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29/09/2007

Dissolution

Dissolution

 

 

C.J. Sansom

 

 

Editions : Belfond

 

 

1537 : Sud de l'Angleterre

 

 

 

Thomas Cromwell (ancien lien avec Oliver Cromwell qui un siècle plus tard fera décapiter le Roi Charles 1er) est le "Garde des sceaux", et le principal conseiller religieux d'Henri VIII qui vient d'être excommunié pour avoir divorcé de Catherine d'Aragon sans la permission du Pape.

 

Nouvel épisode de la lutte entre Rois (ou Empereurs) et Papes, Henri VIII a décidé de se séparer de Rome, et de se proclamer chef de l'Eglise d'Angleterre.

 

Comme il a besoin d'argent et qu'il ne veut pas dépendre du Parlement, il charge Thomas de confisquer les biens des monastères, et de récupérer la "dîme" perçue par les religieux.

 

Comme cela sera le cas au moment de la Révolution française, avec la vente des biens de l'Eglise en "biens nationaux", et dans l'Allemagne "réformée", ces ventes à prix bradés profitent à de nouvelles classes montantes sur lesquelles s'appuie le pouvoir.

 

Tout cela au nom d'intentions religieuses louables : dire la messe non pas en latin mais dans la langue des fidèles, remettre en cause l'existence du purgatoire, prétexte à la vente d'"indulgences", remettre en cause l'adoration des reliques, réelles ou supposées, et plus généralement l'obscurantisme, mettre fin au relâchement et aux dérives de la vie monastique (voir les notes sur "Les piliers de la terre", "Le complot des Franciscains", et "Monestarium").

 

Le héros du roman est envoyé par Thomas Cromwell dans un couvent de Bénédictins, avec l'arrière pensée de le "dissoudre" (d'où le titre) et de confisquer ses biens, officiellement pour enquêter sur le meurtre de l'envoyé précédent. Pendant l'enquête les meurtres se multiplient et s'accélèrent. La fin est inattendue et le suspens dure jusqu'à la fin du roman.

 

Comme le remarque le héros, Cromwell, dont il est un des protégés, profite largement, financièrement,  des ces "dissolutions" de monastères. Mais ce n'est pas pour cela qu'il sera décapité trois ans plus tard : voulant affermir l'alliance d'Henri VIII avec les protestants allemands, il a organisé le mariage du Roi avec Anne de Clèves, et cette union sera une catastrophe totale, que Thomas Cromwell paiera donc de sa vie !

 

 

Quelques citations tirées du roman :

 

"Que font les femmes sur terre, sinon tenter les hommes ?" (C'est un moine qui parle)

 

"L'art doit résoudre les mystères du monde au lieu de les occulter davantage" ;

 

"La Bible dit que Dieu a fait l'Homme à son image, mais je pense que nous Le faisons, et Le refaisons à l'image qui correspond à nos besoins du moment" (Ce qui peut être une réponse à la question posée dans "Monestarium" : "Dieu a-t-il créé l'Homme à son image ?".

 

 

08:45 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3)

23/09/2007

Le rugby

Le rugby

 

 

Revue "Pouvoirs"

 

(Etudes constitutionnelles et politiques)

 

 

Editions Seuil

 

 

C'est donc au Havre que les Anglais ont réimporté, en 1872,  ce jeu dérivé de notre "soule" normande.

 

Dans un quartier que je connais bien (non Frédéric,  je n'étais pas au Havre en 1872 !), "entre la rue Augustin Normand et la rue François 1er". Enfant puis adolescent, j'y étais souvent,  puisque c'est là qu'habitaient mes grands parents paternels quand ils ont du se rendre à l'évidence : il n'y avait plus besoin de marins pêcheurs à Etretat.

 

 

C'est par un peu d'Histoire que s'ouvre cette série d'une dizaine d'articles écrits par des spécialistes du rugby qui sont, dans la vie professionnelle, professeur de droit, conseiller d'Etat, médecin, PDG...ou rugbymen.

 

 

Guy Carcassonne, ancien conseiller de Michel Rocard à Matignon, explique que, dans l'industrie comme dans le rugby,  métaphore de la société elle même, le temps de la production rationalisée, segmentée, spécialisée, taylorisée, qui "enferme la majorité dans des activités ingrates, réservant à la minorité l'ivresse de l'initiative, de la création", est remplacée par le temps de la polyvalence, de la mobilité, de la variété, de l'adaptabilité. "Nuls ne peut plus s'appuyer sur un talent et sur un savoir faire, si hauts soient-ils. Il leur en faut plusieurs." 

 

Daniel Lebetoulle, Président de la section "contentieux" du Conseil d'Etat va dans le même sens : "on ne distingue plus ceux qui déménagent le piano et ceux qui en jouent". Et, pour justifier les règles, qui doivent faire coexister l'affrontement physique avec la circulation du ballon, il explique que "le rugby n'est lui même que s'il comporte une dose suffisante de courses, passes, d'esquives, feintes nées de l'inspiration, de la fantaisie et du talent".

