement converti, et son épouse est loin d'être assidue aux offices. Mais, par épisodes, la répression se fait encore sentir
Les protestants ne sont pas le seul souci de l'Eglise catholique : la haute société se pique encore de jansénisme, comme symbole contre la monarchie absolue, et les manants sont encore prôches du paganisme. Il est vrai que les prières à Dieu, ou à ses Saints pour avoir de la pluie, ou de bonnes récoltes, ou éviter les débordements du Vidourle peuvent être considérées assez païennes !
C'est qu'il faut faire face aux difficultés quotidiennes, dans cette période de refroidissement climatique. Les protestants sont un peu moins pauvres que les autres. Prion affirme qu'un tiers de la population va sans souliers. Pourtant les agriculteurs sont également artisans. Les femmes réchauffent sur leur poitrine les vers à soie, avant de dévider les cocons, puis de fabriquer, en sous traitance, des bas.
"Après la panse, une bonne danse"
"Vive l'Amour, pourvu que je dîne"
Les protestants ne constituent pas
21:23 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, histoire
11/04/2009
L'homme à l'envers
L’homme à l’envers
Fred Vargas
Editions Viviane Hamy
Un « homme à l’envers », c’est un loup-garou : quand il est homme, il a les poils à l’intérieur, quand il se transforme en loup, les poils ressortent.
Fred Vargas s’est inspirée du problème posé par les loups, passés des Abruzzes dans le massif du Mercantour, et y dévorant quelques moutons.
Vous ne croyez pas au loup-garou ? Moi non plus et Fred Vargas pas d'avantage.
Le personnage central est Camille, l’amoureuse épisodique du commissaire Adamsberg, lequel n’entre vraiment en action et mène l’enquête que dans le dernier tiers du livre. A partir de ce moment là, je n’ai pas pu lâcher le livre, éteindre la lumière et dormir avant d’avoir connu le mot de la fin. Et cela ne m’arrive que très rarement.
J’ai vu l’adaptation du livre, à la télévision belge, par Josée Dayan, avec les mêmes, excellents, actrices et acteurs que lors des adaptations des livres précédents. Les paysages des Alpes de Haute Provence sont somptueux et donnent envie d’aller les découvrir. La vedette ce n'est pas Camille, c'est la montagne. Je ne sais pas si la télévision française a montré, ou a programmé cet « homme à l’envers ». Le cas échéant, j’en reparlerai donc.
Citations :
"C'est désespérant l'être humain, ça s'attache à ce qu'il a de pire"
"L'amour vous donne des ailes pour vous scier les jambes, une trouvailles pour narcissiques"
"Les gars impressionnants sont toujours chiants"
"C'est l'ignorance qui est cause des plus folles pensées"
"I y a des tucs qui s'embringuent pour des tas de mauvaises raisons et que tu ne peux plus désembringuer même pour des tas de bonnes raisons"
"La mémoire fait ce qu'elle veut avec les matériaux qu'on lui donne à la casse"
08:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature
07/04/2009
Bérégovoy, le dernier secret
Bérégovoy
Le dernier secret
Jacques Follorou
Editions Fayard
J'ai rencontré Pierre Bérégovoy dans les années 70. Il était alors un des dirigeants importants du PS. Il m'a semblé très "raide", imbu de lui même, d'un accès distant envers le jeune Secrétaire général des cheminots socialistes, que j'étais, ce qui n'avait entraîné (au contraire ?) aucune sympathie de la part de l'ancien cheminot qu'il était. Comme beaucoup de personnes de petite taille, il se tenait très droit, ne voulant pas en perdre un pouce. Comme l'écrit l'auteur dans une litote : "il n'a pas la fibre démonstrative" ; "la nature réservée de Pierre Bérégovoy ne se prêtait guère aux effusions factices".
J'ai rencontré un peu plus tard son frère Michel, lui aussi ancien cheminot, devenu député de la banlieue de Rouen. Le moins que l'on puisse dire est qu'il était différent : Michel était resté un homme du peuple et qui en jouait avec roublardise, avec un contact "populaire" qui assurait ses réélections, alors que Pierre allait d'un parachutage à l'autre, de défaite en défaite, de Brive à Maubeuge, jusqu'à son atterrissage dans la Nièvre, par volonté présidentielle. "Bérégovoy a toujours manqué de charisme et de racines".
L'auteur retrace l'itinéraire de Pierre Bérégovoy : petit fils d'immigré, d'une famille ouvrière, devenu Premier Ministre, par son talent et par son travail acharné, voyant son rêve de Présidence de la République brisé par la lourde sanction électorale qui marque la fin de sa résistible ascension. La SNCF, EDF, le syndicalisme, la SFIO, le PSU, Mendès-France, Alain Savary, et enfin Mitterrand, avec la frustration de ne jamais faire partie d'aucun des cercles rapprochés. Il se voulait "le gestionnaire, dans le sillage de François Mitterrand, le visionnaire".
Le livre commence et se termine par son suicide, qu'aucun militant socialiste de notre génération ne pourra oublier. "L'annonce de la mort de Pierre Bérégovoy est un traumatisme collectif, car elle sonne comme un échec de la gauche". Nous nous souvenons tous de l'acharnement du juge Thierry Jean-Pierre, qui entrera ensuite en politique, au Parlement européen, à la droite de la droite, et des campagnes de presse, en particulier du "Canard enchaîné" à propos du prêt immobilier d'un million de francs, sans intérêt, accordé par un riche ami du Président.
Le "dernier secret", qui justifie le titre du livre, c'est que "Béré", comme nous l'appelions familièrement, hors de sa présence, voulait protéger les siens, qui avaient profité de largesses douteuses de ces hommes d'argent, ces "aventuriers des affaires" que l'homme de pouvoir Bérégovoy s'était mis à fréquenter un peu plus que ne l'exigeait le sauvetage d'entreprises nivernaises en difficulté. "Ces gens qui n'auraient jamais parlé aux socialistes s'ils n'avaient pas été au pouvoir".
L'auteur fournit une explication à laquelle tous les militants, en particulier les élu(e)s pourront souscrire : "Que suggérer à un homme politique qui a imposé à l'ensemble de sa famille près de 40 ans de vie militante et de week-ends passés sur les routes, en meetings, en salles enfumées ? La culpabilité des hommes politiques vis-à-vis de leur entourage familial est une donnée méconnue". Il avait un "sentiment de dettes" et voulait "payer le prix de son absence" ; "l'ambition personnelle cohabitait avec les scrupules du père de famille et de l'époux".
Extraits :
"Son absence d'humour et d'autodérision transformaient toute critique en blessure mortelle"
"Avait-il réellement été séduit par la comédie du pouvoir et son cortège de courtisans aux faux airs d'amis qui, comme autant de papillons attirés par les ors de la République, vous quittent dès que la lumière s'éteint ? Il s'était habitué à cette déférence et à ces sollicitations que l'on prend pour soi alors qu'elles ne visent que votre image".
"En se tuant, l'homme d'Etat a effacé l'homme de faiblesses".
08:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique


