23/12/2007
Réglez lui son compte (San-Antonio)
Réglez lui son compte
San-Antonio
Editions Fleuve noir
Les éditions "fleuve noir" qui ont bercé mon adolescence, ont eu l'excellente idée de republier le premier San-Antonio, écrit par Frédéric Dard en 1949, qui se trouve être l'année de ma naissance (pas de commentaires, merci).
Les voitures roulent, quand elles sont "poussées à fond", à la vitesse hallucinante de 120km/heure, en particulier la "traction avant" du célèbre commissaire !
C'est l'après guerre, et les tickets de rationnement ne sont pas loin dans la mémoire collective.
Les mœurs sont retenues : prendre la main de sa voisine est d'une audace folle, on fantasme sur des "baisers mouillés", dans le cou, et le reste n'est envisagé que dans le cadre du mariage.
San-Antonio a alors 38 ans, âge qu'il conservera tout au long des 175 romans consacrés à ses aventures, écrits par le père, et sur la fin par le fils.
Dans la vie réelle, s'il avait continué à fumer et surtout à boire comme dans ce premier roman, il aurait fait une mauvaise fin...
Probablement qu'à l'époque, il était obligatoire de fumer et de boire comme un alcoolique pour être un homme, un vrai...
Il n'a pas encore de comparses, pas de Béru, pas de Pinuche et il se met dans des situations indignes du coefficient intellectuel qu'il s'attribue, mais c'est pour mieux s'en sortir avec brio.
Les femmes sont des séductrices qu'il séduit, car, bien entendu il est irrésistible avec les femmes, comme face aux criminels les plus endurcis (comme Bob Morane !).
Ce sont toutes des traitresses, sauf une, sans compter sans maman. Elle a toutes les qualités, encore plus que sa maman...
Comme souvent dans les San-Antonio, l'intrigue est secondaire, seule compte l'action...et la verve !
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15/12/2007
Bob Morane...et Henri Vernes vivent encore !
Bob Morane
Henri Vernes
Editions Le Lombard
Henri Vernes (rien à voir avec Jules), qui a dépassé les 80 ans, a eu droit récemment à la pleine dernière page de Libération.
J'ai alors réalisé que l'aîné de mes petits enfants a maintenant l'âge que j'avais quand je lisais, au début des années 60, les aventures du "commandant" Bob Morane, éditées par Marabout, en petit format, sur un papier de qualité médiocre.
Auteur prolixe et imaginatif, Henri Vernes a aujourd'hui 200 romans d'aventures de Bob Morane à son actif. Une soixantaine a été adaptée, sous la responsabilité directe de l'auteur, en Bandes dessinées, par Coria, dont le trait est précis et les couleurs irréprochables, dans la grande tradition de la BD belge, et éditée, en grand format, avec du papier et une reliure de qualité, par Le Lombard.
L'époque étant à la nostalgie, j'ai profité des fêtes de fin d'année pour y jeter un œil, avant que l'album ne se retrouve au pied du sapin, sous la chaussure de l'heureux destinataire.
Le héros est toujours irrésistible, en particulier avec les femmes qui sont d'une beauté fatale, alliées et/ou traitresses en puissance. Il se met dans des situations impossibles dont il se sort, plus conquérant que jamais. De quoi faire rêver les adolescents...
Malgré les nombreux "clichés", j'avoue avoir trouvé un certain plaisir (adolescent ?) à la lecture de l'album "Le Président ne mourra pas" qui raconte l'histoire d'un complot pour tuer le Président des Etats-Unis. Complot qui échouera grâce à l'action de Bob Morane, of course ! Si la route des Kennedy avait croisée celle de Bob Morane...
08:30 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
08/12/2007
Itinéraire d'un salaud ordinaire
Itinéraire d'un salaud ordinaire
Didier Daeninckx
Editions Gallimard
Didier Daeninckx s'est fait connaître par ses romans policiers, très engagés politiquement, à gauche. Il a obtenu le "Grand prix de la littérature policière", et le prix "Paul Vaillant-Couturier", en 1984, pour "Meurtres pour mémoire" (Série noire n°1945 et Folio policier n°15). Il est proche du Parti Communiste et le fait savoir. Pour engagés qu'ils soient ses romans n'en sont pas moins agréables à lire.
Cet "Itinéraire d'un salaud ordinaire" est le déroulement de la carrière brillante d'un fonctionnaire de police "apolitique" (donc de Droite), de qualité, au service de sa hiérarchie et des pouvoirs successifs (jusqu'en 1981 !).
Embauché en 1942, il est donc d'abord au service du régime de collaboration avec l'occupant, y compris pour rafler les juifs et les rassembler au "Vel d'hiv", quand "de paisibles policiers français se sont mués en remarquables chasseurs de gibier humain, avec l'aide du zèle dénonciateur d'une frange de la population".
Spécialiste de la lutte anti-communiste, ses compétences sont appréciées dès que la "guerre froide" commence.
Puis en 1968 contre les gauchistes. Toujours au service d'un vaste ensemble répressif.
Les techniques de manipulation policières sont décrites, en particulier les chantages (sexe, argent, drogue, par ordre d'importance, avec des passerelles de l'un(e) à l'autre).