 

Pierre Villepreux, Directeur Technique National, Franck Eisenberg, sociologue, Patrick Tépé, médecin du sport et ostéopathe, responsable du Stade toulousain  et Franck Belot, Président du syndicat des joueurs, parlent de la professionnalisation, née du spectacle, surtout télévisé qui apporte les recettes : hausse du niveau par une formation plus poussée et permanente et une exigence, également permanente, d'entraînement physique et tactique, pour atteindre des performances toujours plus élevées liées aux exigences du spectacle : le temps de jeu effectif par match a doublé ! Et les matches se sont multipliés...

 

Le "dégât collatéral" est que,  dans le "Top 16", 40% des joueurs présentent des signes de surmenage, un joueur sur cinq est indisponible, blessé : 120 traumatismes pour 1.000 heures de rugby contre 17 pour 1.000 heures de foot.

 

Une véritable "révolution idéologique, culturelle et identitaire".

 

 

 

Citations :

 

"Chacun est tenu de se surpasser pour la bonne cause, celle de son camp, sans souci de paraître à son avantage. Reconnait-on dans un essaim un sujet plus méritant que les autres ?"

 

"Il faudra toujours souffrir ensemble, être solidaire, altruiste, être tout à tout brillant et besogneux pour gagner."

 

"L'exploit qui jaillit à la lumière est construit à partir d'un combat obscur, collectif, demandant abnégation et pugnacité."

 

"On ne fait jamais un "numéro" aux dépends de ses camarades".

 

09:15 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1)

22/09/2007

La reine crucifiée

La reine crucifiée

 

 

Gilbert Sinoué

 

 

Editions : Albin Michel

 

 

1340 à 1357 : Portugal

 

 

C'est l'histoire d'un amour interdit et qui donc durera "jusqu'à la fin du monde", basée sur un fait historique : en 1355, le Roi du Portugal, Alphonse IV fait assassiner Inès de Castro que son fils, le futur Roi Pierre 1er "le justicier", avait épousée en secret, en deuxième noce, car Alphonse craignait de voir contestée la succession promise au fils né du premier mariage,  avec l'Infante de Castille, gage de paix entre la Castille et le Portugal.

 

 

En toile de fond, deux évènements historiques qui se préparent, mais qui n'interviendront qu'à la fin du siècle suivant :

 

- la "Reconquista" de la péninsule ibérique, retardée par les luttes incessantes entre pères, fils et cousins de Castille et du Portugal ;

 

- les grandes découvertes facilitées par les "caravelles", ces nouveaux bateaux, par le mythe du "prêtre Jean" (Umberto Eco en a beaucoup parlé dans "Baudolino"), supposé régner sur un royaume chrétien, très riche, permettant de prendre à revers les infidèles qui occupent la "Terre sainte" (le dernier fief des "Croisés", Saint Jean d'Acre est tombé en 1291), et surtout par la redécouverte de travaux de Ptolémée, et de Platon, qui démontraient que la terre est sphérique, alors que "l'Eglise occulte tout ce qui a été scrupuleusement élaboré par les géographes grecs de l'Antiquité".

 

 

Le roman se déroule également sur fond de lutte entre les "Gibelins", partisans du Pape, et les "Guelfes" qui contestent sa suprématie, ainsi que de la lutte, au sein des Franciscains,  entre les "conventuels" (les "institutionnels") et les "spirituels" (ceux qui réclament pour les "frères" un état de pauvreté absolue : voir ma note sur "Le complot des Franciscains").

 

 

C'est un roman chevaleresque, ou les batailles se gagnent grâce à la bravoure et la témérité d'actes héroïques personnels.

 

Ce que le livre ne raconte pas, c'est qu'à la même époque, dans le cadre de la guerre "de cent ans", cette conception de la guerre entraîne la déroute, et donc le crépuscule, de la chevalerie française, d'abord à Crécy,  en 1346,  où 15.000 chevaliers se font massacrer par des archers et des bombardes parfaitement organisés (défaite qui vaudra aux bourgeois de Calais de remettre au Roi d'Angleterre les clés de la ville,  en chemises et la corde au cou), puis dix ans plus tard à Poitiers où le Roi Jean "le bon" (ce qui à l'époque signifie "l'intrépide") est fait prisonnier, ce qui coûtera très cher au Royaume.

 

 

Quelques citations tirées du livre :

 

 

"Tu aimes une femme, elle est le paradis, mais seul le paradis pourra te la donner" ;

 

"Les femmes sont aussi innombrables que les astres. Comme les astres certaines brûlent plus que les autres" ;

 

"La vie n'est donc faite que de choix : marcher du côté du devoir ou suivre la direction que nous souffle notre âme" ;

 

"Le bonheur n'étant pas éternel, pourquoi en serait-il autrement du chagrin et de la souffrance ?" ;

 

"Le bonheur n'est-il point de feindre de faire par passion ce que l'on fait par intérêt ?"

 

" Le bégaiement, c'est l'âme qui tente de s'exprimer sur les lèvres de l'enfance".

 

 

09:15 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

15/09/2007

Monestarium

Monestarium

 

 

Andréa H. Japp

 

 

Editions Calman-Lévy

 

 

 

1306, Abbaye de femmes, dans le Perche

 

 

Il faut attendre la page 140 pour le premier meurtre, mais après les choses s'accélèrent, malgré les efforts de la très jeune Mère Abbesse aidé du Comte venu en voisin.

 

Il y a les gentil(le)s, les méchant(e)s, les repenti(e)s, la lèpre ramenée des croisades (comme dans "Le complot des Franciscains", cf. ma note de la semaine dernière).

 

 

Au delà de la lutte interne pour le pouvoir dans le monastère, il y a ce terrible secret qui pourrait ébranler l'Eglise (quoi que ? car Elle en verra d'autres...), basé sur cette question fondamentale : "Dieu a-t-il créé l'Homme à son image ?", en tenant compte de la relativité entre le temps des hommes et le temps des Dieux, car "la connaissance est sacrée, mais elle est également dangereuse pour qui la manie mal ou la corrompt".

 

A cette question, nous connaissons la réponse de Gainsbourg : "Dieu est un fumeur de havane", et celle de Nougaro : "Dieu est nègre". Et pourquoi pas une Femme, pendant qu'ils y sont ?

 

Quand on pense qu'il y a des gens qui croient que le monde a réellement été créé en 7 jours, que ce n'est pas une parabole mais une vérité divine puisque c'est écrit dans Le Livre...

 

 

Citations tirées du roman :

 

"La politique est comme une femme aimée aux yeux d'un amoureux qui se languit" ;

 

"On peut rompre en visière lorsque le parti de l'autre a cessé de vous intéresser, encore faut-il vous assurer qu'il n'aura jamais les moyens de vous le faire regretter." ;

 

"On ne se bat dignement que contre de dignes adversaires" ;

 

"Tous les avatars diaboliques que j'ai rencontrés de par le monde étaient désespérément humains" ;

 

"C'est parfois à travers l'utopie que l'on atteint l'inaccessible" ;

 

"Les femmes intelligentes sont sans âge, ou alors elles ont tous les âges à la fois".

 

09:20 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (4)

08/09/2007

Le complot des Franciscains

Le complot des Franciscains

 

 

John Sack

 

 

Editions Michel Lafon

 

 

 

Assise (Italie) 1271/1276

 

 

Pourquoi la dépouille de François, devenu "Saint" en 1228,  a-t-elle disparu en 1230 ? (pour n'être retrouvée qu'en 1818).

 

 

François ne voulait pas de la création d'un "Ordre". Comme Dominique (cf. ma note sur "Labyrinthe"), il avait fait vœu de pauvreté. Ses "frères" devaient vivre uniquement de mendicité et ne rien posséder. Cela leur semblait le meilleur moyen de sauver l'Eglise.

 

 

Ce roman raconte la lutte entre ces idéaux, repris par quelques uns des compagnons de François et leurs disciples,  qui veulent être au service des plus pauvres, en particulier les exclus parmi les pauvres, les lépreux (mal ramené des croisades), face au réalisme de ceux qui veulent "installer" l'Ordre, le consolider, l'institutionnaliser.

 

L'idée même de monastères franciscains n'est-elle pas antinomique avec l'idée de François d'aller vers les pauvres en vivant de charité ?

 

 

 

Il aurait peut-être été utile de rappeler dans le roman, pour celles et ceux qui ne sont pas spécialistes, qu'en 1230 le Pape Grégoire IX avait tranché en dispensant les Franciscains de suivre le "testament" de François...d'où les persécutions contre les "purs" qui tenaient à leur vœu de pauvreté.

 

Ce que le roman ne mentionne pas non plus, est que Jérôme d'Ascoli, que l'on voit apparaître comme "ministre général" de l'Ordre, sera,  en 1288, le premier Franciscain à devenir Pape, sous le nom de Nicolas IV, et qu'on lui reprochera son favoritisme pour ses "frères".  

 

La lutte des "spirituels" ne s'arrêtera pas en 1276 (quand le roman se termine),  puisqu'un siècle plus tard,  le Pape Jean XXII publiera une "bulle" déclarant que la pauvreté du Christ n'avait pas été absolue et de nombreux Franciscains fidèles au "testament" de François, il est vrai parfois très violents dans leurs attaques contre l'Eglise et les Papes successifs,  seront emprisonnés (comme dans le roman) et même condamnés au bûcher,  comme hérétiques.

 

Ce n'est que beaucoup plus tard, en 1526, que les "héritiers" de cette tendance au sein des Franciscains seront autorisés à s'organiser pour revenir à la règle de François : ce sont les "Capucins".

 

J'y reviendrai bientôt à propos d'un autre roman : "La Reine crucifiée".

 

 

Pour agrémenter le roman, il y a des histoires d'Amour (impossibles ?), et il est question de la condition des femmes, dont il faut se méfier puisque "c'est par les femmes que le démon pénètre dans le cœur des hommes" (Saint Chrysostome).

 

 

Avec en conclusion cette question un peu angoissante : c'est bien de chercher la vérité, mais pour en faire quoi ?

 

09:15 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3)