Selon l'auteur, l'assassinat de Jacques Mesrine a été organisé pour détourner l'attention du public un peu trop intéressé par les meurtres des ministres ou anciens ministres Boulin, De Broglie, Fontanet.
Impossible de ne pas penser à l'itinéraire de Maurice Papon, fonctionnaire irréprochable dans l'accomplissement des tâches qui lui étaient confiées. Il sera même ministre. Et René Bousquet, Secrétaire général de la Préfecture de police pendant la guerre. Les deux apparaissent dans le livre.
Petit détail historique : contrairement à ce que dit l'auteur, l'université de Vincennes n'a joué aucun rôle en mai 68, pour une raison simple : elle n'a été créée qu'après, par Edgar Faure, à l'automne suivant, dans des locaux provisoires (elle est aujourd'hui à Saint Denis), comme réaction à ces "évènements", pour sortir du mandarinat universitaire. Je sais : j'y étais : c'était la seule université qui favorisait la vie des étudiants salariés.
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02/12/2007
John Le Carré de nouveau en Afrique
Le chant de la mission
De John Le Carré
Editions du Seuil
Après "La patience du jardinier", John Le Carré revient en Afrique. Après avoir dénoncé, sous forme de roman d'amour, les expérimentations pharmaceutiques sur les populations africaines (n'hésitez pas à louer le DVD pour voir le film tiré du roman), il évoque, fort bien, le pillage des richesses par des "Occidentaux", sous forme d'un roman d'aventures, qui s'apparente à ses romans d'espionnage.
Il a reçu la documentation de l'"International crisis group", bien connu dans les milieux spécialisés pour le sérieux de ses études.
Le lecteur ressort de ce livre dégoûté par les élites politico-financières européennes, américaines et africaines qui pillent, sans vergogne, les matières premières d'un pays, au prix de la misère de la population, au prix de guerres qui n'ont de "civiles" que les victimes. Cela se passe dans l'Est du Congo, c'est donc de pleine actualité (voir mon billet sur le drame humanitaire dans cette région), malheureusement cela pourrait se passer dans d'autres pays...
Le seul bémol, c'est que l'on se demande comment le héros, tellement intelligent, peut être aussi naïf.
Citations tirées du livre :
" La couronne est toujours échue à son voisin parce que lui n'était pas assez féroce, pas assez corrompu, pas assez fourbe".
"Nous sommes fiers de notre négritude, mais tous les camelots de la ville vendent du produit de blanchiment garanti cancérigène"
"Les élections n'apporteront pas de solution, mais ce sont nos élections à nous !"
07:55 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1)
01/12/2007
Une lutte historique : les canuts
Le chant des canuts
Louis Muron
Editions Presses de la cité
Lyon 1830 / 1835
"C'est dans les masses profondes des travailleurs que réside la vie réelle de la Nation"
Edouard Herriot, maire de Lyon, Radical-socialiste.
1830 : Charles X est obligé d'abdiquer et de laisser la place à son cousin Louis-Philippe d'Orléans.
Les "canuts", ce sont les travailleurs de la soie, 50.000, regroupés en 8.000 ateliers lyonnais, travaillant "à la pièce" pour 1.400 négociants.
Ce livre raconte, sous forme de roman, leur révolte ("vivre en travaillant ou mourir en combattant"), en novembre 1831, puis en avril 1834, la répression sanglante du mouvement, et enfin la condamnation en "justice" des "meneurs", en 1835, par une juridiction spéciale.
Ces travailleurs ont la nostalgie de l'Empire, qui était synonyme de commandes.
Ils subissent une importante baisse de leurs revenus, en raison de la concurrence étrangère (suisse : souvent des Lyonnais partis en exil à cause de la répression contre les girondins en 1793), et surtout de l'essor du coton et du tissage industriel, moins luxueux mais beaucoup moins cher.
La monarchie bourgeoise connait l'essor de l'industrie textile, mais également ferroviaire qui favorise les transports, et donc la concurrence.
Les canuts sont majoritairement des maîtres artisans, instruits, fils de la philosophie des "lumières" (voir la note sur "Sophie, la libertine") qu'ils abordent souvent à travers les mutuelles et la franc-maçonnerie. Ils considèrent que "le progrès doit libérer l'Homme de la peine".
Comme le raconte le "Journal des débats" : "la sédition de Lyon a révélé la lutte entre la classe qui possède et celle qui ne possède pas".
Le Maire de Lyon, qui voudrait la paix sociale dans sa ville, invite ceux qui n'ont pas de travail à partir coloniser l'Algérie.
Lamennais, catholique social, dénonce "le manque d'engagement de l'épiscopat aux côtés des populations défavorisés", et Lamartine lui reproche d'être "l'évangile de l'insurrection".
Citations :
"Si les hommes font les Lois, les femmes font les mœurs" ;
"Nous autres, pauvres canuts, nous ne pouvons pas nous payer le médecin : alors nous mourrons nous mêmes !" ;
"Il va falloir s'engager politiquement, si c'est le moyen de changer cette société où nous sommes exploités" ;
"La véritable et difficile question, c'est d'empêcher que les améliorations tournent au profit exclusif de quelques individus" ;
"Votre sang a fécondé le sol où doit croître l'arbre de l'émancipation des prolétaires. Votre mémoire ne sera pas oubliée dans l'histoire du prolétariat" ;
08:05 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1)